Yann Bonnet, Secrétaire général du CNNum, « le numérique est un pari sur l’avenir »

Yann Bonnet, Secrétaire général du CNNum, « le numérique est un pari sur l’avenir »

Parce qu’il est pleinement acteur de la société numérique qui se dessine, parce qu’il s’engage sur les sujets de la transformation numérique, parce qu’il entend peser dans le débat public, le Conseil national du numérique est une figure audacieuse.

Yann Bonnet est le secrétaire générale du CNNum depuis 2015. Il a été en charge du pilotage de la concertation nationale sur le numérique lancée par le Premier ministre en octobre 2014. Rencontre pour La Saga des Audacieux.

pour La Saga des Audacieux:

La Saga des Audacieux: Quelle place occupe, selon vous, l’audace dans l’univers du numérique ?

Au Conseil national du numérique, les membres tentent au quotidien de faire preuve d’audace.

Yann Bonnet : L’audace est à l’origine de bien des inventions et innovations dans les champs technologiques. Le numérique est avant tout immense pari sur l’avenir.

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Yann Bonnet, Secrétaire général du CNNum

Mais l’audace est aussi présente chez celles et ceux qui ont oeuvré aux transformations sociales induites par ces technologies : je pense notamment à Alexandra Elbakyan qui lutte pour l’accès libre aux connaissances et aux articles de recherche avec sa plateforme Sci-Hub ou encore à Edward Snowden, qui oeuvre pour la prise de conscience sur les enjeux relatifs à la surveillance.

Au Conseil national du numérique, les membres tentent au quotidien de faire preuve d’audace. C’est le coeur de leur mission de Conseil au Gouvernement : penser la transformation numérique de notre société et de notre économie, anticiper et faire des propositions nouvelles.

Ils ont ainsi défendu voire dégagé des principes qui irriguent actuellement la pensée numérique en France et au-delà : loyauté des plateformes, gouvernance des choix technologiques, biens communs, ouverture des données publiques …

Vous êtes Secrétaire Générale du Conseil National du Numérique. Quel est votre vision du leadership ?

Ma vision du leadership est semblable aux valeurs du numérique et particulièrement à deux valeurs qui me tiennent à cœur : l’ouverture et la collaboration.

Ouvert pour ne jamais se reposer sur ses acquis et rester à l’écoute des autres, dans un monde en perpétuelle transformation.

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Rencontre avec le Secrétaire d’Etat chargé du numérique lors de la plénière de juin

Collaboratif parce que c’est au cœur de ce que le numérique permet : aplatir les relations, penser à plusieurs, faire émerger les meilleurs idées dans un groupe et bénéficier de l’expression de la diversité de chacun….

Comment définiriez-vous le rôle du CNNum auprès des citoyens ? A-t-il évolué ?

Le Conseil a un rôle de vigie et d’éclaireur des enjeux numériques. Il a ainsi largement contribué à alerter l’opinion publique et le Gouvernement sur le fichier des Titres Électroniques Sécurisés, ce fameux fichier qui contient les données sensibles de la quasi-totalité de la population française.

Le Conseil veut continuer sur cette lancée et se positionner au plus proche des citoyens en s’efforçant de remplir un rôle de vulgarisation des enjeux numériques. Enfin et surtout, il souhaite également renforcer son rôle d’interface avec la société civile : dans son manifeste, il a ainsi proposé d’organiser des rencontres régulières avec la société civile et les mondes politiques et économiques et de permettre des saisines citoyennes.

Ces évolutions sont d’ailleurs dans la lignée des consultations en ligne organisées par le Conseil.

Quelles stratégies numériques vous inspirent ? Pourquoi ?

Les stratégies numériques inclusives et démocratiques : à cet égard les concertations en ligne – même si elles présentent encore des écueils tels que la représentativité et la diversité des points de vue – permettent de co-construire de façon bottom up nos politiques publiques et ainsi d’être au plus proche des attentes des citoyens.

C’est la raison pour laquelle je suis fier des larges consultations que nous avons menées par le passé. Je pense à  la “plateforme contribuez !” que nous avons mis en place pour la concertation “Ambition numérique” qui a préfiguré la loi pour une République numérique ou encore à la plateforme de débat sur le fichier TES. D’autres suivront …

Le numérique est-il un levier pour renforcer le lien social ?

Bien sûr, depuis le rapport « Citoyens d’une société numérique – Accès, Littératie, Médiations, Pouvoir d’agir : pour une nouvelle politique d’inclusion », le Conseil soutient qu’il est possible de s’appuyer sur le numérique pour renforcer le « pouvoir d’agir » de tous les citoyens. Le constat de ce rapport a participé à la prise de conscience des enjeux de l’inclusion numérique au-delà de la thématique de l’accessibilité. Il y a des vrais risques de décrochage, qui peuvent renforcer mais parfois aussi dépasser les fractures existantes.

Mais il n’y a pas de déterminisme : nous pouvons et nous devons proposer d’autres modèles politiques publiques pour le numérique…

Plus récemment, le CNNum a publié un avis présentant sa vision de la confiance dans une démocratie numérique. Il y explique que si la confiance dans la vie publique repose sur une moralisation des attitudes individuelles, elle se fonde aussi sur notre capacité collective à mieux impliquer les citoyen-ne-s dans l’action publique. Le numérique peut et doit aider à atteindre cet objectif.

Comment le CNNum tente-t-il de rendre le numérique plus inclusif ?

Depuis bientôt 4 ans, le Conseil estime que la médiation représente, avec la formation tout au long de la vie, l’infrastructure humaine essentielle d’une société numérique. Nous pensons par exemple qu’il faut absolument valoriser et structurer les métiers de la médiation numérique ou encore développer la médiation numérique dans les services publics locaux.

Mounir Mahjoubi a été nommé Secrétaire d’Etat au numérique. Quelle politique numérique va-t-il mettre en place ?

Mounir Mahjoubi a annoncé ses chantiers prioritaires sur lesquels il avait déjà beaucoup travaillé en tant que Président du Conseil national du numérique : la transformation numérique des PME, l’inclusion numérique et la transformation de l’État.

Comment la France peut-elle construire une stratégie numérique ?

Tous les pouvoirs publics devraient être inclus dans une réflexion pour mener une stratégie numérique nationale cohérente autour des grands enjeux de notre société.

Le numérique est transversal. Dans le rapportAmbition numérique, nous avons ainsi tenté de le traiter sous toutes ses dimensions pour définir une vision globale et ensuite la décliner de manière cohérente.

Cela implique un changement de posture : tous les pouvoirs publics devraient être inclus dans une réflexion pour mener une stratégie numérique nationale cohérente autour des grands enjeux de notre société parmi lesquels entre autres la gouvernance des choix technologiques de l’État, l’État-Plateforme, les données éducatives …. Mais il faut avant tout construire une stratégie numérique européenne.

En quoi le numérique est un levier de pouvoir et de souveraineté ?

D’abord, levier de pouvoir : il y a un véritable projet politique à défendre pour le numérique, notamment dans un contexte actuel où il peut être le vecteur d’une centralisation accrue des pouvoirs dans notre société (surveillance, reverticalisation du web avec la domination des grandes plateformes…).

Nous défendons un numérique à même de permettre la transformation sociale en donnant du pouvoir d’agir par le développement individuel. C’est un numérique dans lequel l’individu doit pouvoir décider de la communication et de l’utilisation de ses données personnelles.

Ensuite, levier de souveraineté parce que le numérique est sans conteste un enjeu stratégique essentiel pour les États. Dès les années 70, les États-Unis ont effectué des choix de politiques publiques clairs en faveur du numérique. Cela a favorisé l’afflux de capital des États-Unis pour les entreprises innovantes. Aujourd’hui, les entreprises américaines (les fameuses “GAFAM”) sont les leaders de l’économie numérique.

Une stratégie numérique européenne ambitieuse est possible.

L’Europe de son côté n’est jamais parvenue à avoir une stratégie cohérente pour le numérique alors que de l’autre côté il y a des pays plus fermés comme la Chine qui ont réussi à développer des écosystèmes numérique locaux. Une stratégie numérique européenne ambitieuse est possible. Pour cela, il faut proposer notre propre modèle, en cohérence avec nos valeurs, nos règles…

Quels sont vos prochains défis ?
Deux défis nous attendent. D’une part, renforcer notre rôle au niveau européen car c’est le cadre le plus adéquat pour les sujets numériques et d’autre part, approfondir les sujets au cœur de nos réflexions dans un premier temps autour de trois grands sujets : la loyauté des plateformes, l’intelligence artificielle et la convergence des transitions écologique et numérique.

propos recueillis par Mathilde Aubinaud

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Emmanuel Durand ou l’audace de se réinventer

Emmanuel Durand ou l’audace de se réinventer

Les bouleversements liés au numérique sont légion ; des évolutions d’usage sont à  repenser avec toujours cette volonté d’intégrer les consommateurs. Emmanuel Durand, Senior Vice-Président Marketing, Data et Innovation de Warner Bros France & Benelux, a publié La Menace fantôme. Rencontre.  

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 » A 18 ans architecte était le métier dont je rêvais. C’est celui qui rêve la ville et la vie en  l’implémentant correctement. » Sensible au geste créatif et au jaillissement artistique, Emmanuel Durand évoluera dans l’univers de la musique au cinéma avec cette approche inspirante. Il est aujourd’hui Senior Vice-Président de Warner Bros en France et au Benelux, en charge du marketing, de la data et de l’innovation.

S’autoriser à vivre pleinement sa vie

« Certaines personnes naissent avec le sens d’un destin à accomplir. Le reste d’entre nous est le jouet des événements. » Alors il se raconte lorsque la mise en danger s’impose à lui.  Il a une prise de conscience lors d’un licenciement. Il est alors directeur marketing. Après quelques mois de chômage, il s’en sort par le haut. Il rejoint L’Oréal pour diriger leur filiale en Suisse, puis ce sera la Warner Bros en France et au Benelux. Pendant sa recherche de poste, il réalise la nécessité de s’autoriser à vivre pleinement sa vie.

La quête du sens

 « Il n’y a rien de pire que la gestion. Si on mise petit on gagne petit. Réussir à se lancer est très libérateur. » Pour lui, la valeur d’un individu n’est pas la somme des succès et des échecs. « Se libérer du besoin de plaire permet de trouver sa vraie identité ». Il loue les artistes, « des héros », qui vivent  avec une mise en danger permanente et cette quête de sens. Pour lui, les entrepreneurs sont très inspirants sur la capacité à se réinventer.

Ne pas avoir peur. Car « le fantôme de la menace est plus grand que la menace elle-même ». La capacité d’innovation est essentielle. « Embrasser le changement plutôt que le nier ». Avec enthousiasme, il évoque les opportunités qui se présentent dans l’Entertainment.

Si jusqu’alors, avec la chronologie médias, la récence était la valeur ultime, les normes se déplacent à l’heure de l’ « hyperchoix ». Le critère est dorénavant la pertinence en proposant un « catalogue à la fois large et pointu ». Emmanuel Durand explique : « c’est une intrusion de nature disruptive qui change la valeur en place ». Dans son essai, La Menace Fantôme, il interroge la révolution numérique à travers le prisme de la culture et le rapport au progrès. Il revient à plusieurs reprises sur le rôle des industries culturelles pour réaffirmer le lien social à travers des initiatives singulières et un déplacement des idées diffusées ainsi que des acteurs en présence.

 

Une prise de pouvoir par le peuple

Une prise de pouvoir par le peuple est au fondement de la révolution numérique. Se dire : qu’est-ce qui a de la valeur pour moi ? L’importance du feed-back donné par la data, l’effet réseau avec un public gagné par la conversation.

Son regard sur l’audace ? «  Elle fait taire l’autocensure qui nous interdit de faire des choses. »

« Trop souvent ce que j’ai perçu comme des montagnes ce sont avérées être des collines. Le chemin s’avère plus doux que ce que l’on imagine ». Emmanuel Durand fort de sa mise en perspective et de sa sensibilité, est décidément l’architecte d’une vie et d’une vision tournée vers l’humain et vers demain.

Mathilde Aubinaud

Emmanuel Durand, La menace fantôme, Presses de Sciences-Po

Le Meilleur Dev de France fête le numérique

Le Meilleur Dev de France fête le numérique

Le plus grand événement tech de France; le Concours du Meilleur Développeur, entre sur scène le 14 mars au Théâtre de Paris. Hackaton, conférence et demozone au programme avec des grands noms de l’écosystème du numérique. 

Interview de Stéphane Boukris, co-fondateur d’Ametix, l’organisateur du Concours: 
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« Révéler les meilleurs développeurs de notre pays. »

 
Mathilde Aubinaud: Comment est née l’idée du concours du Meilleur Développeur de France? 
 

Stéphane Boukris: Ametix, notre groupe, est un véritable dénicheur de talents du numérique. Ainsi, quoi de plus naturel que d’organiser une compétition pour révéler les meilleurs développeurs de notre pays. Nous avons pu depuis la première édition il y a 4 ans compter sur le soutien de partenaires solides comme l’éditeur Salesforce.

-Pouvez-vous nous parler du plus grand événement Hi Tech de France? 

Le Meilleur Développeur de France ou MDF comme il a été renommé par la communauté Tech, est en effet le plus grand événement de ce type en France avec près de 7000 visiteurs dont 2000 développeurs. C’est aussi l’événement le moins clivant puisque l’entrée visiteur est gratuite, alors qu’il faut compter généralement 300-700€ pour accéder à ce type de manifestation en général.

-En quoi ce concours qui rassemble start-uppers, développeurs, étudiants et dirigeants du numérique, est-il audacieux? 

Le MDF est un pari risqué car c’est non seulement le plus grand concours de code physique de France, mais également un salon très important et une vingtaine de conférences qui s’enchainent avec des speakers prestigieux (Jacques Attali, Alain, Minc, Henri Seydoux …). Il y a énormément de paramètres à gérer de notre côté pour que cette grande fête du numérique soit un succès.

-Cette année le parrain est Jean-Baptiste Descroix-Vernier, figure-clé de entrepreneuriat. De quelle manière symbolise-t-il l’événement? 

Jean-Baptiste Descroix-Vernier est un des pères de l’Internet Français. A son image, il est audacieux, atypique, il casse les codes (sans jeu de mots) et redistribue la valeur créée aux générations suivantes. C’est un geek dont la rigueur intellectuelle dépasse l’entendement.

-En quoi va consister le hackaton pour cette nouvelle édition? 

La partie concours de code, ou hackathon est une série d’épreuves dans 7 langages différents (C, C++, C#, PHP, Java, Ruby et Python). Le meilleur repartira comme chaque année avec 10 000€ en poche et le titre.

-Quelles visions du numérique avez-vous? 

Notre vision est très simple. Nous sommes en 1492, l’Amérique vient d’être découverte, et cette Terra Incognita regorge de promesses et de richesses pour tous les audacieux qui souhaitent tenter l’aventure. C’est aussi un formidable moyen d’améliorer notre qualité de vie et de prolonger celle ci.

« Les objets connectés, utilisés intelligemment, vont permettre de changer la vie de plus grand nombre »

-Quelles sont les tendances qui émergent pour vous? 

Au Meilleur Dev de France, vous verrez de nombreuses start-ups autour des objets connectés. Je suis de ceux qui croient que ces objets, utilisés intelligemment, vont permettre de changer la vie de plus grand nombre.

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-Quelle est la dernière innovation qui vous a marquée? 

La start-up Short Edition, qui sera au MDF, arrive à prédire le succès d’un article de presse ou d’une nouvelle en fonction d’une base de données de plusieurs centaines de milliers d’articles déjà traités. J’espère que celui-ci obtiendra un bon rating auprès de leur algorithme 🙂

-Que peut-on vous souhaiter? 

Que la liste d’attente ne soit pas trop importante pour l’événement, et que tout le monde puisse vivre une expérience inédite et incroyable aux côtés de ceux qui font le digital en France, le 14 mars prochain dès 17h au Théâtre de Paris et chez Criteo.

Propos recueillis par Mathilde Aubinaud

Retrouvez les informations ICI

Le digital est notre chance pour la démocratie

Le digital est notre chance pour  la démocratie

 Photo Assises

A l’occasion des 1eres assises parlementaires de la démocratie digitale, initiées par le Député Frédéric Lefebvre, qui auront lieu le 5 novembre, retour sur l’enjeu que représente le  digital. Il s’appréhende comme un  tremplin de la démocratisation et de la mobilisation de l’ensemble des acteurs pour participer au processus de décision.

Trop longtemps, les citoyens n’ont eu d’autre choix que de fermer les yeux face à l’entre-soi des politiques.

Trop longtemps, les comportements, égotistes et enclavés dans une logique de parti, ont été légion.

Trop longtemps, l’espace public s’est assimilé à une arène où les bons mots et l’agenda médiatique priment avant l’intérêt général.

Trop longtemps, les citoyens ont été refoulés et dépossédés de l’espace public.

 Les citoyens, parce que délaissés du débat politique, se sont laissés enfermer dans un processus de dépolitisation. Ils se retrouvent à endosser le rôle de spectateur. Une passivité qui se transforme en norme. Pendant ce temps, leurs représentants se plaisent et se confortent dans une posture et un jeu de mise en scène loin de porter la parole de leurs administrés.

Assez de ces postures. Que de lassitude face à ces faux-semblants, à ce vide sidéral. Retissons les liens entre les citoyens et la sphère politique.

Le digital est notre chance. Pour la démocratie. Pour les citoyens.

 C’est un élan formidable, que de s’appuyer sur ses potentialités, pour redonner vie au débat politique. Celui-ci s’inscrit dans des espaces multiples où la parole, de la société civile, est prégnante. Les citoyens, en maitrisant les outils conférés par Internet, vont pouvoir être pleinement entendus. Des débats d’idées émergeront au service de la France.

Citoyens, emparez-vous du digital ! La décision se doit d’être établie avec vous. Les idées, les initiatives sont liées à votre expérience de vie et de terrain. Votre regard, votre perspective seront autant d’atouts pour les élus.

Grâce au digital, un nouvel espace public est possible. En vous impliquant, vous reviendrez au sens originel de la démocratie. Vous impliquez, c’est instaurer une agora des plus prometteuses.

Mathilde Aubinaud

Pour assister au Premières Assises Parlementaires de la démocratie digitale organisées par Frédéric Lefebvre, Député des Français d’Amérique du Nord et Président du think tank Nouveaux Horizons, le jeudi 5 novembre, inscrivez-vous ici :

http://www.eventbrite.fr/e/billets-1eres-assises-parlementaires-de-la-democratie-digitale-18935271908

Gilles Babinet « Le génie s’exprime à la vingtaine ! »

Gilles Babinet « Le génie s’exprime à la vingtaine ! »

Digital Champion, Gilles Babinet est cofondateur de Captain Dash et d’Ekeya. Il a été le premier Président du Conseil national du numérique. Lucide, il porte son regard sur le digital et la société.

« Le Sahara a été une respiration, un recul sur moi-même. » Entre 20 et 24 ans, Gilles Babinet voyage et saisit l’infini du monde.  Des silences, des découvertes façonnantes.  Il passe son baccalauréat à 20 ans en candidat libre. Deux ans plus tard, il crée sa première entreprise. Le bâtiment, le design industriel, la téléphonie… autant de secteurs vers lesquels l’entrepreneur se tourne. Il aspire pleinement à la liberté. « Je ne supporte pas qu’on me commande, je déteste qu’on me donne des ordres ».

« Le numérique soulève des questions essentielles pour l’humanité »

Curieux, il appréhende le numérique comme « une rupture dans la façon dont fonctionnent les interactions ». Son rôle dans la société apparait comme un bienfait. Le numérique soulève nombre de «  questions essentielles pour l’humanité ». Si l’objectif du petit écran est présenté initialement pour éduquer les masses, la télévision se révèle être  « la faiblesse des humanités qui refuse de donner le meilleur d’elle-même ».

« BlaBlaCar, c’est incroyable! »

A l’ère du digital, le choc est multiple dans nombre de secteurs, du retail à  la distribution, disruptés par les Booking, AirBnb.. Si l’on devait refaire le monde aujourd’hui ? « Plein de choses n’auraient pas existé. Il n’y aurait sans doute pas d’hôtels, pas de voies de chemins de fer. Ce n’est même pas sûr qu’il y ait des autoroutes. On aurait une situation d’infrastructures qui seraient beaucoup plus rationnelles ». Pour lui, « on  aura bientôt  des voitures autonomes ». Il se réjouit de la levée de fonds de  BlaBlaCar : 200 millions de dollars. « Une bonne Nouvelle pour la France. C’est incroyable!». Un signal positif pour cette plateforme leader basée en France.

« Ceux qui nous gouvernent ont été formés pour le XXème siècle »

Il déplore toutefois l’attitude des instances gouvernementales qui se contentent trop souvent de suivre. « Il y a trois temps ; elles commencent par nier, puis elles s’opposent et enfin elles récupèrent ». A l’image du crowdfunding, un temps long. « Cela fait 5 ans qu’on en parle et il faudra encore 5 années pour avoir une régulation réellement pertinente. » Il regrette que les Etats agissent toujours « trop lentement ». « Ceux qui nous gouvernent ont été formés pour et par  le XXeme siècle et n’ont pas été formés pour le XXI eme siècle » souligne-t-il.

« J’en ai assez de parler gentiment quand je vois ce pays en train de sombrer. »

Il loue les start-up de la jeune génération qui est bien différente de ses ainées. Il souligne « le problème générationnel avéré. La génération d’au-dessus a tout raflé ».  Il se refuse aux postures. « J’en ai assez de parler gentiment quand je vois ce pays entrain de sombrer et je me dis qu’il doit y avoir un choc intellectuel. Sur de nombreux plan, nous sommes un pays détestable, avec les indicateurs mal orientés. Il n’y a personne pour le dire. Tout le monde s’y fait ». Un refus d’une quelconque forme de résignation. « J’admire ceux qui ne se laissent pas faire ». Il cite l’inspecteur des finances, Nicolas Colin qui est le fondateur de TheFamily.

 Alors, les jeunes générations n’ont rien à perdre. Se joue une véritable « révolution anthropologique.  J’aimerai bien que ce soit une révolution des consciences ». Favorable à La  French Tech, c’est d’ailleurs une initiative qu’il a appelée de ses vœux.

« Refonder le paradigme de la pensée politique »

Le digital champion entonne, avec conviction, une hymne à la jeunesse. Il évoque des figures majeures, de grands inventeurs. Newton, Darwin ou encore Einstein et leurs découvertes entre l’âge de 20 et 30 ans. «  Le génie s’exprime à ce moment-là ». Il prône les valeurs de la modernité. « Il faut une radicalité dans le propos sinon on ne se fait pas comprendre. Il faut refonder le paradigme de la pensée politique ».

Le mot de la fin ? « La France est une pièce qui roule. Elle va tomber d’un côté ou de l’autre. »

Mathilde Aubinaud