Laurent Vimont, Président de CENTURY 21, « Le vrai leader est celui qui grandit en faisant grandir les autres »

Laurent Vimont, Président de CENTURY 21: « Le vrai leader est celui qui grandit en faisant grandir les autres »

 Rencontre pour La Saga des Audacieux, avec Laurent Vimont, Président de CENTURY 21

Pour répondre toujours au mieux aux attentes des consommateurs, nous n’hésitons pas, régulièrement, à rompre les codes et bousculer les convenances.

Mathilde Aubinaud : Pourriez-vous nous parler de CENTURY 21?

Laurent Vimont : CENTURY 21 a été créé en 1972 par deux agents immobiliers californiens qui souhaitaient donner une nouvelle dimension aux services apportés par les agences et se projetaient déjà dans le « 21e siècle ». En 1987, la marque s’est implantée en France, proposant des services qui sont devenus depuis des standards dans l’immobilier (mandat confiance, garantie d’actions…) et dont certains ont même été intégrés dans la législation. Aujourd’hui, le réseau regroupe 850 agences dans l’Hexagone et 5500 collaborateurs. Pour répondre toujours au mieux aux attentes des consommateurs, nous n’hésitons pas, régulièrement, à rompre les codes et bousculer les convenances.

« Ne pas hésiter à sortir de notre zone de confort et à prendre une nouvelle direction »

Comment, à travers votre entreprise, appréhendez-vous l’audace ?

Depuis 29 ans, le réseau ne s’est jamais contenté de faire et refaire ce qu’il faisait bien. C’est inscrit dans nos gênes : nous recherchons en permanence à progresser, innover, faire mieux. Pour prendre un exemple concret, l’audace nous a poussé il y a 5 ans, alors que tout allait bien en termes d’activité, à nous poser des questions sur notre avenir et à remettre à plat l’intégralité de notre système pour anticiper les nouvelles attentes des consommateurs. L’audace consiste pour nous à ne pas hésiter à sortir de notre zone de confort et à prendre une nouvelle direction, alors que rien ne nous l’impose, en pariant qu’à terme cela sera mieux pour nos clients et pour nous.

Quels sont les points saillants de votre parcours qui vous ont permis de vous façonner ?

Je suis un autodidacte, cela a eu un avantage je pense : celui de développer une sorte d’instinct pour « sentir » les hommes mais aussi, parmi les courants d’idées qui passent et dont je m’imprègne, percevoir les tendances qui pourront fonctionner demain.

J’ai eu la chance aussi, alors que le système scolaire ne me convenait pas, d’intégrer l’armée et de reprendre confiance en moi. Le service militaire m’a permis de prendre conscience de certaines de mes qualités et de comprendre, par exemple, que j’étais apte au commandement et que les diplômes ne font pas les managers.

De belles rencontres ont suivi : celle de Michel Trolle, le fondateur de CENTURY 21 en France, que je n’ai pas hésité à rejoindre aux prémices du projet alors même qu’à l’époque, en tant que conseiller immobilier, je fonctionnais plutôt bien. J’ai eu la chance aussi de croiser la route d’Hervé Blery, past président du réseau, qui m’honore depuis de sa fidèle amitié, de ses conseils et de sa bienveillance, d’Anne Lalou, à l’époque directrice générale déléguée du Pôle distribution de Nexity, aujourd’hui directrice de la Web School Factory et d’Alain Dinin, président de Nexity, le groupe actionnaire de Century 21 France. Toutes ces personnes m’ont inspiré, challengé et je me fais un point d’honneur à les honorer de leur confiance.

Vous avez travaillé en tant que maître-nageur avec Philippe Lucas, que retenez-vous de cette expérience ?

Je possède une sorte d’enthousiasme naturel : celui de me convaincre que quel que soit le métier que je fais, c’est le plus important de l’entreprise et qu’il faut donc que je le fasse du mieux possible. Etre maître-nageur m’a permis de mesurer ce que c’est qu’être responsable de la vie des autres. J’ai aussi compris, grâce à la natation, que transmettre un savoir que je maîtrisais bien ne pouvait passer par la seule démonstration «  Regardez comment je fais », mais qu’il faut observer l’autre, comprendre ses craintes et y répondre, identifier ses points forts et s’en servir, et découper le geste minutieusement, autant de fois que nécessaire, pour que votre élève acquière progressivement la technique et puisse  la reproduire. Ce fut une expérience riche d’enseignements.

En quoi l’instinct joue-t-il un rôle clé ?

« L’instinct est pour moi tout à la fois un radar et un scanner. »

L’instinct me permet d’avoir des convictions profondes, mais pas de certitudes, de dogmes inaltérables. Il me rend curieux, ouvert au monde et aux courants d’idées nouvelles qui le traversent, perméable aux évolutions, aux mutations qui s’opèrent, désireux de m’intéresser à tout, capable d’humer l’air du temps et de prendre des décisions à contre-courant parce que je les « sens ». L’instinct est pour moi tout à la fois un radar et un scanner.

Si vous deviez définir votre métier, quels seraient les points saillants ?

Pour manager, il faut aimer les gens et s’intéresser à eux. Le vrai leader est celui qui grandit en faisant grandir les autres. Montesquieu écrivait : « Pour faire de grandes choses, il ne faut pas être un si grand génie, il ne faut pas être au-dessus des hommes, il faut être avec eux ». C’est l’un des principes qui me guident. J’ai, pour autre principe, de placer dans les postes qui m’entourent des personnes qui sont toutes plus compétentes que moi sur leur métier. C’est sans doute l’une des clés de la réussite de Century 21 France.

Portrait Laurent Vimont
Laurent Vimont, Président de CENTURY 21

Pour un agent immobilier, l’humain est essentiel…

« Travailler dans l’immobilier, c’est s’intéresser bien plus aux hommes qu’aux biens concernés. »

Oui. L’immobilier n’est pas un secteur comme les autres. Nous ne traitons pas d’une marchandise ; nous parlons d’un projet de vie, d’un rêve, de l’un des investissements les plus importants dans la vie d’une personne, -et je ne parle pas ici de la dimension financière mais avant tout affective-. Acheter ou vendre est un projet exceptionnel qui comporte une grande dose d’irrationnel, et l’on fait erreur à coup sûr si l’on ne prend pas en compte cet aspect-là, considérant qu’il s’agit d’un acte purement objectif et raisonnable.

Un acheteur va projeter dans son futur logement son foyer, sa famille, son plan de vie, quand le vendeur y laissera une partie de ses souvenirs, des moments les plus forts qu’il ait vécus. Travailler dans l’immobilier, c’est s’intéresser bien plus aux hommes qu’aux biens concernés. Nous ne cessons de le rappeler aux nouveaux conseillers qui intègrent le réseau.

Vous tissez un lien avec l’ensemble du réseau

Dans l’histoire de CENTURY 21, le contrat de franchise est une chose mais, plus important encore, il existe un contrat moral. Ma première fonction ayant été, dès l’implantation de CENTURY 21 en France en 1987, de développer le réseau, j’ai pu tisser des liens de grande proximité avec nos partenaires au fil des ans et des ouvertures d’agences.

Aujourd’hui encore, je m’attache à assister très régulièrement aux inaugurations d’agences, à venir me présenter et échanger avec les participants de chaque stage qui se tient au siège, à recevoir, dans le cadre d’une cérémonie dédiée, chaque patron qui renouvelle son contrat de franchise. Et au-delà de ces événements particuliers, il est essentiel pour moi de discuter avec ceux qui sont sur le terrain, de ne pas m’enfermer dans une tour d’ivoire mais, au contraire, de rester accessible et disponible par mail, twitter etc. Notre plateforme Facebook at work a renforcé encore davantage ces liens, car en quelques clics, je peux désormais échanger avec l’ensemble du réseau, que ce soit des patrons, des conseillers, des assistantes. Issu du bas de l’échelle, je n’oublie pas mes origines. Loin de moi l’idée de ne parler qu’aux personnes se croyant autorisées à penser !

Vous mettez en place un accord avec Facebook France pour proposer une messagerie interne pour mettre en avant l’information. Comment l’idée est-elle née ?

Je tiens à préciser que Facebook at work n’est pas simplement une messagerie interne mais un outil de communication parfaitement adapté à l’histoire et à l’esprit du réseau.

Tout vient d’une rencontre avec Laurent Solly, le directeur général de Facebook France. La décision de s’emparer de l’outil était prise le lendemain. De bien des manières, il semble que cet outil ait été créé pour nous. Jusque-là, nous échangions beaucoup par mails et Intranet, mais la communication était, de fait, essentiellement descendante, or il est dans l’ADN de notre organisation de favoriser l’échange d’informations et le partage de bonnes pratiques. Facebook at work répondait parfaitement à notre problématique en permettant une communication tout à la fois descendante, ascendante et transversale.

Dans mon esprit, Facebook at work ringardisera le mail comme le mail a ringardisé le fax.

Dans quelle mesure se rendre dans l’une de vos agences immobilières invite le client à vivre une expérience ?

C’est avant tout la résultante d’un état d’esprit, celui dont je vous ai parlé plus tôt, comprenant que dans l’immobilier, le facteur principal est avant tout l’humain. Ensuite, c’est mille et un détails auxquels nous attachons de l’importance qui vont permettre au client de se sentir écouté, compris, considéré. Il y a 5 ans, lorsque nous avons remis à plat notre système, c’était essentiellement pour remettre le client au centre de nos préoccupations dans tous nos process et nos outils. Nous sommes vigilants depuis longtemps à suivre nos clients tout au long de leur projet et bien au-delà, durant leur parcours résidentiel, mais nous avons encore travaillé pour apporter davantage de suivi, de service personnalisé, de liens de proximité. Nous célébrons, par exemple, la conclusion d’une transaction par l’organisation d‘une crémaillère pour permettre à nos clients de rencontrer leurs voisins ; nous organisons chaque année la fête des voisins pour rencontrer et faire rencontrer les gens d’un même quartier, nous nous impliquons énormément dans la collecte des jouets chaque mois de novembre pour que dans le plus grand nombre de maisons, les enfants puissent fêter Noël. C’est sans doute cet ensemble de gestes et d’attentions, que nous cherchons d’ailleurs sans cesse à développer, qui nous a permis d’être placés, d’après le palmarès établi par le cabinet Human Consulting Group, N°1 de la relation client cette année.

En quoi CENTURY 21 est-il disruptif dans le marché de l’immobilier ?

Dès son implantation en France, le réseau a inventé une nouvelle façon d’exercer ce métier et a apporté des services innovants (analyse comparative du marché pour la fixation du prix, manuel de prise de mandat…). Nous avons dans nos gênes le goût de l’innovation et nous intégrons facilement les évolutions technologiques pour améliorer l’expérience client et les performances de nos collaborateurs. Nous avons ainsi été les premiers à proposer un Extranet vendeur pour apporter plus de transparence dans la relation avec nos clients et fluidifier les échanges. Depuis 5 ans, dans le cadre de notre projet Oxygène, nous multiplions les outils digitaux qui viennent à la fois répondre à une problématique de simplification des relations avec les clients et d’efficacité commerciale. Le tout dernier outil, par exemple, l’application mobile du conseiller, permet au collaborateur CENTURY 21 d’avoir à sa disposition, où qu’il soit, un ensemble d’informations et d’applications qui facilite son quotidien et lui permet de répondre plus rapidement aux clients.

La révolution numérique que nous sommes en train de vivre est une chance extraordinaire de prendre de l’avance et de remettre le réseau en projet avec un objectif : ré-enchanter l’expérience client.

En quoi le virage du numérique est-il une opportunité formidable pour CENTURY 21 ?

Pour CENTURY 21 qui a en culture le goût du progrès, de la nouveauté, la révolution numérique que nous sommes en train de vivre est une chance extraordinaire de prendre de l’avance et de remettre le réseau en projet avec un objectif : ré-enchanter l’expérience client. Au vu de la réactivité avec laquelle nos agences s’emparent des outils que nous leur mettons à disposition, et de l’enthousiasme dont elles font preuve, je suis relativement confiant dans l’avenir.

Ne soyons pas raisonnables dans nos rêves, c’est ainsi que nous ne subirons pas l’avenir mais que nous l’écrirons ensemble.

La phrase qui vous inspire ?

« Si vos rêves ne vous font pas peur, c’est qu’ils ne sont pas assez grands » disait Richard Branson. Quelle est la taille de vos rêves : voici la question que j’ai posée récemment à tous nos partenaires lors de notre convention annuelle. Ne soyons pas raisonnables dans nos rêves, c’est ainsi que nous ne subirons pas l’avenir mais que nous l’écrirons ensemble.

Que peut-on vous souhaiter ?

De prendre le même plaisir dans ce que je fais, que celui que j’ai depuis 30 ans !

J’ai la chance d’avoir autour de moi une équipe formidable, de servir un réseau et une marque formidables, de faire les choses sérieusement sans me prendre au sérieux. Que cela puisse durer ! Quand on se prend trop au sérieux, il n’y a plus de brin de folie et plus d’audace… et plus la chance de paraître dans la saga des audacieux 😉 !

Propos recueillis par Mathilde Aubinaud