Violences faites aux femmes : « et si la clé du changement venait des hommes? »

Violences faites aux femmes : « et si la clé du changement venait des hommes? »

« Si tu es capable de regarder une femme sans qu’elle n’ait à craindre ton regard, tu seras un homme mon fils ».
Trois mois après le lancement de #MaintenantOnAgit, l’agence TBWA\Corporate poursuit son engagement à La Fondation des Femmes à travers une campagne média.
Soutenu par TF1, Canal+, M6 et France Télévisions, le film met en scène Oxmo Puccino reprenant le poème de Kipling. Rencontre, pour La Saga des Audacieux, avec Hélène Level, conceptrice rédactrice, et Lise de Bettignies, Directrice artistique, la team créative de de cette campagne.

Mathilde Aubinaud : Quel premier bilan faites-vous, trois mois après le lancement, de la campagne #MaintenantOnAgit ?

Hélène Level et Lise de Bettignies : Plus qu’une campagne, ce mouvement a irrigué le monde du cinéma et l’opinion publique provoquant la prise de conscience qu’il fallait agir pour permettre notamment aux associations de terrain d’accompagner les femmes victimes de violences qui avaient libéré leur parole après l’affaire Weinstein, #MeeToo …

Les résultats sont éloquents :

– sur les RS : 25 000 mentions du hashtag #MaintenantOnAgit, + de 428 millions d’impressions potentielles pendant la campagne

– plus de 300 retombées en presse, après la Une de Libération, des sujets et interviews sur les principales chaînes TV et radios (France Inter, Franceinfo, Europe 1, LCI, BFM, CNews, M6…), et en web

– des Césars 2018 aux couleurs du mouvement avec le ruban blanc de la Fondation porté par les actrices et acteurs

– Une Tour Eiffel parée du #

Les Français en ont parlé !

Ce mouvement appelle à l’action – il a permis entre autres de récolter plus de 200 000 euros six semaines après son lancement. Grâce aux dons des français-es le standard de l’AFVT va réouvrir !

(L’AVFT, l’association européenne contre les violences faites aux femmes au travail, agit pour la défense des victimes de violences sexuelles au travail et avait dû, en janvier, fermer son standard téléphonique).

Parce que l’évidence reste un combat, la nouvelle campagne « tu seras un homme mon fils » permet de mettre le sujet des violences faites aux femmes sous tension, à nouveau, avec un regard bienveillant sur les hommes, et un appel à la responsabilité et à l’action, dans la filiation du mouvement Maintenant On Agit.

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CampagneTBWA\Corporate pour La Fondation des Femmes

À votre avis, pourquoi les mots du poème de Kipling résonnent-ils particulièrement ?

Hélène Level : Le message de ce poème est et reste universel. Il traite du sujet de la transmission en prenant la forme d’une déclaration d’amour.

Depuis toujours la mission d’un père est d’éduquer son fils, de lui faire des recommandations qui feront de lui un homme, dans le respect de l’autre : en restant vrai, honnête et sincère pour mieux y parvenir. C’est le sujet de ce poème de Kipling.

Lise de Bettignies : Nous voulions parler de transmission, cela nous a paru être le texte idéal pour ça.

« C’était audacieux quand on s’appelle la Fondation des femmes, de s’adresser aux hommes en les invitant à partager leur combat… »

 Quelle est la plus grande part d’audace de cette campagne?

Lise: D’avoir proposé à la Fondation des femmes de s’adresser principalement à des hommes qui n’ont pas forcément l’oreille aguerrie à ce type de discours, et qui plus est, venant d’une association engagée auprès des femmes.

Hélène: Les femmes qui subissent des violences conjugales ou du harcèlement dans les transports ou au travail, sont la plupart du temps, les victimes des hommes.

Donc effectivement, c’était audacieux quand on s’appelle la Fondation des femmes, de s’adresser aux hommes en les invitant à partager leur combat…

Les rapports entre les hommes et les femmes ont toujours été complexes mais ont aussi beaucoup évolué, nous ne souhaitions pas stigmatiser l’homme, nous voulions le rendre acteur .

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Hélène Level, conceptrice rédactrice, et Lise de Bettignies, Directrice artistique

 En quoi l’audace permet-elle de sensibiliser les publics ?

Hélène: Au-delà de l’audace, c’est l’universalité du propos (encore une fois) de notre film qui parle à tous les hommes parce qu’avant d’être père ou de le devenir, ils ont été des fils.

Il fait référence à une relation qu’ils connaissent tous, et c’est cette évidence qui parle. On a eu beaucoup de réactions de pères qui nous disaient “bravo et merci”.

Lise: Oui cette campagne semble interpeller, il y a eu des retombées, de partages et de commentaires, dans l’ensemble très positifs mais pas que… Ce qui prouve que la cause des femmes reste un sujet ultra sensible et qu’il y a encore tellement à faire.

 Comment est venue l’idée de cette nouvelle campagne ?

Lise : Nous souhaitions aborder le sujet des inégalités et violences faites aux femmes mais cette fois-ci sans être dans un registre « choc ». Même si ce registre reste souvent efficace et nécessaire pour interpeller.

Hélène: Oui, plutôt que de faire une énième campagne qui dénoncent les violences faites aux femmes, nous voulions aller plus loin.

Le constat était simple : les hommes sont ceux qui perpétuent majoritairement ces violences. Et si la clé du changement venait d’eux?

Un fils s’identifie à son père, c’est son référent et il a tendance à reproduire ses comportements. S’ils sont respectueux alors il le sera lui aussi.

“Tu seras un homme, mon fils” s’est immédiatement imposé comme référence. On l’a ré-adapté à notre sujet et à notre époque.

Lise : Nous n’avions pas l’intention d’égaler le talent de l’écrivain ni de vulgariser le poème mais d’avoir un discours simple qui puisse parler à une majorité tout en reprenant cette formulation solennelle d’un père qui s’adresse à son fils, pas tout à fait par hasard mais bien parce qu’il sait qu’il a un rôle à jouer dans son éducation. Il se questionne peut-être même lui sur son comportement et l’image qu’il transmet.

Les mots résonnent aussi particulièrement grâce à Oxmo Puccino, chanteur à texte qui nous a prêté sa voix.

Les grilles de lecture et les représentation s’imposent dès le plus jeune âge. De quelle manière ?

Lise: Par l’entourage de l’enfant et par l’environnement, les images qu’il voit, le rôle de chacun dans la famille, les personnes auxquelles il s’identifie…

Notre but n’était pas de caricaturer les relations entre père et fils mais simplement de rappeler qu’il y a une part de mimétisme chez l’enfant.

H: Pour beaucoup, être un homme, c’est être fort ou viril. Poussée à l’extrême, cette définition a normalisé la loi du plus fort et a justifié ces inégalités entre hommes et femmes, et malheureusement, dès le plus jeune âge.

« Si on apprend à un enfant, dès le plus jeune âge, à respecter les femmes, ou qu’on lui fait comprendre que la virilité ce n’est pas dominer, contrôler ou brutaliser, on finira par adopter un autre comportement, plaçant les filles et les garçons, réellement sur un pied d’égalité. »

Quel rôle joue l’éducation dans le combat pour la mixité ?

Lise : Un rôle important malgré le bon sens, nous sommes tous largement influencés par notre entourage surtout enfant, lorsque nous n’avons pas encore développé un véritable esprit critique.

Hélène: Elle est essentielle. Si on apprend à un enfant, dès le plus jeune âge, à respecter les femmes, ou qu’on lui fait comprendre que la virilité ce n’est pas dominer, contrôler ou brutaliser, on finira par adopter un autre comportement, plaçant les filles et les garçons, réellement sur un pied d’égalité.

Le film a été diffusé juste avant le match de préparation à la coupe du monde, occasion de toucher une audience la plus large possible?

« Le diffuser juste lors du dernier match amical des bleus avant la coupe du monde, était une opportunité à ne pas rater! »

Hélène: Oui on savait où trouver notre cœur de cible : les pères, futurs pères, pères en devenir et leurs fils ! Le diffuser juste lors du dernier match amical des bleus avant la coupe du monde, était une opportunité à ne pas rater!

Vous apportez, une nouvelle fois, votre soutien à la Fondation des Femmes, en quoi est-ce important pour vous ?

Hélène: En tant que femme, c’est un sujet qui nous touche, bien évidemment.

Lise: Nous sommes forcément à l’aise avec l’idée de faire avancer les choses sur ce sujet mais il n’y a pas que des femmes qui ont travaillé sur ce sujet et tant mieux. Ce qui compte pour nous c’est que ce film parle au plus grand nombre.

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