Maxime Barbier, VP Public sector de bluenove,  « Les Civic Tech créent de l’empowerment citoyen »

Maxime Barbier, VP Public sector de bluenove,  « Les Civic Tech créent de l’empowerment citoyen »

Pilier de l’open innovation et de l’intelligence collective, bluenove est un acteur à part tant il permet aux entreprises et aux organisations publiques de se repenser.

Rencontre pour La Saga des Audacieux avec le Vice-Président Secteur Public de l’entreprise franco-canadienne, Maxime Barbier. Enthousiaste et tenace, il redonne de l’épaisseur au champ du politique en s’impliquant en faveur de la Civic Tech. A l’ESSEC en tant que Président de l’association Citizen Care, puis dans le conseil, dans l’administration ou dans sa start-up, son souci de l’impact est toujours resté. Oui il a un projet business, « mais on n’oublie pas que l’on peut avoir un impact social » explique-t-il.  Interview.

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Maxime Barbier

Mathilde Aubinaud : Quel regard portez-vous sur l’audace ?

Maxime Barbier : L’inscription dans un environnement contraint, n’est pas incompatible avec l’audace. Elle prend, ainsi,  sa force et sa forme dans des environnements contraints.

« Vouloir transformer une situation, c’est la hacker de l’intérieur. »

« First learn the rules, then break them ». Comment cette sentence s’applique-t-elle au secteur public?

Elle s’applique très bien. Vouloir transformer une situation, c’est la hacker de l’intérieur. Il faut d’abord comprendre l’environnement, l’histoire, les valeurs, les codes, ce qui est acceptable. Cela nécessite un temps d’observation et de réflexion.

Il faut, de fait, appréhender rouages et rapports de force

« Chercher de la modernité sans pour autant remettre à plat son ADN et ses valeurs. »

Il y a des éléments tangibles et intangibles comme la dimension politique et les valeurs.

Jean-Paul Bailly, ancien PDG de la Poste, en expliquant la transformation de la Poste, a dit : «  j’ai pris le temps, ce qui compte c’est de se moderniser sans se renier ». Il faut chercher de la modernité sans pour autant remettre à plat son ADN et ses valeurs.

L’espace public n’est-il pas, aujourd’hui, dilué ?

Notre enjeu consiste à réinjecter des formes de délibérations et de contributions à la production de politiques publiques. Il s’agit de réintégrer des voix de délibération et d’action collectives dans la société.

Comment réhabiliter le rôle du citoyen ?

Le citoyen peut être associé s’il est informé. Il faut des dispositifs apprenants donnant aux citoyens la possibilité de s’exprimer. Tout défi des Civic Tech consiste à mettre en capacité les citoyens à formuler des choix qui soient le plus à même d’impacter des solutions politiques

Les Civic Tech sont donc un un levier et non un médiateur ?

Les Civic Tech ont la capacité de créer de l’empowerment citoyen et pas uniquement de la participation. Il s’agit de contribuer à bon niveau.

« On s’inscrit dans une logique de co-conception. »

Cela change l’approche des citoyens qui sont convoqués à certains moments.

Avec Franck Escoubès, Co-Président et fondateur de bluenove, on considère qu’un droit d’expression doit un devoir citoyen. L’émetteur a des devoirs : la transparence, l’explication des choix faits, l’information dans la durée. C’est s’interroger : comment se sent-on concerné dans la réussite et la mise en œuvre des projets ? C’est éviter de faire peser la charge sur les responsables politiques. On s’inscrit dans une logique de co-conception.

Prenons l’exemple des budgets participatifs qui commencent à éclore dans plusieurs villes. Cela ne devrait pas être uniquement un vote mais aussi un soutien ou une action de principe. On peut faire partie d’un comité citoyen ou bien mener une réalisation concrète. On ira loin grâce aux technologies.

« On est peut-être à l’aube d’un changement de paradigme. »

Est- ce un changement de l’imaginaire pour les citoyens?

Il faut rendre la tech accessible au plus grand nombre et créer de l’engagement dans la durée. Cela nécessite d’apporter une réponse à ceux qui n’ont pas l’usage des outils numériques.

La révolution qui arrive est  aussi forte que lorsque l’on a accordé le droit de femmes aux femmes. L’intégration des démocraties digitales de plus en plus natives est  de nature à changer notre rapport à la démocratie et à la fabrique de la loi. On est peut-être à l’aube d’un changement de paradigme. Il faut que certains acteurs politiques montrent la voie.

C’est aussi s’autoriser à investir chose publique ?

Il s’agit de passer d’une expression publique ponctuelle à une vraie ritualisation de l’expression citoyenne.

« Réinjecter plus de démocratie et casser le carcan des entreprises. »

Votre  prochain combat?

Réinjecter plus de démocratie et casser le carcan des entreprises. Aborder des missions d’entreprise en s’interrogeant. Comment intégrer impact sociétal ?  Comment associer citoyens et usagers ?

Propos recueillis par Mathilde Aubinaud

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Florence Karras : « S’adapter mais ne jamais renoncer »

Florence Karras : « S’adapter mais ne jamais renoncer »

 

 

9 jours de raid dans le désert marocain. C’est le défi inspirant que se lancent Florence Karras et Wensi Lin. L’équipage des Gazelles connectées (@GazellesConnect)  nous invite à partager cette aventure hors du commun.

Rencontre pour La Saga des Audacieux avec l’audacieuse Florence Karras (@Flokarras), e-business manager et co-équipière des Gazelles.

« y-a-t-il encore une place pour l’inconnu dans notre société ? »

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Florence Karras

Mathilde Aubinaud : Fait-on assez face à l’inconnu dans notre société ? 

 Florence Karras : La vraie question que l’on doit se poser est : y-a-t-il encore une place pour l’inconnu dans notre société ? Accepter l’inconnu c’est prendre des risques. Or, notre société est culturellement averse aux risques.

L’inconnu fait peur. L’inconnu et l’imprévu n’ont plus cours. Nos vies sont de plus en plus anticipées, organisées, assistées, saturées.

Et paradoxalement, il n’y a jamais eu autant d’envie d’entreprendre, de changements radicaux de vies professionnelles, de formats de vacances disruptifs, de recherche d’expériences sensationnelles pour sortir de son cadre…

Les individus sont en mal d’inconnu. Notre société est en mal d’inconnu !

 Comment y remédier? 

C’est avant tout une prise de conscience individuelle et collective pour inviter l’inconnu dans nos vies et sortir de nos zones de confort. Apprivoiser ou se ré-approprier l’inconnu. Alfred de Musset écrivait : « Croyez-moi, les enfants n’aiment que l’inconnu ». Et Pablo Picasso de dire « Chaque enfant est un artiste. Le problème c’est de rester un artiste lorsqu’on grandit ». Cherchez l’erreur !

« L’inconnu ouvre des portes nouvelles sur soi et les autres. »

L’innovation, la créativité et le développement personnel sont des quêtes sociétales fortes, révélatrices de la puissance castratrice de notre société. Des marqueurs forts, témoins de la nécessité de redonner un souffle de légèreté et d’aventure à nos vies. L’inconnu ouvre des portes nouvelles sur soi et les autres. « Allons au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau » écrivait Charles Baudelaire. Mais l’inconnu c’est parfois des voies sans issues, des retours-arrières, des contournements qui imposent un rapport au temps et à l’échec différent des codes actuels de notre société. Une révolution culturelle s’annonce !

Avec Wensi, vous participez au Rallye des Gazelles. Comment l’idée est-elle née? 

A la base, des rêves individuels d’aventurières des temps modernes partagés dès notre première rencontre sur le terrain de la transformation digitale et une synchronicité parfaite événements qui ont rendu possible ce projet commun.

Et surtout l’envie de vivre une aventure collective et de la partager. Nous avons donc travaillé un projet global avec une identité visuelle, une ligne éditoriale autour de 3 valeurs fortes et une stratégie de communication sur les réseaux sociaux pour fédérer une tribu d’ambassadeurs autour de nous, les Nomades, et donner envie à des sponsors de nous suivre dans cette aventure.

À quel moment vous vous êtes-vous autorisée à dépasser vos propres freins et les barrières que l’on impose?

« Ce qui est certain, c’est qu’une fois que l’on a appris à naviguer avec l’inconnu, ce qui impose de lâcher prise, l’immensité des possibles agit comme la loi de l’attraction. »

Je ne me suis pas réveillée un matin en me disant allez, aujourd’hui je change tout (sourires) ! J’ai toujours eu cette curiosité et envie de d’aller au-delà… de dépasser les barrières sociales que la vie me réservait alors que je n’étais qu’adolescente, d’explorer régulièrement de nouveaux domaines professionnels ou de tenter des expériences de développement personnel diverses pour mieux me connaître.

Dépasser ses freins c’est bien souvent déconstruire un référentiel social, familial et personnel bien ancré. C’est un cheminement personnel propre à chacun. Ce qui est certain, c’est qu’une fois que l’on a appris à naviguer avec l’inconnu, ce qui impose de lâcher prise, l’immensité des possibles agit comme la loi de l’attraction. On ne peut y résister.

Qu’est-ce qui anime l’équipage des Gazelles connectées? 

« Le leadership et l’audace sont des forces individuelles clés pour conduire ces transformations majeures quelles qu’elles soient »

Notre équipage avait à coeur de mettre en avant 3 valeurs clés qui nous semblent indispensables pour envisager une société plus inclusive : le leadership, l’audace et la solidarité.

Wensi et moi-même, nous sommes rencontrées sur le terrain de la transformation digitale. Un terrain souvent miné de résistances au changement dans lequel il faut apprendre à naviguer pour atteindre son objectif. Nous y avons appris que le leadership et l’audace sont des forces individuelles clés pour conduire ces transformations majeures quelles qu’elles soient. Mais sans la solidarité, puissant catalyseur de la force collective rien n’est possible.

De là est née l’idée du nom de notre équipage, les « Gazelles connectées » et l’envie de faire de notre participation à ce rallye, une aventure collective partagée.

Wensi Lin et Florence Karras

Qu’attendez-vous de ce rallye?

Le Rallye AÏcha des Gazelles est un raid 100% féminin de 9 jours dans le désert marocain. Un concept unique basé sur la navigation à l’ancienne sans aucun appui technologique. Nous aurons pour seuls outils de navigation, une carte, une boussole, le soleil et nous-mêmes ! L’enjeu va être de nous repérer et nous orienter dans un espace dépourvu de tous nos repères habituels et de toute assistance technologique.

Chaque jour, nous devrons décider d’une stratégie de navigation sur un terrain de l’infini des possibles, un terrain inconnu. Hors zone de tout confort, il s’agira de s’adapter mais ne jamais renoncer !

Au-delà d’un challenge individuel, c’est une aventure humaine collective que l’on souhaite vivre avec les autres équipages, notre tribu de Nomades (nos ami-e-s ambassadeurs) et les sponsors qui nous feront confiance.

L’inconnu réservant son lot de surprise, il serait présomptueux de dire aujourd’hui ce que l’on attend de ce rallye si ce n’est pouvoir diffuser à d’autres cette dose d’audace pour vivre ses rêves et sortir de sa zone de confort.

En quoi le courage et l’audace sont des atouts et leviers pour les femmes? 

Les femmes doivent faire preuve de courage et d’audace pour une juste place dans la société car trop d’exemples montrent aujourd’hui qu’on ne nous attend pas ! Il y a encore des étapes à franchir pour une société spontanément inclusive.

L’audace est ce petit grain de folie que l’on a toutes en nous et qu’il faut aller titiller, réveiller, apprivoiser pour qu’elle devienne notre meilleure amie 😉 ! C’est cette dose de courage et parfois d’impertinence qui permet de dépasser nos propres freins et les limites que l’on nous fixe. L’audace et la confiance en soi sont nos compagnons de route pour sortir de notre cadre et voguer vers l’inconnu.

L’aventurier qui vous inspire : 

Je citerai une aventurière d’exception, Anne Quéméré, navigatrice de l’extrême en solitaire que j’ai rencontré récemment. Au-delà de ces odyssées, c’est surtout l’océan qu’elle salue, car « aussi puissante soit notre détermination, aussi inusable soit notre énergie, c’est bien lui et lui seul qui, au final, décide ou non de nous laisser passer ».

J’imagine qu’il en est de même du désert.

 

Propos recueillis par Mathilde Aubinaud

 

Pour participer financièrement  à ce projet 

Retrouvez la page Facebook des Gazelles Connectées 

Des bobines & des hommes, un autre regard sur la vie de l’entreprise

Des bobines & des hommes, un autre regard sur la vie de l’entreprise

A l’occasion de la sortie le 25 octobre du film  Des bobines et des bommes réalisé par Charlotte Pouch, retour sur ce film utile.

Manichéisme. Trop souvent, nous nous sommes contentés d’une vision monochrome pour décrire le redressement judiciaire d’une entreprise.  Il est plus facile de faire endosser des rôles sans nuances, rapides à mettre dans des cases. Le dirigeant porte à bout de bras son entreprise et ses salariés le  suivent. Et pourtant, la réalité est tout autre. Le film documentaire, Des bobines et des hommes nous invite à prendre de la distance et de s’inscrire en perspective sans jugement.

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Les spectateurs suivent ainsi les longs mois qui suivent l’annonce du redressement judiciaire de l’usine textile Bel Maille. Avec pudeur et recul, on entend les silences pesants, les paroles fortes, le courage de ces 32 ouvriers qui ont fait preuve de ténacité. La naïveté n’est nullement présente.

Ceux qui ont travaillé dans l’usine depuis des décennies savent et pourtant, ils vont jusqu’au bout. L’usine c’est la leur tant ils se sont attachés à la construire, tant ils se sont investis.  Leur patron, lui « quitte le navire au dernier moment » déplore-t-il. On assiste, de manière brute, à leurs échanges informels ou assis autour de la table de réunion. Chuchotements et cris. Les deux s’entremêlent.  Charlotte Pouch let en relief leur quotidien, leur savoir-faire, les liens tissés avec les machines.

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Un film important et fin tant il donne la parole à ces ouvriers. Les regards, l’usure en disent bien plus. On quitte des chiffres qui trop souvent nous enferment dans des réalités pour retrouver ici l’humain.

Un grand film.

Mathilde Aubinaud

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La communication en temps réel? Le défi des marques

« Une marque doit apprendre à travailler en temps réel » Anthony Babkine

3,8 millions de téléspectateurs devant l’émission Cash Investigation consacrée aux conditions de travail de Lidl et de Free. Un très bon score pour France 2 accompagné d’un relai considérable sur les réseaux sociaux face aux pratiques managériales de Lidl. Et pourtant, l’entreprise de hard-discount est presque restée muette. A part un tweet, elle n’a pas pris la parole durant la diffusion du magazine. A l’heure de la conversation, choisir de se taire pour une entreprise semble être une grave erreur. L’entreprise et ceux qui l’incarnent se doivent de réagir et rapidement.

« Une marque doit apprendre à travailler en temps réel » explique Anthony Babkine DGA de TBWA Corporate. Pour lui, il est essentiel de « se préparer en amont à toutes les situations« . Il a  co-écrit avec Emmanuel Chila, La communication en temps réel. Un guide qui choisit de ne pas entrer par les outils mais bien d’être du côté de la stratégie. Les auteurs expliquent, en s’accompagnant de nombreux exemples instructifs comment arriver à réussir un live entre authenticité et préparation entre émotion et pédagogie.

Communication de crise, événement, ils reviennent sur l’ensemble des parties prenantes des acteurs de la communication qui doivent s’inscrire dans le live. Avec un style vif et dynamique, les auteurs nous dévoilent les coulisses du live qui « s’inscrit sur le long terme« .

 

L’émotion

C’est le maître-mot. Il faut veiller à prendre en compte « le facteur émotionnel qui n’a pas disparu » souligne Emmanuelk Chila. Le consommateur entend être impliqué.

« Les marques doivent hacker l’actualité »

D’ailleurs, le fondateur de WAYTA explique que nous somme « spectacteurs » et non pas simple utilisateurs passifs.  Les marques en veillant aux signaux faibles ont pour mission de « hacker le temps réel » expliquent les auteurs.

Temps réel / Exclusivité / Authenticité: le trio gagnant selon les auteurs. Nul besoin de se masquer, bien au contraire. Ils invitent les marques à saisir l’instant présent et renforcer ainsi leur proximité avec leurs publics.

Alors prêt pour un direct?

Mathilde Aubinaud

La Communication en temps réel d’Anthony Babkine et Emmanuel Chila avec la collaboration de Marion Dubuc et de Chloé Balleix aux éditions Eyrolles 

 

Emmanuel Chila et Anthony Babkine lors de la conférence de lancement du livre

François-Xavier Bellamy : « Renoncer à choisir est un grand risque »

François-Xavier Bellamy : « Renoncer à choisir est un grand risque »

Rares sont les protagonistes sur la scène publique. François-Xavier en est délibérément un.  Il porte un combat courageux et affirmé sur l’éducation. Un enjeu transcendant clivages et approches idéologisantes.

Fort de son expérience de Professeur, dans le secondaire puis en classes préparatoires, il apporte son regard aiguisé et son analyse sur une société qui s’affirme assoiffée par le progrès tout en étant à la recherche de repères.

 Ces derniers sont bien présents dans l’univers de François-Xavier Bellamy où autrui a pleinement sa place. Régulièrement, il rassemble le grand public lors des Soirées de la philo. Une discipline qu’il refuse de laisser à un entre-soi. Avec un sens du service public, avec un sens de l’engagement, il s’implique dans l’équipe municipale de Versailles en faveur des jeunes à l’image de JVersailles, du Mois pour l’Emploi ou encore des Vendredis du Rock.

Figure syncrétique, François-Xavier Bellamy incarne cette alliance de la réflexion et ce vif intérêt pour le terrain. Il n’est nullement dupe de l’univers politicien et de ce qui s’y joue.  C’est une personne à part tant elle est restée droite sur les choix posées et les valeurs portées. Rencontre dans son bureau à la Mairie de Versailles pour La Saga des Audacieux.

 

Mathilde Aubinaud : Quel regard portez-vous sur l’audace ?

François-Xavier Bellamy : J’ai toujours été frappé par cette phrase de Jean-Jacques Rousseau qui dit que l’ignorance, c’est « ne mesurer le possible que sur l’existant ». L’audace, c’est l’inverse : c’est parier que le possible a plus d’ampleur que l’existant. L’audace ne considère pas que l’état des lieux détermine le champ du possible. Elle sait que le possible est en soi ce qu’il faut créer.

 

L’audace a-t-elle sa place face aux normes qui sont légion dans notre société?

« Il faut être capable de s’engager dans des aventures qui mettent quelque chose en jeu de notre propre existence. »

Les normes ont un aspect positif. Nous sommes très heureux de vivre dans des cadres sûrs et protecteurs. Nous sommes heureux de ne pas être en danger dans les actes les plus simples de la vie de tous les jours. Pourtant,  il ne faut pas que les normes étouffent la capacité de prendre des risques – non pas de les subir, mais de les accepter quand ils découlent d’un choix lucide, pour un but qui en vaut la peine. Les normes qui existent doivent nous éviter de subir des risques sans le savoir, et malgré nous. Mais il faut parfois les accepter consciemment, et être capable de s’engager dans des aventures qui mettent en jeu quelque chose de notre propre existence.

Les liens sont, dès lors, très étroits avec la prise de risque…

« Il n’y a pas d’audace sans risque. »

Il n’y a pas d’audace sans risque… Tout audacieux accepte de risquer quelque chose dans les choix qu’il fait.

 Quels ont été vos gestes, vos prises de parole, vos choix que vous définissez comme audacieux ?

J’ai l’impression que si j’ai été audacieux, je ne m’en rendais pas compte sur le moment. Le vrai audacieux n’agit pas par audace, de la même façon que l’homme vraiment vertueux, pour Emmanuel Kant, est celui qui n’agit pas pour se sentir vertueux. Il agit seulement parce que son but est de faire le bien.

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@Sipa Press

Le vrai audacieux a des projets et ne se rend pas forcément compte de l’audace qu’ils représentent. On m’a parfois dit que j’avais été très audacieux quand j’ai accepté de m’engager en politique, ou quand je me suis lancé dans l’aventure de publier un livre ; mais ce n’est pas ce que j’éprouvais.

« On vit dans une société où il y a un manque terrible d’audace intellectuelle. »

L’audace est-ce également penser jusqu’au bout, penser avec ses convictions ?

Nous vivons dans une société qui est inhibée par un manque terrible d’audace intellectuelle. Il y a une grande difficulté à se libérer du poids des conventions habituelles, des discours obligatoires, des figures imposées, d’un mécanisme d’autocensure et de fermeture aux autres qui appauvrit profondément le débat d’idées.

Se libérer de l’agenda médiatique aussi…

Des certitudes installées par les canons médiatiques, en effet… C’est vraiment dommage quand cela nous empêche de réfléchir honnêtement, lucidement. Cette liberté intérieure est la seule chose qui compte. Je ne pense pas que l’audace, en tant que telle, soit un but.

Je trouve inintéressant l’exercice de la provocation permanente qui a pour seule préoccupation le fait de sortir de la norme. Ce qui compte, c’est de chercher à avoir une pensée et une parole justes, même lorsque cela nous conduit à nous affranchir de certains chemins tout tracés dans le débat intellectuel.

En refusant toute forme de nihilisme ?

Bien sûr… Encore une fois, la liberté dans la parole publique ne peut pas être un but en soi, un narcissisme vide. Aucune pensée juste ne peut se trouver dans une pensée autosatisfaite, qu’elle soit consensuelle ou provocatrice. L’audace n’a pas pour but l’audace.

Le champ du politique, avec sa violence, n’invite-t-il pas au défi de se retrouver et d’être soi-même ?

« Il faut être fidèle à l’exigence de lucidité, de liberté, de vérité. »

L’audace est nécessaire pour ne pas se laisser dissoudre dans ce conformisme. Il faut être fidèle à l’exigence de lucidité, de liberté, de vérité. En ce sens, la politique implique certainement d’être audacieux. Réussir en politique n’est pas très difficile ; mais parvenir à avancer pour mieux servir, tout en restant vraiment soi-même, voilà qui implique du courage.

Un livre qui vous a bousculé et invité à penser autrement ?

Cyrano de Bergerac que j’ai découvert avec passion au collège, et que j’ai joué lycéen… Puis Le Journal d’un curé de campagne, qui m’a beaucoup marqué pendant mes années d’étudiant.

Les Soirées de la Philo reprennent bientôt…

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La première soirée aura lieu le lundi 2 octobre au Théâtre Saint-Georges. Nous tenterons de répondre à cette belle question : « Est-il raisonnable de chercher une vérité ? »

« Le grand risque est de renoncer à choisir. »

Le mot de la fin ?

Je suis très frappé, comme enseignant, en accompagnant des élèves, de voir à quel point il est difficile de faire des choix. Aujourd’hui, nous avons beaucoup plus de choix qu’auparavant. Il y a encore un siècle, les vies étaient déjà saisies dans bien des déterminations.

A présent, nous vivons dans une société d’indétermination absolue. C’est une chance, mais aussi un danger : le grand risque est de renoncer à choisir, de ne jamais franchir un seuil par peur de se fermer des portes. C’est se laisser alors aller à des vies figées, uniformes, indistinctes, se laisser écraser par le poids du regard social.

« A quoi sert-il d’avoir le choix si ce n’est pas pour faire un choix ? »

Si l’audace est nécessaire c’est certainement pour y remédier. La vie est marquée par la mort. Elle est finie et limitée. Avec acharnement, nous fuyons l’idée de la mort, qui est pourtant la condition pour que comprendre combien il est nécessaire de vivre pleinement cette vie, dès aujourd’hui.

A quoi sert-il d’avoir le choix si ce n’est pas pour faire un choix ? L’audace, c’est peut-être de renoncer à une liberté consumériste qui veut toujours avoir le choix, pour s’engager dans une voie, se risquer dans une voie qui puisse nous ressembler, et ainsi commencer à vivre vraiment.

Propos recueillis par Mathilde Aubinaud

De l’ESSEC à l’Ambassade d’Auvergne : la vie multiple de Didier Desert

De l’ESSEC à l’Ambassade d’Auvergne : la vie multiple de Didier Desert

Rencontre avec le propriétaire de l’institution au cœur de Paris, l’Ambassade d’Auvergne.

Didier Desert nous révèle les coulisses de celle qui sublime la cuisine de terroir auvergnat.

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« On ne va pas au restaurant pour manger ». Pour Didier Desert, propriétaire de l’Ambassade d’Auvergne, le repas n’est pas l’unique composante de l’établissement. Au contraire. On « vit une expérience ». Bien d’autres enjeux s’y jouent, bien d’autres liens s’y tissent.

L’accueil, l’ambiance l’installation à table autant d’éléments mettant le convive au centre de la scène. « C’est aussi raconter une carte, son histoire et ses producteurs » explique-il avec enthousiasme.

Avoir envie

Une vie singulière emplie de ruptures. Membre du board de l’ESSEC , il a changé à plusieurs reprises de secteurs comme de métiers. « L’envie » comme moteur de changement. L’audit, le conseil et la gastronomie.  En janvier 2015, il se décide. Il « libère les carcans ». Ce sera l’Ambassade d’Auvergne.

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Une passion qui le ramène à ses jeunes années.  Son grand-père était ouvrier agricole. Il se rappelle des vins goûtés. Lorsqu’il cuisine, c’est l’occasion de réunir ses amis et de « les rendre heureux ».

Comme une maison de famille

Une maison, fondée en 1966, en plein Paris par Joseph et Hélène Petrucci. L’immeuble, lui, date du XVIIème.  Un espace à part loin de l’agitation parisienne. Rue du grenier Saint Lazare, à quelques mètres du Centre Pompidou,  nous voilà dans une maison auvergnate. Son ambiance, ses poutres. On s’y sent bien. La maison y est vivante et incarnée. Il est là, pleinement là. « Je  ne fais pas les choses à moitié » explique-t-il.

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L’authenticité y est centrale. Les recettes célèbrent cette Auvergne dans toute sa potentialité. La maison apparait comme « promoteur de ce qui se fait ». Un vrai-savoir. Le jambon provient de plusieurs maisons comme celle de la Maison Conquet en Aubrac.

 Les images qui lui viennent à l’esprit lorsqu’il pense à l’Auvergne ? D’emblée, il cite les paysages de Haute-Loire et « la superposition de visages » sur ces lieux. La cave compte plus 7000 bouteilles dont de très grands crus. Didier Desert est en contact avec cette nouvelle génération de vignerons dont il loue le talent.

L’alliance audacieuse : de la tradition et des saveurs d’ailleurs

Des traditions venues de l’Allier se mêlent avec brio à celles d’Asie comme l’ail noir. Les classiques y sont revisités par le Chef Emmerick de Backer.

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Le Chef Emmerick de Backer et Didier Desert

La carte, nullement figée, évolue au grès des rencontres, des produits. On retiendra par exemple la crêpe Ginette mais « en encore mieux que la Suzette ! » tient à préciser Didier Desert.  Le pamplemousse y remplace l’orange. Côté salé : un indispensable : le pied de cochon ou le magret de canard rôti & Aligot.

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Aligot et Magret

On savourera un cornet de Murat. Un dessert traditionnel d’un village du Cantal. Il associe dans un cornet : crème et agrumes. Ces dernières, sous forme d’une compotée, varient selon la saison.

Si elle célèbre ses 50 ans, l’Ambassade rayonne de sa créativité forte de l’empreinte de Didier Desert. Une valeur sûre  tournée vers le monde extérieur. Une alliance réussie pour raconter et faire vivre l’Auvergne.

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la Crêpe Ginette

Mathilde Aubinaud

Ambassade d’Auvergne

22 rue du Grenier Saint Lazare -75003

Plus d’infos : http://www.ambassade-auvergne.com/fr/

Yann Bonnet, Secrétaire général du CNNum, « le numérique est un pari sur l’avenir »

Yann Bonnet, Secrétaire général du CNNum, « le numérique est un pari sur l’avenir »

Parce qu’il est pleinement acteur de la société numérique qui se dessine, parce qu’il s’engage sur les sujets de la transformation numérique, parce qu’il entend peser dans le débat public, le Conseil national du numérique est une figure audacieuse.

Yann Bonnet est le secrétaire générale du CNNum depuis 2015. Il a été en charge du pilotage de la concertation nationale sur le numérique lancée par le Premier ministre en octobre 2014. Rencontre pour La Saga des Audacieux.

pour La Saga des Audacieux:

La Saga des Audacieux: Quelle place occupe, selon vous, l’audace dans l’univers du numérique ?

Au Conseil national du numérique, les membres tentent au quotidien de faire preuve d’audace.

Yann Bonnet : L’audace est à l’origine de bien des inventions et innovations dans les champs technologiques. Le numérique est avant tout immense pari sur l’avenir.

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Yann Bonnet, Secrétaire général du CNNum

Mais l’audace est aussi présente chez celles et ceux qui ont oeuvré aux transformations sociales induites par ces technologies : je pense notamment à Alexandra Elbakyan qui lutte pour l’accès libre aux connaissances et aux articles de recherche avec sa plateforme Sci-Hub ou encore à Edward Snowden, qui oeuvre pour la prise de conscience sur les enjeux relatifs à la surveillance.

Au Conseil national du numérique, les membres tentent au quotidien de faire preuve d’audace. C’est le coeur de leur mission de Conseil au Gouvernement : penser la transformation numérique de notre société et de notre économie, anticiper et faire des propositions nouvelles.

Ils ont ainsi défendu voire dégagé des principes qui irriguent actuellement la pensée numérique en France et au-delà : loyauté des plateformes, gouvernance des choix technologiques, biens communs, ouverture des données publiques …

Vous êtes Secrétaire Générale du Conseil National du Numérique. Quel est votre vision du leadership ?

Ma vision du leadership est semblable aux valeurs du numérique et particulièrement à deux valeurs qui me tiennent à cœur : l’ouverture et la collaboration.

Ouvert pour ne jamais se reposer sur ses acquis et rester à l’écoute des autres, dans un monde en perpétuelle transformation.

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Rencontre avec le Secrétaire d’Etat chargé du numérique lors de la plénière de juin

Collaboratif parce que c’est au cœur de ce que le numérique permet : aplatir les relations, penser à plusieurs, faire émerger les meilleurs idées dans un groupe et bénéficier de l’expression de la diversité de chacun….

Comment définiriez-vous le rôle du CNNum auprès des citoyens ? A-t-il évolué ?

Le Conseil a un rôle de vigie et d’éclaireur des enjeux numériques. Il a ainsi largement contribué à alerter l’opinion publique et le Gouvernement sur le fichier des Titres Électroniques Sécurisés, ce fameux fichier qui contient les données sensibles de la quasi-totalité de la population française.

Le Conseil veut continuer sur cette lancée et se positionner au plus proche des citoyens en s’efforçant de remplir un rôle de vulgarisation des enjeux numériques. Enfin et surtout, il souhaite également renforcer son rôle d’interface avec la société civile : dans son manifeste, il a ainsi proposé d’organiser des rencontres régulières avec la société civile et les mondes politiques et économiques et de permettre des saisines citoyennes.

Ces évolutions sont d’ailleurs dans la lignée des consultations en ligne organisées par le Conseil.

Quelles stratégies numériques vous inspirent ? Pourquoi ?

Les stratégies numériques inclusives et démocratiques : à cet égard les concertations en ligne – même si elles présentent encore des écueils tels que la représentativité et la diversité des points de vue – permettent de co-construire de façon bottom up nos politiques publiques et ainsi d’être au plus proche des attentes des citoyens.

C’est la raison pour laquelle je suis fier des larges consultations que nous avons menées par le passé. Je pense à  la “plateforme contribuez !” que nous avons mis en place pour la concertation “Ambition numérique” qui a préfiguré la loi pour une République numérique ou encore à la plateforme de débat sur le fichier TES. D’autres suivront …

Le numérique est-il un levier pour renforcer le lien social ?

Bien sûr, depuis le rapport « Citoyens d’une société numérique – Accès, Littératie, Médiations, Pouvoir d’agir : pour une nouvelle politique d’inclusion », le Conseil soutient qu’il est possible de s’appuyer sur le numérique pour renforcer le « pouvoir d’agir » de tous les citoyens. Le constat de ce rapport a participé à la prise de conscience des enjeux de l’inclusion numérique au-delà de la thématique de l’accessibilité. Il y a des vrais risques de décrochage, qui peuvent renforcer mais parfois aussi dépasser les fractures existantes.

Mais il n’y a pas de déterminisme : nous pouvons et nous devons proposer d’autres modèles politiques publiques pour le numérique…

Plus récemment, le CNNum a publié un avis présentant sa vision de la confiance dans une démocratie numérique. Il y explique que si la confiance dans la vie publique repose sur une moralisation des attitudes individuelles, elle se fonde aussi sur notre capacité collective à mieux impliquer les citoyen-ne-s dans l’action publique. Le numérique peut et doit aider à atteindre cet objectif.

Comment le CNNum tente-t-il de rendre le numérique plus inclusif ?

Depuis bientôt 4 ans, le Conseil estime que la médiation représente, avec la formation tout au long de la vie, l’infrastructure humaine essentielle d’une société numérique. Nous pensons par exemple qu’il faut absolument valoriser et structurer les métiers de la médiation numérique ou encore développer la médiation numérique dans les services publics locaux.

Mounir Mahjoubi a été nommé Secrétaire d’Etat au numérique. Quelle politique numérique va-t-il mettre en place ?

Mounir Mahjoubi a annoncé ses chantiers prioritaires sur lesquels il avait déjà beaucoup travaillé en tant que Président du Conseil national du numérique : la transformation numérique des PME, l’inclusion numérique et la transformation de l’État.

Comment la France peut-elle construire une stratégie numérique ?

Tous les pouvoirs publics devraient être inclus dans une réflexion pour mener une stratégie numérique nationale cohérente autour des grands enjeux de notre société.

Le numérique est transversal. Dans le rapportAmbition numérique, nous avons ainsi tenté de le traiter sous toutes ses dimensions pour définir une vision globale et ensuite la décliner de manière cohérente.

Cela implique un changement de posture : tous les pouvoirs publics devraient être inclus dans une réflexion pour mener une stratégie numérique nationale cohérente autour des grands enjeux de notre société parmi lesquels entre autres la gouvernance des choix technologiques de l’État, l’État-Plateforme, les données éducatives …. Mais il faut avant tout construire une stratégie numérique européenne.

En quoi le numérique est un levier de pouvoir et de souveraineté ?

D’abord, levier de pouvoir : il y a un véritable projet politique à défendre pour le numérique, notamment dans un contexte actuel où il peut être le vecteur d’une centralisation accrue des pouvoirs dans notre société (surveillance, reverticalisation du web avec la domination des grandes plateformes…).

Nous défendons un numérique à même de permettre la transformation sociale en donnant du pouvoir d’agir par le développement individuel. C’est un numérique dans lequel l’individu doit pouvoir décider de la communication et de l’utilisation de ses données personnelles.

Ensuite, levier de souveraineté parce que le numérique est sans conteste un enjeu stratégique essentiel pour les États. Dès les années 70, les États-Unis ont effectué des choix de politiques publiques clairs en faveur du numérique. Cela a favorisé l’afflux de capital des États-Unis pour les entreprises innovantes. Aujourd’hui, les entreprises américaines (les fameuses “GAFAM”) sont les leaders de l’économie numérique.

Une stratégie numérique européenne ambitieuse est possible.

L’Europe de son côté n’est jamais parvenue à avoir une stratégie cohérente pour le numérique alors que de l’autre côté il y a des pays plus fermés comme la Chine qui ont réussi à développer des écosystèmes numérique locaux. Une stratégie numérique européenne ambitieuse est possible. Pour cela, il faut proposer notre propre modèle, en cohérence avec nos valeurs, nos règles…

Quels sont vos prochains défis ?
Deux défis nous attendent. D’une part, renforcer notre rôle au niveau européen car c’est le cadre le plus adéquat pour les sujets numériques et d’autre part, approfondir les sujets au cœur de nos réflexions dans un premier temps autour de trois grands sujets : la loyauté des plateformes, l’intelligence artificielle et la convergence des transitions écologique et numérique.

propos recueillis par Mathilde Aubinaud