Merci Mistinguett

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Les artistes de « Mistinguett reine des années folles » ont renouvelé avec brio la légende de mon arrière-arrière-grand-mère.

 Quel plus bel hommage que de célébrer Mistinguett au Comedia ? L’univers virevoltant des années folles accompagné de ses légendes… Le mythique rideau se lève et nous voilà transportés dans le Paris des années 1920 et son atmosphère du music-hall. C’est toute la magie de la comédie musicale « Mistinguett reine des années folles ».

Ce spectacle l’a sublimée

En tant qu’arrière-arrière-petite-fille de la Miss, j’ai été fière, très fière. Ce spectacle l’a sublimée.

Joie, fierté et  émotion se sont mêlées lors des représentations auxquelles j’ai assisté.  Avec fidélité et passion, les artistes ont célébré la Miss dans son énergie. Carmen Maria  Vega, véritable incarnation de la Miss, les chanteurs, les danseurs mais aussi toute l’équipe. Un véritable show mêlant chansons rythmées, des chorégraphies entrainantes. Quel tourbillon de talents sur scène !  Les tableaux se sont succédé dans des univers variés : Montmartre, les répétitions au Casino, les salles de jeux…  J’ai été « con-vain-cue » !

La Miss n’a nullement oublié la petite Jeanne Bourgeois qu’elle était jadis. Elle se souvient de la fillette d’ Enghien-les-Bains. Partie de rien, elle s’est façonnée pour devenir la Miss envers et contre tous.

Le code de la rue et  le sens de l’honneur font sens pour la meneuse de revue

Parce qu’elle n’a pas oublié qui elle était, parce que le code de la rue et  le sens de l’honneur font sens pour la meneuse de revue. Sa détermination, son obstination sont, pour elle, des questions de survie. Cette force a révélé l’artiste qu’elle est. La vivacité a été très bien traduite sur scène.

« Paris… reine du monde » avec audace, elle célèbre un Paris dans sa grandeur jusqu’à Rio… Loin d’être lisse et affadie, du caractère elle en a. Sa gouaille, son culot et son insolence n’ont nullement été occulté pour notre plus grand bonheur. Entière et exigeante, elle se laisse emportée par Maurice Chevalier puis par ses autres conquête. Forte et fragile, elle se révèle dans son syncrétisme qui fait d’elle un être complexe et porteur.

Elle capte la lumière, les feux des projecteurs. Je n’oublierai pas de sitôt le tableau final : Mistinguett dans toute sa splendeur en tant que meneuse de revue avec un arc en ciel de plumes et de féerie.

Quelle belle leçon de courage, d’audace. Alors plus que jamais Mistinguett reste la reine des années folles ! Et c’est avec majesté que le spectacle le confirme.

Merci et bravo !

Plus d’informations

http://www.mistinguett-lespectacle.fr/

Mathilde Aubinaud

La Palme de l’audace du rire ou le PALMASHOW

La Palme de l’audace du rire ou le PALMASHOWImage « On se déguise comme si on avait 15 ans ». Se transformer en Batman le temps d’un sketch ? Une joie évidente pour  le Palma Show. Il est certain que Grégoire Ludig et David Masais ont gardé leur âme d’enfant et leur esprit déconne. Bienvenue dans l’univers du Palmashow!

La réflexion est « perpétuelle » pour ces artistes qui fonctionnent en duo.  «  On arrive vers 8h30, et les journées se terminent vers 18h, 19h ». Mais ils ajoutent : « On est super content de se lever le matin  pour écrire des trucs drôles ».  Un programme constant et déterminant où l’envie reste la même depuis leur tendre enfance. « On a toujours eu envie de faire ça, même si on s’est pris des coups dans la gueule, on a continué ».

« On a continué « .

Retour en arrière. Direction le collège  Maurice Ravel à Montfort- L’Amaury dans les Yvelines. Les deux adolescents, d’alors,  se sont trouvés grâce à Charles, le frère de Grégoire. Les centres d’intérêts sont communs. Leur désir de faire rire était déjà bien installés.  Grégoire se rappelle de l’enfant qu’il était. « Oui, c’est vrai on faisait des mises en scène devant la famille ». S’ils ont grandi, leur envie reste forte et déterminante.

Leur imagination syncrétique se nourrit d’influences diverses. S’ils citent spontanément tous les deux Les Inconnus . Ils apprécient aussi l’humour absurde. Pour les influences cinématographiques du duo ? Les Trois Frères et la Cité de la peur. Le lien avec le public est constant. Leur plus belle récompense ? « Qu’on nous dise, on s’est bien marrés  ou alors qu’un  mec bourré revienne de soirée se marre en regardant nos sketches. »

«  Faire sortir les gens du quotidien ».

Leur envie ? «  Faire sortir les gens du quotidien ». Un quotidien loin d’être maussade pour eux. Un éveil permanent, un sens de l’observation comme autant de forces. Réussir à capter l’instant comme source de renouveau. Alors, le duo comique apprend des rencontres, des attitudes de chacun. Une observation retranscrite avec talent sur différents supports.  Après internet, le petit écran  direction le grand écran.

L’enthousiasme est perceptible. «  En 1h30, on a le temps d’approfondir l’intérêt psychologique des personnages ». Grégoire ajoute : « On peut s’identifier, se dire, mais oui, cette personne là je la connais. » Le cinéma est un exercice différent. David le souligne : « un sketch, tu zappes ou t’es embarqué. Il faut aller vite. ». Il leur faut un certain laps de temps avant de revoir leurs précédents sketches. Leur souhait ? « Continuer, continuer… » C’est tout ce que l’on peut leur souhaiter pour notre plus grand plaisir.

Sortie du DVD des meilleurs moments des saisons 1 et 2 de Very Bad Blagues.

Mathilde Aubinaud ImageImage

Collaboration avec Michel Aumont; duel entre art et politique

Collaboration, pièce jouée actuellement au Théâtre de la Madeleine, est une réflexion intelligente sur le traditionnel duel entre l’art et la politique. Analyse.

Collaboration… Un nom très ambigu qui évoque d’abord dans notre imaginaire une période sombre de l’Histoire. Celle de la Seconde Guerre mondiale.

La pièce de Ronald Harwood, montée au Théâtre de la Madeleine depuis le 25/01, a évidemment une portée historique indéniable, qui sert de fil rouge à l’intrigue. Cependant, le titre de la pièce fait plutôt référence au départ à l’entente qui va unir deux grandes figures intellectuelles du XX ème siècle que sont le célèbre compositeur allemand Richard Strauss et le génial écrivain autrichien et juif Stefan Zweig (et pas Sweig !). Strauss décide d’engager Zweig pour qu’il lui écrive un livret d’opéra-bouffe inspiré de Ben Jonson, dramaturge contemporain de Shakespeare (et dont la plus célèbre pièce Volpone a été jouée à la Madeleine cette année et a remporté un grand succès). La complicité des deux hommes est perceptible jusqu’à ce que l’avènement du Fuhrer en 1933 change la donne…

La réussite de cette pièce repose principalement sur l’alchimie entre les deux acteurs principaux : Didier Sandre et Michel Aumont campent avec délicatesse et intensité les deux grands artistes. Aumont joue avec conviction et fougue un Strauss arrogant et sûr de lui et de ses droits alors que Sandre incarne Zweig de manière plus écorchée, émouvante et touchante. La sympathie du public va irrésistiblement vers Sandre car celui-ci joue de manière plus subtile et nuancée que son acolyte. Christiane Cohendy joue Pauline, la femme de Strauss : elle apporte un contrepoint comique (du moins au début) bienvenu. Sa ténacité et son courage face à la montée du nazisme sont retranscris de manière pugnace.

L’Histoire, on l’a dit, joue un rôle essentiel dans l’économie de la pièce. On passe progressivement de l’insouciance à la prise de conscience du drame qui est en train de se jouer. Deux conceptions s’opposent : Strauss affirme que l’art est au-dessus de n’importe quel régime politique alors que Zweig lui, est terrorisé par la montée du nazisme et ne se sent plus le courage de continuer à pouvoir exercer son art. La présence de l’officier nazi crée une atmosphère étouffante et tendue. Les différentes saynètes retranscrivent des moments clés liés à l’importance du nazisme de plus en plus grande : le suicide de Zweig à Pétropolis en 1942 ou bien le procès de dénazification en 1948 où Strauss apparait affaibli et malade sont poignants.

La mise en scène est sobre et élégante. Les intermèdes musicaux entre les scènes permettent de faire une transition cohérente. Le rideau noir cristallise les thèmes de la pièce qui sont le rapport à l’esthétique et la symbolique du deuil.

En somme, allez-voir Collaboration pour vous replonger dans cette période trouble de l’Histoire à travers l’amitié contrariée de deux grands hommes.

Thomas Ngo Hong