François-Xavier Bellamy : « Renoncer à choisir est un grand risque »

François-Xavier Bellamy : « Renoncer à choisir est un grand risque »

Rares sont les protagonistes sur la scène publique. François-Xavier en est délibérément un.  Il porte un combat courageux et affirmé sur l’éducation. Un enjeu transcendant clivages et approches idéologisantes.

Fort de son expérience de Professeur, dans le secondaire puis en classes préparatoires, il apporte son regard aiguisé et son analyse sur une société qui s’affirme assoiffée par le progrès tout en étant à la recherche de repères.

 Ces derniers sont bien présents dans l’univers de François-Xavier Bellamy où autrui a pleinement sa place. Régulièrement, il rassemble le grand public lors des Soirées de la philo. Une discipline qu’il refuse de laisser à un entre-soi. Avec un sens du service public, avec un sens de l’engagement, il s’implique dans l’équipe municipale de Versailles en faveur des jeunes à l’image de JVersailles, du Mois pour l’Emploi ou encore des Vendredis du Rock.

Figure syncrétique, François-Xavier Bellamy incarne cette alliance de la réflexion et ce vif intérêt pour le terrain. Il n’est nullement dupe de l’univers politicien et de ce qui s’y joue.  C’est une personne à part tant elle est restée droite sur les choix posées et les valeurs portées. Rencontre dans son bureau à la Mairie de Versailles pour La Saga des Audacieux.

 

Mathilde Aubinaud : Quel regard portez-vous sur l’audace ?

François-Xavier Bellamy : J’ai toujours été frappé par cette phrase de Jean-Jacques Rousseau qui dit que l’ignorance, c’est « ne mesurer le possible que sur l’existant ». L’audace, c’est l’inverse : c’est parier que le possible a plus d’ampleur que l’existant. L’audace ne considère pas que l’état des lieux détermine le champ du possible. Elle sait que le possible est en soi ce qu’il faut créer.

 

L’audace a-t-elle sa place face aux normes qui sont légion dans notre société?

« Il faut être capable de s’engager dans des aventures qui mettent quelque chose en jeu de notre propre existence. »

Les normes ont un aspect positif. Nous sommes très heureux de vivre dans des cadres sûrs et protecteurs. Nous sommes heureux de ne pas être en danger dans les actes les plus simples de la vie de tous les jours. Pourtant,  il ne faut pas que les normes étouffent la capacité de prendre des risques – non pas de les subir, mais de les accepter quand ils découlent d’un choix lucide, pour un but qui en vaut la peine. Les normes qui existent doivent nous éviter de subir des risques sans le savoir, et malgré nous. Mais il faut parfois les accepter consciemment, et être capable de s’engager dans des aventures qui mettent en jeu quelque chose de notre propre existence.

Les liens sont, dès lors, très étroits avec la prise de risque…

« Il n’y a pas d’audace sans risque. »

Il n’y a pas d’audace sans risque… Tout audacieux accepte de risquer quelque chose dans les choix qu’il fait.

 Quels ont été vos gestes, vos prises de parole, vos choix que vous définissez comme audacieux ?

J’ai l’impression que si j’ai été audacieux, je ne m’en rendais pas compte sur le moment. Le vrai audacieux n’agit pas par audace, de la même façon que l’homme vraiment vertueux, pour Emmanuel Kant, est celui qui n’agit pas pour se sentir vertueux. Il agit seulement parce que son but est de faire le bien.

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@Sipa Press

Le vrai audacieux a des projets et ne se rend pas forcément compte de l’audace qu’ils représentent. On m’a parfois dit que j’avais été très audacieux quand j’ai accepté de m’engager en politique, ou quand je me suis lancé dans l’aventure de publier un livre ; mais ce n’est pas ce que j’éprouvais.

« On vit dans une société où il y a un manque terrible d’audace intellectuelle. »

L’audace est-ce également penser jusqu’au bout, penser avec ses convictions ?

Nous vivons dans une société qui est inhibée par un manque terrible d’audace intellectuelle. Il y a une grande difficulté à se libérer du poids des conventions habituelles, des discours obligatoires, des figures imposées, d’un mécanisme d’autocensure et de fermeture aux autres qui appauvrit profondément le débat d’idées.

Se libérer de l’agenda médiatique aussi…

Des certitudes installées par les canons médiatiques, en effet… C’est vraiment dommage quand cela nous empêche de réfléchir honnêtement, lucidement. Cette liberté intérieure est la seule chose qui compte. Je ne pense pas que l’audace, en tant que telle, soit un but.

Je trouve inintéressant l’exercice de la provocation permanente qui a pour seule préoccupation le fait de sortir de la norme. Ce qui compte, c’est de chercher à avoir une pensée et une parole justes, même lorsque cela nous conduit à nous affranchir de certains chemins tout tracés dans le débat intellectuel.

En refusant toute forme de nihilisme ?

Bien sûr… Encore une fois, la liberté dans la parole publique ne peut pas être un but en soi, un narcissisme vide. Aucune pensée juste ne peut se trouver dans une pensée autosatisfaite, qu’elle soit consensuelle ou provocatrice. L’audace n’a pas pour but l’audace.

Le champ du politique, avec sa violence, n’invite-t-il pas au défi de se retrouver et d’être soi-même ?

« Il faut être fidèle à l’exigence de lucidité, de liberté, de vérité. »

L’audace est nécessaire pour ne pas se laisser dissoudre dans ce conformisme. Il faut être fidèle à l’exigence de lucidité, de liberté, de vérité. En ce sens, la politique implique certainement d’être audacieux. Réussir en politique n’est pas très difficile ; mais parvenir à avancer pour mieux servir, tout en restant vraiment soi-même, voilà qui implique du courage.

Un livre qui vous a bousculé et invité à penser autrement ?

Cyrano de Bergerac que j’ai découvert avec passion au collège, et que j’ai joué lycéen… Puis Le Journal d’un curé de campagne, qui m’a beaucoup marqué pendant mes années d’étudiant.

Les Soirées de la Philo reprennent bientôt…

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La première soirée aura lieu le lundi 2 octobre au Théâtre Saint-Georges. Nous tenterons de répondre à cette belle question : « Est-il raisonnable de chercher une vérité ? »

« Le grand risque est de renoncer à choisir. »

Le mot de la fin ?

Je suis très frappé, comme enseignant, en accompagnant des élèves, de voir à quel point il est difficile de faire des choix. Aujourd’hui, nous avons beaucoup plus de choix qu’auparavant. Il y a encore un siècle, les vies étaient déjà saisies dans bien des déterminations.

A présent, nous vivons dans une société d’indétermination absolue. C’est une chance, mais aussi un danger : le grand risque est de renoncer à choisir, de ne jamais franchir un seuil par peur de se fermer des portes. C’est se laisser alors aller à des vies figées, uniformes, indistinctes, se laisser écraser par le poids du regard social.

« A quoi sert-il d’avoir le choix si ce n’est pas pour faire un choix ? »

Si l’audace est nécessaire c’est certainement pour y remédier. La vie est marquée par la mort. Elle est finie et limitée. Avec acharnement, nous fuyons l’idée de la mort, qui est pourtant la condition pour que comprendre combien il est nécessaire de vivre pleinement cette vie, dès aujourd’hui.

A quoi sert-il d’avoir le choix si ce n’est pas pour faire un choix ? L’audace, c’est peut-être de renoncer à une liberté consumériste qui veut toujours avoir le choix, pour s’engager dans une voie, se risquer dans une voie qui puisse nous ressembler, et ainsi commencer à vivre vraiment.

Propos recueillis par Mathilde Aubinaud

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De l’ESSEC à l’Ambassade d’Auvergne : la vie multiple de Didier Desert

De l’ESSEC à l’Ambassade d’Auvergne : la vie multiple de Didier Desert

Rencontre avec le propriétaire de l’institution au cœur de Paris, l’Ambassade d’Auvergne.

Didier Desert nous révèle les coulisses de celle qui sublime la cuisine de terroir auvergnat.

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« On ne va pas au restaurant pour manger ». Pour Didier Desert, propriétaire de l’Ambassade d’Auvergne, le repas n’est pas l’unique composante de l’établissement. Au contraire. On « vit une expérience ». Bien d’autres enjeux s’y jouent, bien d’autres liens s’y tissent.

L’accueil, l’ambiance l’installation à table autant d’éléments mettant le convive au centre de la scène. « C’est aussi raconter une carte, son histoire et ses producteurs » explique-il avec enthousiasme.

Avoir envie

Une vie singulière emplie de ruptures. Membre du board de l’ESSEC , il a changé à plusieurs reprises de secteurs comme de métiers. « L’envie » comme moteur de changement. L’audit, le conseil et la gastronomie.  En janvier 2015, il se décide. Il « libère les carcans ». Ce sera l’Ambassade d’Auvergne.

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Une passion qui le ramène à ses jeunes années.  Son grand-père était ouvrier agricole. Il se rappelle des vins goûtés. Lorsqu’il cuisine, c’est l’occasion de réunir ses amis et de « les rendre heureux ».

Comme une maison de famille

Une maison, fondée en 1966, en plein Paris par Joseph et Hélène Petrucci. L’immeuble, lui, date du XVIIème.  Un espace à part loin de l’agitation parisienne. Rue du grenier Saint Lazare, à quelques mètres du Centre Pompidou,  nous voilà dans une maison auvergnate. Son ambiance, ses poutres. On s’y sent bien. La maison y est vivante et incarnée. Il est là, pleinement là. « Je  ne fais pas les choses à moitié » explique-t-il.

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L’authenticité y est centrale. Les recettes célèbrent cette Auvergne dans toute sa potentialité. La maison apparait comme « promoteur de ce qui se fait ». Un vrai-savoir. Le jambon provient de plusieurs maisons comme celle de la Maison Conquet en Aubrac.

 Les images qui lui viennent à l’esprit lorsqu’il pense à l’Auvergne ? D’emblée, il cite les paysages de Haute-Loire et « la superposition de visages » sur ces lieux. La cave compte plus 7000 bouteilles dont de très grands crus. Didier Desert est en contact avec cette nouvelle génération de vignerons dont il loue le talent.

L’alliance audacieuse : de la tradition et des saveurs d’ailleurs

Des traditions venues de l’Allier se mêlent avec brio à celles d’Asie comme l’ail noir. Les classiques y sont revisités par le Chef Emmerick de Backer.

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Le Chef Emmerick de Backer et Didier Desert

La carte, nullement figée, évolue au grès des rencontres, des produits. On retiendra par exemple la crêpe Ginette mais « en encore mieux que la Suzette ! » tient à préciser Didier Desert.  Le pamplemousse y remplace l’orange. Côté salé : un indispensable : le pied de cochon ou le magret de canard rôti & Aligot.

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Aligot et Magret

On savourera un cornet de Murat. Un dessert traditionnel d’un village du Cantal. Il associe dans un cornet : crème et agrumes. Ces dernières, sous forme d’une compotée, varient selon la saison.

Si elle célèbre ses 50 ans, l’Ambassade rayonne de sa créativité forte de l’empreinte de Didier Desert. Une valeur sûre  tournée vers le monde extérieur. Une alliance réussie pour raconter et faire vivre l’Auvergne.

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la Crêpe Ginette

Mathilde Aubinaud

Ambassade d’Auvergne

22 rue du Grenier Saint Lazare -75003

Plus d’infos : http://www.ambassade-auvergne.com/fr/

Yann Bonnet, Secrétaire général du CNNum, « le numérique est un pari sur l’avenir »

Yann Bonnet, Secrétaire général du CNNum, « le numérique est un pari sur l’avenir »

Parce qu’il est pleinement acteur de la société numérique qui se dessine, parce qu’il s’engage sur les sujets de la transformation numérique, parce qu’il entend peser dans le débat public, le Conseil national du numérique est une figure audacieuse.

Yann Bonnet est le secrétaire générale du CNNum depuis 2015. Il a été en charge du pilotage de la concertation nationale sur le numérique lancée par le Premier ministre en octobre 2014. Rencontre pour La Saga des Audacieux.

pour La Saga des Audacieux:

La Saga des Audacieux: Quelle place occupe, selon vous, l’audace dans l’univers du numérique ?

Au Conseil national du numérique, les membres tentent au quotidien de faire preuve d’audace.

Yann Bonnet : L’audace est à l’origine de bien des inventions et innovations dans les champs technologiques. Le numérique est avant tout immense pari sur l’avenir.

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Yann Bonnet, Secrétaire général du CNNum

Mais l’audace est aussi présente chez celles et ceux qui ont oeuvré aux transformations sociales induites par ces technologies : je pense notamment à Alexandra Elbakyan qui lutte pour l’accès libre aux connaissances et aux articles de recherche avec sa plateforme Sci-Hub ou encore à Edward Snowden, qui oeuvre pour la prise de conscience sur les enjeux relatifs à la surveillance.

Au Conseil national du numérique, les membres tentent au quotidien de faire preuve d’audace. C’est le coeur de leur mission de Conseil au Gouvernement : penser la transformation numérique de notre société et de notre économie, anticiper et faire des propositions nouvelles.

Ils ont ainsi défendu voire dégagé des principes qui irriguent actuellement la pensée numérique en France et au-delà : loyauté des plateformes, gouvernance des choix technologiques, biens communs, ouverture des données publiques …

Vous êtes Secrétaire Générale du Conseil National du Numérique. Quel est votre vision du leadership ?

Ma vision du leadership est semblable aux valeurs du numérique et particulièrement à deux valeurs qui me tiennent à cœur : l’ouverture et la collaboration.

Ouvert pour ne jamais se reposer sur ses acquis et rester à l’écoute des autres, dans un monde en perpétuelle transformation.

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Rencontre avec le Secrétaire d’Etat chargé du numérique lors de la plénière de juin

Collaboratif parce que c’est au cœur de ce que le numérique permet : aplatir les relations, penser à plusieurs, faire émerger les meilleurs idées dans un groupe et bénéficier de l’expression de la diversité de chacun….

Comment définiriez-vous le rôle du CNNum auprès des citoyens ? A-t-il évolué ?

Le Conseil a un rôle de vigie et d’éclaireur des enjeux numériques. Il a ainsi largement contribué à alerter l’opinion publique et le Gouvernement sur le fichier des Titres Électroniques Sécurisés, ce fameux fichier qui contient les données sensibles de la quasi-totalité de la population française.

Le Conseil veut continuer sur cette lancée et se positionner au plus proche des citoyens en s’efforçant de remplir un rôle de vulgarisation des enjeux numériques. Enfin et surtout, il souhaite également renforcer son rôle d’interface avec la société civile : dans son manifeste, il a ainsi proposé d’organiser des rencontres régulières avec la société civile et les mondes politiques et économiques et de permettre des saisines citoyennes.

Ces évolutions sont d’ailleurs dans la lignée des consultations en ligne organisées par le Conseil.

Quelles stratégies numériques vous inspirent ? Pourquoi ?

Les stratégies numériques inclusives et démocratiques : à cet égard les concertations en ligne – même si elles présentent encore des écueils tels que la représentativité et la diversité des points de vue – permettent de co-construire de façon bottom up nos politiques publiques et ainsi d’être au plus proche des attentes des citoyens.

C’est la raison pour laquelle je suis fier des larges consultations que nous avons menées par le passé. Je pense à  la “plateforme contribuez !” que nous avons mis en place pour la concertation “Ambition numérique” qui a préfiguré la loi pour une République numérique ou encore à la plateforme de débat sur le fichier TES. D’autres suivront …

Le numérique est-il un levier pour renforcer le lien social ?

Bien sûr, depuis le rapport « Citoyens d’une société numérique – Accès, Littératie, Médiations, Pouvoir d’agir : pour une nouvelle politique d’inclusion », le Conseil soutient qu’il est possible de s’appuyer sur le numérique pour renforcer le « pouvoir d’agir » de tous les citoyens. Le constat de ce rapport a participé à la prise de conscience des enjeux de l’inclusion numérique au-delà de la thématique de l’accessibilité. Il y a des vrais risques de décrochage, qui peuvent renforcer mais parfois aussi dépasser les fractures existantes.

Mais il n’y a pas de déterminisme : nous pouvons et nous devons proposer d’autres modèles politiques publiques pour le numérique…

Plus récemment, le CNNum a publié un avis présentant sa vision de la confiance dans une démocratie numérique. Il y explique que si la confiance dans la vie publique repose sur une moralisation des attitudes individuelles, elle se fonde aussi sur notre capacité collective à mieux impliquer les citoyen-ne-s dans l’action publique. Le numérique peut et doit aider à atteindre cet objectif.

Comment le CNNum tente-t-il de rendre le numérique plus inclusif ?

Depuis bientôt 4 ans, le Conseil estime que la médiation représente, avec la formation tout au long de la vie, l’infrastructure humaine essentielle d’une société numérique. Nous pensons par exemple qu’il faut absolument valoriser et structurer les métiers de la médiation numérique ou encore développer la médiation numérique dans les services publics locaux.

Mounir Mahjoubi a été nommé Secrétaire d’Etat au numérique. Quelle politique numérique va-t-il mettre en place ?

Mounir Mahjoubi a annoncé ses chantiers prioritaires sur lesquels il avait déjà beaucoup travaillé en tant que Président du Conseil national du numérique : la transformation numérique des PME, l’inclusion numérique et la transformation de l’État.

Comment la France peut-elle construire une stratégie numérique ?

Tous les pouvoirs publics devraient être inclus dans une réflexion pour mener une stratégie numérique nationale cohérente autour des grands enjeux de notre société.

Le numérique est transversal. Dans le rapportAmbition numérique, nous avons ainsi tenté de le traiter sous toutes ses dimensions pour définir une vision globale et ensuite la décliner de manière cohérente.

Cela implique un changement de posture : tous les pouvoirs publics devraient être inclus dans une réflexion pour mener une stratégie numérique nationale cohérente autour des grands enjeux de notre société parmi lesquels entre autres la gouvernance des choix technologiques de l’État, l’État-Plateforme, les données éducatives …. Mais il faut avant tout construire une stratégie numérique européenne.

En quoi le numérique est un levier de pouvoir et de souveraineté ?

D’abord, levier de pouvoir : il y a un véritable projet politique à défendre pour le numérique, notamment dans un contexte actuel où il peut être le vecteur d’une centralisation accrue des pouvoirs dans notre société (surveillance, reverticalisation du web avec la domination des grandes plateformes…).

Nous défendons un numérique à même de permettre la transformation sociale en donnant du pouvoir d’agir par le développement individuel. C’est un numérique dans lequel l’individu doit pouvoir décider de la communication et de l’utilisation de ses données personnelles.

Ensuite, levier de souveraineté parce que le numérique est sans conteste un enjeu stratégique essentiel pour les États. Dès les années 70, les États-Unis ont effectué des choix de politiques publiques clairs en faveur du numérique. Cela a favorisé l’afflux de capital des États-Unis pour les entreprises innovantes. Aujourd’hui, les entreprises américaines (les fameuses “GAFAM”) sont les leaders de l’économie numérique.

Une stratégie numérique européenne ambitieuse est possible.

L’Europe de son côté n’est jamais parvenue à avoir une stratégie cohérente pour le numérique alors que de l’autre côté il y a des pays plus fermés comme la Chine qui ont réussi à développer des écosystèmes numérique locaux. Une stratégie numérique européenne ambitieuse est possible. Pour cela, il faut proposer notre propre modèle, en cohérence avec nos valeurs, nos règles…

Quels sont vos prochains défis ?
Deux défis nous attendent. D’une part, renforcer notre rôle au niveau européen car c’est le cadre le plus adéquat pour les sujets numériques et d’autre part, approfondir les sujets au cœur de nos réflexions dans un premier temps autour de trois grands sujets : la loyauté des plateformes, l’intelligence artificielle et la convergence des transitions écologique et numérique.

propos recueillis par Mathilde Aubinaud

« L’audace ouvre un champ des possibles immense » 

« L’audace ouvre un champ des possibles immense » 

Alors que la communication joue un rôle prégnant auprès des parties prenantes, rencontre pour la Saga des Audacieux avec Benoit Pernin, Directeur des relations presse, publiques et extérieures d’Orange France.

 Mathilde Aubinaud : En quoi l’audace est-elle importante pour communiquer? Se faire entendre? 

Benoit Pernin : Etre audacieux implique obligatoirement une volonté de faire les choses malgré les risques. Et en terme de communication, l’histoire montre que toutes les campagnes de communication qui marquent  (pour un produit, une marque, une idée) sont celles qui sont sorties du chemin classique, des codes connus de la communication. Bref qui ont osé, qui ont innové.

L’audace, c’est aussi, quelque part, donner du sens, ouvrir un nouveau chemin, inspirer… et donc particulièrement dans le monde de la communication. De façon globale, je pense que la première condition pour avoir de l’audace, c’est avoir de l’expérience. Il faut donc maîtriser sa zone de confort pour oser en sortir. C’est pour cela que n’on ne naît pas audacieux, on le devient. Avoir de l’audace, c’est changer !

Quelle lecture avez-vous de la communication? Au regard de votre expérience Comment la définiriez-vous? 

Définir la communication est plus difficile qu’il ne semble malgré son omniprésence et bien que nous utilisions tous ce mot et, surtout, pensons en connaître sa signification. La communication, c’est  partager, mettre en commun, transmettre. Derrière ces mots et ces actions la notion de communication n’a cessé d’évoluer depuis des dizaines d’années. Elle s’est carrément transformée avec l’arrivée et la puissance du digital. Pour ma part, je pense que la communication est intelligente. La communication, parce qu’elle est information et compréhension, devient un outil d’éclairage, elle peut provoquer des prises de conscience et susciter l’engagement. Et plus que jamais, la communication doit être discussion. C’est pour cela que les communicants doivent en permanence se remettre en question, s’adapter au monde que les entoure. Et c’est encore plus vrai aujourd’hui avec le digital et la multitudes d’offres existantes…et à venir !

Benoit Pernin

Vous êtes à la fois Directeur des relations presse, publiques et extérieures d’Orange France. De quelles manières les frontières évoluent-elles? Investissent-elles  de nouveaux champs? 

Le digital a bouleversé – et ce n’est pas terminé- la façon d’exercer le métier des relations presse et de la communication en général. Notre relation au temps s’est accélérée. La communication et le message sont permanents.  En fait, le digital a surtout accentué la rapidité avec laquelle l’information se propage. Ce qui veut dire concrètement que nous sommes obligés aujourd’hui de maîtriser l’ensemble de la chaîne d’influence. Jamais, peut être, le temps de communication n’a été aussi fort. Par conséquent, le métier d’attaché de presse a changé et a pris une dimension 2.0. On parle d’ailleurs de plus en plus souvent d’e-RP. L’attaché de presse rédige toujours des communiqués et des dossiers de presse, organise des conférences et des voyages de presse. Mais les formats évoluent tout en étant plus adaptés au mobile : relai des communiqués de presse sur Twitter, envoi d’un tweet à la place d’un communiqué de presse, création de courtes vidéos, de gifs, rédaction de e-dossiers de presse directement consultables en ligne, prise en compte d’un volet « web social » dans les revues de presse… L’attaché de presse est en lien direct et interagit avec d’autres publics, au-delà des journalistes : leaders d’opinions, experts, blogueurs et autres groupes d’influence.

Les relations publiques sont aussi concernées par cette évolution. En effet, les réseaux sociaux permettent d’amplifier la visibilité des événements que nous organisons. Ils constituent aussi un formidable relai pour une communication « live ». C’est la raison pour laquelle nous mixons les publics d’influenceurs que nous invitons afin de donner à nos événements la meilleure résonnance possible.

Toutes ces actions sont le point de départ de conversations qui se prolongent avec les partages et commentaires sur les réseaux sociaux. Cette approche conversationnelle est plus que jamais au cœur des relations presse et publiques. Nous ne sommes plus sur une communication descendante mais complètement horizontale et engageante avec une multitude d’interlocuteurs, dans un esprit d’interactivité et d’échange.

Aujourd’hui je suis persuadé que les équipes de relations presse, publiques et digitales doivent plus que jamais travailler en totale coordination. Elles sont toutes dans une logique d’écoute, d’interaction et d’anticipation.

-Vous avez initié en avril dernier « #InTheAtlanticWith« . En quoi cet événement permet-il de créer des synergies en mobilisant l’ensemble des médias sociaux?

D’abord c’est une réflexion et un travail d’équipe. Cet événement s’inscrit dans un plan de communication globale concernant le réseau 4G d’Orange. Nous sommes partis du constat simple qu’aujourd’hui, dans nos métiers de la communications tout se croise et se recoupe. Lancée en juillet 2016, cette série a pour principe de promouvoir l’efficacité du réseau 4G d’Orange à travers des preuves. En plus d’affirmer la qualité de notre réseau nous le montrons à travers des usages. Ce concept repose sur deux principes. Le premier, c’est de découvrir un lieu insolite dans lesquels nos clients peuvent utiliser, comme d’habitude, leur mobile (nous l’avons déjà fait dans le tunnel sous la manche, au cœur des alpes et sur une plage). Le deuxième principe, c’est une diffusion en live sur nos réseaux sociaux –Facebook et Twitter d’une interview ou d’un mini concert.  Ce dernier épisode a réuni plusieurs milliers de vues au moment du live et près de 400 000 en cumul. Cet événement nous permet aussi de nous adresser à des journalistes qui racontent l’expérience, l’histoire. Et à cette occasion, toutes les ressources de la presse, des relations publiques et du digital sont réunies. A travers cette série, nous mobilisons 3 grands écosystèmes d’influence qui s’articulent entre eux, mais surtout donnent une dynamique digitale importante.

  • La marque Orange d’abord active son écosystème au global, c’est-à-dire ses fans, ses followers et la région dans laquelle l’événement se déroule ou bien encore des influenceurs qui s’intéressent à la thématique choisie, en l’occurrence la musique.
  • L’artiste ensuite qui mobilise ses fans et son propre écosystème.
  • Le lieu, enfin, qui créé une dynamique locale importante

Le prochain épisode se déroule le 20 juillet prochain et se nomme #intheSeawith .. Et comme nous cherchons toujours l’originalité et l’audace, ce sera un moment unique à vivre du côté de la Méditerranée diffusé en live et en simultané sur plusieurs réseaux sociaux grâce à la 4G d’Orange. Une nouvelle fois plusieurs éco-systèmes seront mobilisés.

Quelle est la dernière tendance RP qui vous a marqué? Pourquoi? 

J’aime beaucoup la phrase de Jeff Bezos, fondateur d’Amazon qui dit« Votre marque est ce que les gens disent de vous lorsque vous n’êtes pas dans la pièce ». Nous sommes au cœur de la tendance qui est née il y a quelques temps et qui va s’accentuer. C’est en fait la conversation. Et c’est par ricochet le « bouche à oreille ». Jamais les citoyens n’ont autant disposé de moyens d’information et d’expression là où les médias ont longtemps été les principales courroies de transmission, de compréhension et de mobilisation. Et par conséquence, jamais les marques n’ont eu un terrain de jeu d’expression aussi large et varié. C’est la raison pour laquelle il est vital de créer du contenu, mais pas n’importe lequel afin d’émerger mais aussi et surtout durer tant l’attention est volatile, l’offre et les façons d’expression sont immenses !

Le communicant qui vous inspire? Aujourd’hui? Dans l’Histoire? 

A mon sens un bon communicant est quelqu’un, qui en résumé, a en permanence un coup d’avance ou imagine le suivant. Que ce soit sur le fond ou la forme.

Dans l’Histoire récente, Chris Hughes, cofondateur et porte-parole de Facebook mais aussi coordinateur de l’organisation en ligne de la campagne présidentielle de Barack Obama en 2008. Ce n’est pas un « communiquant » au sens propre du terme mais il a créé une communication tout à fait spécifique. C’est lui qui aura sans aucun doute révolutionné le modèle de campagne électorale classique par l’utilisation omniprésente du digital, par un usage parfait du Big Data et par le pouvoir qu’il aura donné à ses partisans de devenir son propre média.

Il y a aussi Mercedes Erra qui a cassé les codes et, guidée par son audace, a donné du sens à la communication, à son métier. Il y a quelque temps un très beau portrait d’elle dans la presse titrait « La Dame de Faire »…. Tout est dit !

La sentence qui vous porte? 

Si nous parlons d’audace, la phrase d’Anatole France « J’ai toujours préféré la folie des passions à la sagesse de l’indifférence » prend tout son sens….

Propos recueillis par Mathilde Aubinaud 

 

 

 

D’une idée, d’une intuition nous avons eu l’audace de lancer notre activité et recruter.

D’une idée, d’une intuition nous avons eu l’audace de lancer notre activité et recruter.

Regarder autrement la data, c’est le défi posé par la start-up « Sirdata ».

Elle  étudie les données comportementales pour les annonceurs du web.

Elle collecte, traite et vend, en effet, les données à des fins de ciblage publicitaire ou d’amélioration de la connaissance client.

Cette start-up française, qui vient d’ouvrir un bureau à Londres, croit résolument en l’innovation. Elle est portée par ses dirigeants qui font de Sirdata une entreprise qui fait rimer audace et qualification, esprit de famille, respect et expertise.

Rencontre avec des entrepreneurs audacieux : Benoit Oberlé, Julien Trani, Rémi Demol, cofondateurs de Sirdata. Interview.

 

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Les fondateurs de Sirdata

La Saga des Audacieux : Comment est née votre start-up Sirdata ?

Benoît Oberlé (CEO et co-fondateur de Sirdata en charge du développement et de l’international) : Sirdata, ce n’est pas une idée mais deux visions rapidement partagées par un troisième. Chacun de notre côté, Julien, Remi et moi, avons commencé à poser des lignes de nos projets. Nous avons, tous les trois, cette même vision. Pour Julien et moi, hébergés au quotidien par un ami commun, nous avons eu l’habitude d’échanger régulièrement. Au fur et à mesure, nous nous sommes rendu compte que nos idées se rejoignaient, et d’un projet et de la convergence d’idées sont nées une vision de marché et Sirdata.

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Benoît Oberlé

 

Julien Trani (CSO et Co-fondateur initialement en charge des partenariats éditeurs) : Benoît et moi avons toujours évolué dans le même secteur.  Nous avons, chacun, un côté entrepreneur. On s’est ainsi retrouvé avec cette même idée dans le bon timing.

Remi Demol (CTO et Co fondateur) : Fort de plusieurs expériences réussies dans l’univers de l’IT, et connaissant Benoit et Julien, j’ai eu envie de créer l’outil technologique et travailler avec mes propres équipes d’experts.

Comment définiriez-vous l’expertise proposée par Sirdata ?

« Détecter l’intention d’achat »

Benoît Oberlé : Les données comportementales non structurées existaient sans être exploitées. Personne ne se donnait alors les moyens de les observer puis de les transcrire. C’est ce que l’on a décidé de faire en étudiant la navigation des internautes puis en la segmentant, et en mettant ses informations à disposition des marques.

Par exemple, si quelqu’un cherche un billet d’avion pour ses vacances ou pour un voyage d’affaire, il est en phase de maturation d’un projet, et notre savoir-faire est de détecter cette intention et la partager avec les marques du secteur du tourisme qui vont pouvoir adresser des messages. Ceux-ci pourront proposer aux internautes ce qu’ils cherchent avec une valeur ajoutée telle qu’une réduction, un bénéfice produit.

On essaie de toujours trouver de la valeur pour tous les intervenants de la chaîne.

Pour l’éditeur de site web, c’est un moyen de monétiser son audience autre que par la publicité en posant un « tag » comme Google Analytics. Mais au lieu d’avoir des statistiques, il aura des euros. L’observation du surf des internautes a une valeur, qui est reversée aux Editeurs.

L’utilisateur de la donnée (c’est-à-dire la marque, l’annonceur) économisera quant-à lui de l’argent car il ciblera mieux, et le bénéfice à l’internaute sera une diminution du nombre de publicités vues.

Les bénéfices vont à l’internaute. S’il cherche une télévision, il a un message publicitaire de ce produit qui s’affiche et il n’a plus qu’à cliquer dessus. Il est moins surexposé aux bannières de publicité. C’est une audience plus captive et qui peut être adressée de manière plus qualitative.

Dans vos prises de parole, vous insistez sur la  confiance. En quoi retisse-t-elle un lien avec les parties prenantes ?

Benoît Oberlé : La notion de confiance est dans nos métiers portée par les fournisseurs, les éditeurs de site web qui posent le tag. Sirdata contrôle les données transmises. Lorsque l’on parle de donnée, le contrôle échappe au fournisseur. Or, il y a des données que l’on peut traiter, d’autres que l’on doit éviter de traiter et d’autres encore qu’il  ne faut surtout pas traiter pour ne pas mettre en péril la vie privée par exemple.

Si on collecte des données d’intention d’achat sur un produit comme une TV, on ne met pas en péril la vie privé, on adresse juste une publicité. Il faut protéger en évitant de collecter les données qui correspondent à un profil utilisateur comme les mineurs, les données ethniques, raciales, politiques… Nous sommes une société avec pignon sur rue et nous respectons cela.

Quel regard portez-vous sur l’audace ?

« On remet tout en jeu pour aller plus loin ! »

Benoît Oberlé : On remet tout en jeu pour aller plus loin!  L’an dernier, nous avons été bénéficiaires et avons réinvesti cette année pour ouvrir  un bureau en Angleterre.  Nous y avons ouvert une filiale le 25 mars. Trois personnes y sont en charge du développement.

Julien Trani : Nous ne nous contentons pas  de ce qui existe. On propose des solutions nouvelles sur les fonctionnalités en se positionnant sur les nouvelles technologies.

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Julien Trani

Rémi Demol : L’audace c’est ne pas rester figé. Connaître les derniers langages, adapter les outils technologiques, se remettre en cause, s’entourer des meilleurs.

« Être justement audacieux, pour arriver à bâtir de manière  plus grande et plus pertinente »

Benoît Oberlé : Une personne audacieuse cherche à s’affranchir des contraintes et des limites. Si elle est trop  audacieuse, elle mettra tout en péril pour cela. Il faut donc être justement audacieux, pour arriver à bâtir de manière plus grande et plus pertinente en décalant les limites. On considère que, chez Sirdata, il n’y a rien d’impossible, c’est juste une question de moyens. Nous nous interrogeons sans cesse : Est-ce pertinent ? Quel est le bénéfice client ? Quels moyens devons-nous mettre en œuvre ? Le client a-t-il la capacité d’absorber cette innovation ?

Quelles sont les personnes qui vous inspirent ?

Benoît Oberlé : Nous côtoyons beaucoup d’entrepreneurs parfois inconnus du grand public qui ont bougés les lignes. Les petits entrepreneurs font un grand investissement de temps et prennent un risque financier. Comme pour les joueurs de foot, il faut bien garder à l’esprit que l’échec a des répercussions lourdes notamment sur la fin de carrière d’un entrepreneur.

« Nous sommes toujours en mouvement. »

De quelle manière, Sirdata a un véritable esprit start-up ?

Julien Trani : Tout est à faire et à créer. Nous vendons des produits qui n’existaient pas il y a six mois. Nous sommes toujours en mouvement. Les équipes ont une forte capacité d’autonomie et d’adaptation.

 « Sans innovation sur le marché, on est mort. »

Quel est votre rapport à l’innovation ?

Benoît Oberlé : Sans innovation sur notre marché, on est mort. Pour que l’outil fonctionne, il faut perpétuellement être meilleur que les autres, l’adapter. Plus de 15% de notre chiffre d’affaire est investi dans la R&D. C’est possible grâce aux incitations fiscales et financières mises en œuvre. Nous avons la certification Jeune Entreprise Innovante délivrée par le Ministère de la Recherche.

A votre avis, quelle est la représentation des datas pour le grand public ? Comment y faire face ?

Benoît Oberlé : Nous proposons des pages pédagogiques pour l’utilisateur final pour le rassurer.  Un monde sans data n’existe pas. Mais  un monde où l’utilisateur peut exercer un contrôle sur la data est possible.

« La plus grande source de datas dans le monde ? La carte de fidélité. »

Julien Trani : Internet est perçu comme intrusif, alors que dans la vie, il y a d’autres intrusions quotidiennes. Certains vendent des données transactionnelles. Dans la vie « Offline », l’intrusion est pourtant plus importante que dans le online mais parfois le consommateur reçoit l’offre quelques temps après chez lui et ne fait pas toujours la relation.

Benoît Oberlé : On a peur de ce qu’on voit. L’individu se sent épié car quant il reçoit une publicité en adéquation avec sa navigation, il fait le lien. Les plus grandes sources de datas dans le monde sont pourtant les cartes de fidélité et de paiement.  C’est une mine d’or pour les renseignements et elles sont de surcroît nominatives. Seulement, les utilisateurs ne le voient pas ou perçoivent un bénéfice plus important que la valeur qu’ils accordent à leurs données.

Qu’est-ce qui importe le plus pour vous dans l’univers de la data ?

Benoît Oberlé : Nos techniciens ont tous des adblockers, mais nos collaborateurs trouvent un bénéfice aux messages adressés et donc ne bloquent pas l’utilisation de la donnée, les publicités ou encore possèdent des cartes bancaires, des cartes de fidélisation. Nous ne cherchons pas à savoir si mon ami Armand cherche à acheter une télévision. Ce qui a de leur valeur dans notre métier; c’est le volume et de raccourcir le chemin de prise de décision. Ce qui intéresse l’avionneur c’est quand 50 000, 100 000 intentionnistes voyages cherchent un billet. La valeur unitaire d’une donnée comportementale est extrêmement faible.

Quels sont les défis qui vous portent ?

Julien Trani : Nous sommes arrivés dans nos locaux à 13 en juillet. On est à présent 22 à Paris et 3 à Londres. Nous avons grandi et souhaitons continuer.

Benoit Oberlé : Nous devons maintenant réussir le lancement en Angleterre, l’Allemagne, l’Italie et d’autres pays.

Une qualité pour vous définir l’un et l’autre ? Un trait d’esprit qui vous semble important ?

Julien Trani et Remi Demol en parlant de Benoît Oberlé : Têtu ! Dans l’opérationnel, cela sauve beaucoup de choses. Benoît va décortiquer les contrats, les négocier et faire en sorte que tout soit structuré.

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Rémi Demol

Benoit Oberlé et Remi Demol en parlant de Julien Trani : Par effet-miroir, Julien est fonceur.

Benoit Oberle et Julien Trani en parlant de Remi Demol : Fiable

« Il y a toujours de bonnes raisons pour ne pas se lancer ! »

Le mot de la fin ?

Julien Trani : Osez ! Il y a toujours de bonnes raisons pour ne pas se lancer ! Il faut avoir une envie et se lancer. N’ayez pas peur des conséquences.

Benoît Oberlé : N’hésitez pas ! Il faut solliciter les entrepreneurs. Nous avons été hébergés, conseillés par des entrepreneurs et nous faisons de même.

Rémi Demol : Respect et Innovation

Propos recueillis par Mathilde Aubinaud

Retrouvez toutes les informations : www.sirdata.com/

Belle-Ile, vue du ciel, le temps d’un week-end

Belle-Ile, vue du ciel, le temps d’un week-end

Le Conseil d’Etat a annulé, le 22 juin, les consignes imposées par la DGAC, Direction générale de l’aviation civile.

Rencontre avec deux des fondateurs de Wingly, plateforme de coavionnage : Bertrand Joab-Cornu  et Emeric de Waziers.

View on the lake

« Voler est l’un des plus vieux rêves de l’humanité ». De Léonard de Vinci à Solar Impulse en passant par Saint-Exupéry, le vol a façonné notre imaginaire collectif comme le rappelle Emeric de Waziers, cofondateur de Wingly.  Surnommée « le BlaBlaCar de l’aviation », la plateforme entend mettre en relation pilotes et passagers.

Retour sur les débuts d’une start-up, cofondée par Bertrand Joab-Cornu, Emeric de Waziers et Lars Klein. Intuitive, la plateforme permet  de penser autrement l’aviation légère. La start-up encadre la pratique du co-avionnage et propose un partage du vol et des frais associés. « Si les pilotes ont toujours partagé les frais, on ouvre maintenant le marché au grand public »  souligne Emeric. Un accélérateur de la démocratisation de l’aviation privée en somme.

Wingly Founders (Lars KLEIN - Bertrand JOAB-CORNU - Emeric DE WAZIERS)
Wingly Founders (Lars KLEIN – Bertrand JOAB-CORNU – Emeric DE WAZIERS)

Réussir avec des idées.

C’est au Master d’entreprenariat de l’X qu’Emeric et Bertrand se rencontrent. Tous deux, ont soif de construire et ne se contentent pas d’être des spectateurs. C’est une passion qu’ils ont en commun. Bertrand a « toujours eu envie de ce monde de l’entreprenariat ». Il ne se voyait pas « faire quelque chose de classique » explique-t-il. Emeric évoque Frédéric Mazella qui a réussi « avec des idées sans grandes ressources. » Oui, assurent-ils tous deux, « on peut changer les habitudes ».

View on the montains (3)

L’audace a toute sa place chez Wingly. « C’est sortir de sa zone de confort » note Bertrand « et des sentiers battus en prenant des chemins différents » ajoute Emeric. Celui-ci se souvient avoir voulu être pilote de chasse dans ses jeunes années. A 15 ans, il commence à passer ses premiers diplômes.

Ils souhaitent que les « passagers enthousiastes » reviennent à ce désir originel en saisissant pleinement le temps du vol et la diversité des paysages. Les paysages que les cofondateurs retiennent ? Ce trait de la côte  pour Emeric. Pour Bertrand, ce sera le vol en montagne.

View on the montains (2)

Alors que l’univers des marques tend à mettre chaque jour davantage le consommateur au centre des stratégies et à donner la part belle à l’expérience, Wingly le fait naturellement.

Des trajets vers Belle-Ile ou l’Ile d’Yeu, ce sont des expériences qui sont proposées en nombre avec les aléas liés aux contraintes comme la météo.   Avec une équipe qui ne cesse de grandir. Le mot-clé ? « partage » souligne Bertrand.

View on the sea (3)

Les cofondateurs, complices, évoquent une éducation au marché  qui est nécessaire.  S’autoriser, le temps d’un week-end, à prendre de la hauteur à la rencontre des Châteaux de la Loire.

L’enjeu, explique Bertrand, c’est de « créer un réflexe : se dire : allons pique-niquer au Touquet ». Créer un nouvel usage. D’ailleurs, l’été est bien arrivé et s’installe. Occasion de voler de ses propres ailes.

Le mot de la fin ?  « Envolez-vous ! »

Mathilde Aubinaud

Retrouvez toutes les informations sur Wingly ICI

Quand les plumes de dirigeants d’entreprise se racontent

Quand les plumes de dirigeants d’entreprise se racontent

Si les plumes sont souvent mis en avant dans le champ du politique, elles jouent un rôle crucial   dans les entreprises. Rencontre avec les plumes en entreprise.

Etre sensible au grain des mots. A leur finesse, leur force et leur élan. Emplis de potentialités, ils sont un levier pour diffuser des idées et transmettre un message. Ils traduisent un émoi, une sensibilité ou une conviction qui portera l’entreprise.  Le défi est d’autant plus élevé lorsqu’il s’agit de mettre en mots des enjeux pour une figure dirigeante d’une entreprise.

Un métier de l’ombre

« Plume ». Un métier à part, peu dévoilé et raconté. Cette profession est comme enveloppée d’un halo de mystère. Si le métier en politique est mis en lumière par les médias,il reste plus méconnu en entreprise.

« Se projeter dans le temps long » Frédéric Vallois

 Aussi, Frédéric Vallois, plume auprès du Directoire de Vivendi depuis 2012 après avoir été conseiller ministériel au porte-parolat du gouvernement auprès de Luc Chatel, François Baroin et Valérie Pécresse, explique « qu’en politique comme en entreprise, le rôle d’une plume est de mettre des mots sur une réforme, un projet, une action pour en expliquer le sens. » Son enjeu est clé : « un outil de communication précieux, l’un des seuls qui permette encore de remettre des événements en perspective et de se projeter dans le temps long » ajoute-t-il.

Frédéric Vallois

La prise de parole publique de ceux qui l’exercent est rare. « Le moment de l’écriture est solitaire » souligne Florence Loncq, chargé de communication éditoriale chez Deloitte France. Les activités d’une plume sont variées du discours à l’interview à la rédaction pour le web.

Florence Loncq

Matthieu Alexandropoulos a été la plume du Président Exécutif d’EADS (aujourd’hui Airbus) entre 2010 et 2012. Il est aujourd’hui  chef de cabinet du nouveau directeur de la stratégie et de l’international d’Airbus. Il apporte son regard à titre personnel :   « La plume d’entreprise joue le rôle d’un conseiller en communication doublé d’un conseiller technique sur certains sujets, en fonction des domaines d’expertise de la plume (finance, stratégie, ressources humaines, etc.) et des attentes du dirigeant. »

Mettre en mots : l’art de la justesse

« Les liens tissés sont faits de respect et d’admiration, mais aussi de distance ». Matthieu Alexandropoulos

Matthieu Alexandropoulos

 

De manière ponctuelle ou régulière, Florence Loncq écrit pour  une trentaine de cadres dirigeants de chez Deloitte. Il s’agit de « trouver la voix de chacun ». Le discours doit incarner celui qui le porte. La plume se doit de connaitre ce qui anime le dirigeant. « Vous écrirez de meilleurs discours si vous appréciez la personne qui les prononce, si vous connaissez ses qualités, ses points faibles, ses attentes, ses marottes… » explique Frédéric Vallois.

Matthieu Alexandropoulos considère lui  que « les liens tissés sont faits de respect et d’admiration, mais aussi de distance. Conserver une certaine distance avec le dirigeant est indispensable pour bien le conseiller. » Une plume d’une entreprise cotée au CAC 40 raconte : «  Il faut sentir si le dirigeant a besoin ou non de proximité. Cette dernière peut être périlleuse, et, pour ma part, je l’évite à chaque fois, car vous pouvez vous retrouver pris dans un jeu trouble de sentiments, et l’éponge des contrariétés d’une personne soumise à de lourdes pressions…donc, en ce qui me concerne, distance ! Mais quelquefois les dirigeants sont demandeurs d’intimité. Il faut savoir la leur donner, sans jouer les courtisans, et en refusant, c’est mon point de vue, le rôle de confesseur. » Florence Loncq a  une attention pour le futur auditoire du discours. «  J’essaie d’adopter le point de vue d’un lecteur ».

Ajuster le discours au moment et aux parties prenantes lorsque le discours sera prononcé. S’adresse-t-on aux actionnaires majoritaires, à la presse, aux journalistes, aux salariés ou encore aux investisseurs ?  Etre attentif à la portée du discours est essentiel comme l’évoque Matthieu Alexandropoulos « Discours chocs « transformationnels » et discours d’influence savamment distillés, les dirigeants doivent savoir manier les deux, utilement conseillés par leurs plumes. »

Le cadre de l’entreprise doit être pris en compte : son imaginaire comme sa culture. Il ajoute : « pour être perçus comme légitimes, les dirigeants doivent ancrer leurs discours dans la réalité de l’entreprise, de la société et développer leur sens de la nuance. » L’agenda est un élément essentiel.  Frédéric Vallois se souvient de son premier discours chez Vivendi : « un discours de vœux prononcé par le Président du Directoire devant les salariés du siège, dans un contexte interne alors marqué par des interrogations  sur l’orientation stratégique du groupe. L’occasion de plonger dans le grand bain, alors que je venais de rejoindre Vivendi ! »

Un art de l’écriture

« La voix s’exprime à travers un ton, un style. Cela peut être de but en blanc ou bien il s’agit d’arrondir les angles d’un discours » explique Florence Loncq.  Une toile de fond qui se rapproche de l’imaginaire de la scène comme le rappelle Frédéric Vallois, « C’est un peu comme au théâtre : la performance de l’acteur et la rencontre qui se crée avec son auditoire sont au moins aussi importantes que le texte lui-même. Cette incarnation passe par la maîtrise de différents éléments : le ton de la voix, l’utilisation des silences, la gestuelle, l’occupation physique de l’espace… C’est une subtile alchimie à trouver. »

Florence Loncq été marquée par « le style incisif » de L’Education sentimentale de Flaubert.  Pour elle, le tour de force s’opère lorsque l’« on a réussi à rendre les choses simples alors qu’elles ne l’étaient pas initialement. »  Diplômée de l’ENS et de l’ESSEC, elle se réjouit de « travailler en entreprise  tout en tissant des liens avec ma passion de l’écriture».  Une écriture qui cisèle et révèle les mots. Frédéric Vallois précise ainsi que « l’écriture est un défi chaque fois renouvelé. Cet exercice demande à la fois beaucoup de créativité et de rigueur. »

Le choix des mots est crucial. Un travail de définition est nécessaire. Il ne faut pas « diluer le discours » conseille Florence Loncq, en évitant de parler pour ne rien dire. Demeurons dans l’héritage de Nicolas Boileau.  L’enjeu est d’autant plus important lorsque le discours est écrit dans une autre langue. Frédéric Vallois se souvient de son premier discours écrit en anglais. « Un souvenir marquant. Il est déjà difficile d’écrire en français, imaginez dans une autre langue… Tout est différent : la structure du discours, la construction et le rythme des phrases, les codes et les références culturelles. Heureusement, mon Dircom’,lui-même anglais, est là pour me relire ! »

De l’importance de se renouveler

De l’automobile à la santé en passant par les fintechs, les univers de compétence sont légion pour Florence Loncq. Il s’agit de « trouver des angles différents. » . En effet, « chaque discours est différent du précédent et nécessite une approche spécifique » souligne Frédéric Vallois qui explique sa démarche : « la première question que je me pose quand j’écris est la suivante : en quoi que ce discours est-il propre à mon entreprise et à mon dirigeant ? Ce qui va le différencier des autres, c’est sa singularité et son authenticité. »

 Face aux débats qui pointent la fin de l’écrit, les réactions sont nombreuses. Aussi, la plume qui a tenu à rester anonyme  rappelle qu’ « on a cru pour un temps que les écrans, que les nouveaux médias, allaient se substituer à l’écrit, mais c’est totalement faux ! L’écriture et la lecture n’ont jamais été aussi présentes qu’aujourd’hui, et s’y mêlent d’anciens et de nouveaux principes. L’époque exige certes quelque chose de moins formel qu’avant, la tendance est à la simplicité et à la décontraction dans la prise de parole. »  Florence Loncq rapproche l’écrit d’un autre univers artistique : « C’est un peu comme un travail de sculpteur ». Donner souffle et forme aux prochains discours.

Mathilde Aubinaud