Un mois, un portrait: Thomas, dans l’ombre du balcon

8f7881a7dbA seulement 23 ans, Thomas Ngo-Hong est déjà considéré comme l’un des critiques les plus assidus et les plus respectés de l’univers théâtral.

« Ce champs des possibles »: avec enthousiasme, Thomas vous mène dans l’univers sinueux du théâtre. Loin des idées toutes faites, le voilà à présenter des analyses fines et méticuleuses sur les représentations au théâtre.
Bienvenue dans l’univers majestueux de Thomas Ngo-Hong : le théâtre ! Il nous mène au fil des mots dans ses critiques par l’intermédiaire de son site « Hier au théâtre », au titre judicieusement choisi. Sans concession, il brosse des critiques. « Hier au théâtre » est une merveille pour tout amateur du théâtre.
Elogieux, parfois sévère et cynique, le voilà exigeant avec un art qu’il aime tant.  Syncrétique, il aime des univers variés. Gourmand, il se plait à gouter de nouvelles créations culinaires. Cet adepte de Bret Easton Ellis est incollable sur les séries !

« Keep laughing » with Jeremy Charbonnel… à Avignon

« Keep laughing » with Jeremy Charbonnel… à Avignon

Du 6 au 30 juillet, Jérémy Charbonnel joue au Théâtre du Capitole dans le cadre du Festival d’ Avignon.

L’humoriste présente son one man show. Itinéraire d’un homme qui saisit l’instant.

Le rendez-vous est fixé à l’Omnibus, place Pigalle tout près du théâtre le Bout, où il joue. Souriant, un mot gentil, il connait bien l’endroit et l’équipe. Poli, détendu et bavard, Jérémy Charbonnel manie habilement l’art de la conversation.

Je ne me voyais pas travailler derrière un bureau
« Des parodies de JT, comme Les Nuls l’édition, pendant les repas de famille ». Une enfance heureuse et remplie de traits d’humour. Né à Villeurbanne le 6 février 1987, Jérémy Charbonnel grandit dans les Monts d’Or, dans l’ouest lyonnais, entouré de ses parents et épaulé par ses grands frères. Fort d’un an de BTS et de deux ans en école de commerce, il aurait pu continuer un parcours tranquille. Mais non ce ne sera pas sa voie. Il préfère la scène aux places de marché, donner aux gens un grand bol d’air, une dose de bonne humeur plutôt qu’un contrat. Bref le monde du spectacle sera sa voie.

Les débuts dans la capitale de l’humour
Arrivé dans la capitale de l’humour, la ville tremplin emplie de café-théâtre et de salles de spectacles : « C’est là que ça se passe » note-t-il. L’humoriste poursuit « Paris a une richesse culturelle incroyable » Il se forme durant un an au Studio Pygmalion, puis au Laboratoire de l’acteur. Et là, il sait : Jérémy entend « transmettre des émotions ». L’humour et la scène viennent compléter sa formation. Ses humoristes de références ? Il cite Gaspard Proust et « son écriture incroyable, avec une vision cynique mais tellement réaliste de notre société »

L’Obstination
« … keep dreaming » serait son maitre mot. Un mot tel un slogan scandé avec son meilleur ami. Il s’agit là « de vivre de sa passion, d’aller au bout de ses rêves. »
Tout en restant simple, il s’interroge sur le monde, l’actualité, les médias.
Il se demande si une carrière se construit. Pour lui la réponse est « oui », il y va, pas à pas, au feeling, « une carrière ça se construit sur plusieurs décennies »
Curieux, il s’intéresse à des domaines variés. Jérémy cite un de ses ouvrages clés : L’Art du bonheur, du Dalaï Lama et Howard Cutler. S’il apprécie l’instant présent sans penser au lendemain ou à la veille, il est très énergique. Jérémy Charbonnel retrouve cet entrain à New York. « C’est toute l’énergie de Paris mais en positif. Une ville monde où on s’investit à fond ». La dimension grandiose de la ville où « on se sent chez soi très vite ».

L’humour ? Du boulot !!
L’improvisation, c’est « garder son âme d’enfant, lorsque l’on a pas conscience de ce que l’on fait. » Il fonce !! Il fait partie d’une troupe d’improvisation «Les Colocataires» à La Comédie Contrescarpe, qui joue du mercredi au samedi à 21h30.
Mais l’humour exige au préalable beaucoup de travail. Car les « vannes ne doivent pas être interchangeables, il faut trouver sa singularité » Il apprécie l’adrénaline du spectacle « c’est cash ». Jérémy Charbonnel se dit « heureux d’avoir entendu des rires, d’avoir ressenti le bonheur du public. »
Dans son one man show intitulé « l’Homme idéal ou juste un gros connard ? » Il met en scène sa bonne éducation. Oui, il est issu d’une bonne famille, et il n’a « pas honte de l’assumer » bien au contraire. Il assume. Et on se régale !!

Un artiste multiforme
Il a participé au documentaire historique « Les Combattants de l’ombre » diffusé sur Arte. Il se rappelle avec émotion de « ce très beau projet », un 6×52 minutes sur les juifs résistants pendant la guerre de 39-45.
Dans un autre registre, il interprète le secrétaire particulier de Claude François pour le film Cloclo. Ce tournage ne l’a pas laissé indifférent, il s’interroge sur la complexité du personnage : Claude François : « Pourquoi voulait-il à ce point-là être le meilleur ? On voit bien dans le film que son éducation et ce qu’il a vécu enfant vont le conduire à vouloir être le numéro 1 » Ce sont de très bons souvenirs pour lui.

Alors un jour, son nom sera inscrit en lettres de feu au-dessus de l’Olympia … et il est très bien parti pour réaliser son rêve !!!

Collaboration avec Michel Aumont; duel entre art et politique

Collaboration, pièce jouée actuellement au Théâtre de la Madeleine, est une réflexion intelligente sur le traditionnel duel entre l’art et la politique. Analyse.

Collaboration… Un nom très ambigu qui évoque d’abord dans notre imaginaire une période sombre de l’Histoire. Celle de la Seconde Guerre mondiale.

La pièce de Ronald Harwood, montée au Théâtre de la Madeleine depuis le 25/01, a évidemment une portée historique indéniable, qui sert de fil rouge à l’intrigue. Cependant, le titre de la pièce fait plutôt référence au départ à l’entente qui va unir deux grandes figures intellectuelles du XX ème siècle que sont le célèbre compositeur allemand Richard Strauss et le génial écrivain autrichien et juif Stefan Zweig (et pas Sweig !). Strauss décide d’engager Zweig pour qu’il lui écrive un livret d’opéra-bouffe inspiré de Ben Jonson, dramaturge contemporain de Shakespeare (et dont la plus célèbre pièce Volpone a été jouée à la Madeleine cette année et a remporté un grand succès). La complicité des deux hommes est perceptible jusqu’à ce que l’avènement du Fuhrer en 1933 change la donne…

La réussite de cette pièce repose principalement sur l’alchimie entre les deux acteurs principaux : Didier Sandre et Michel Aumont campent avec délicatesse et intensité les deux grands artistes. Aumont joue avec conviction et fougue un Strauss arrogant et sûr de lui et de ses droits alors que Sandre incarne Zweig de manière plus écorchée, émouvante et touchante. La sympathie du public va irrésistiblement vers Sandre car celui-ci joue de manière plus subtile et nuancée que son acolyte. Christiane Cohendy joue Pauline, la femme de Strauss : elle apporte un contrepoint comique (du moins au début) bienvenu. Sa ténacité et son courage face à la montée du nazisme sont retranscris de manière pugnace.

L’Histoire, on l’a dit, joue un rôle essentiel dans l’économie de la pièce. On passe progressivement de l’insouciance à la prise de conscience du drame qui est en train de se jouer. Deux conceptions s’opposent : Strauss affirme que l’art est au-dessus de n’importe quel régime politique alors que Zweig lui, est terrorisé par la montée du nazisme et ne se sent plus le courage de continuer à pouvoir exercer son art. La présence de l’officier nazi crée une atmosphère étouffante et tendue. Les différentes saynètes retranscrivent des moments clés liés à l’importance du nazisme de plus en plus grande : le suicide de Zweig à Pétropolis en 1942 ou bien le procès de dénazification en 1948 où Strauss apparait affaibli et malade sont poignants.

La mise en scène est sobre et élégante. Les intermèdes musicaux entre les scènes permettent de faire une transition cohérente. Le rideau noir cristallise les thèmes de la pièce qui sont le rapport à l’esthétique et la symbolique du deuil.

En somme, allez-voir Collaboration pour vous replonger dans cette période trouble de l’Histoire à travers l’amitié contrariée de deux grands hommes.

Thomas Ngo Hong