Quand les plumes de dirigeants d’entreprise se racontent

Quand les plumes de dirigeants d’entreprise se racontent

Si les plumes sont souvent mis en avant dans le champ du politique, elles jouent un rôle crucial   dans les entreprises. Rencontre avec les plumes en entreprise.

Etre sensible au grain des mots. A leur finesse, leur force et leur élan. Emplis de potentialités, ils sont un levier pour diffuser des idées et transmettre un message. Ils traduisent un émoi, une sensibilité ou une conviction qui portera l’entreprise.  Le défi est d’autant plus élevé lorsqu’il s’agit de mettre en mots des enjeux pour une figure dirigeante d’une entreprise.

Un métier de l’ombre

« Plume ». Un métier à part, peu dévoilé et raconté. Cette profession est comme enveloppée d’un halo de mystère. Si le métier en politique est mis en lumière par les médias,il reste plus méconnu en entreprise.

« Se projeter dans le temps long » Frédéric Vallois

 Aussi, Frédéric Vallois, plume auprès du Directoire de Vivendi depuis 2012 après avoir été conseiller ministériel au porte-parolat du gouvernement auprès de Luc Chatel, François Baroin et Valérie Pécresse, explique « qu’en politique comme en entreprise, le rôle d’une plume est de mettre des mots sur une réforme, un projet, une action pour en expliquer le sens. » Son enjeu est clé : « un outil de communication précieux, l’un des seuls qui permette encore de remettre des événements en perspective et de se projeter dans le temps long » ajoute-t-il.

Frédéric Vallois

La prise de parole publique de ceux qui l’exercent est rare. « Le moment de l’écriture est solitaire » souligne Florence Loncq, chargé de communication éditoriale chez Deloitte France. Les activités d’une plume sont variées du discours à l’interview à la rédaction pour le web.

Florence Loncq

Matthieu Alexandropoulos a été la plume du Président Exécutif d’EADS (aujourd’hui Airbus) entre 2010 et 2012. Il est aujourd’hui  chef de cabinet du nouveau directeur de la stratégie et de l’international d’Airbus. Il apporte son regard à titre personnel :   « La plume d’entreprise joue le rôle d’un conseiller en communication doublé d’un conseiller technique sur certains sujets, en fonction des domaines d’expertise de la plume (finance, stratégie, ressources humaines, etc.) et des attentes du dirigeant. »

Mettre en mots : l’art de la justesse

« Les liens tissés sont faits de respect et d’admiration, mais aussi de distance ». Matthieu Alexandropoulos

Matthieu Alexandropoulos

 

De manière ponctuelle ou régulière, Florence Loncq écrit pour  une trentaine de cadres dirigeants de chez Deloitte. Il s’agit de « trouver la voix de chacun ». Le discours doit incarner celui qui le porte. La plume se doit de connaitre ce qui anime le dirigeant. « Vous écrirez de meilleurs discours si vous appréciez la personne qui les prononce, si vous connaissez ses qualités, ses points faibles, ses attentes, ses marottes… » explique Frédéric Vallois.

Matthieu Alexandropoulos considère lui  que « les liens tissés sont faits de respect et d’admiration, mais aussi de distance. Conserver une certaine distance avec le dirigeant est indispensable pour bien le conseiller. » Une plume d’une entreprise cotée au CAC 40 raconte : «  Il faut sentir si le dirigeant a besoin ou non de proximité. Cette dernière peut être périlleuse, et, pour ma part, je l’évite à chaque fois, car vous pouvez vous retrouver pris dans un jeu trouble de sentiments, et l’éponge des contrariétés d’une personne soumise à de lourdes pressions…donc, en ce qui me concerne, distance ! Mais quelquefois les dirigeants sont demandeurs d’intimité. Il faut savoir la leur donner, sans jouer les courtisans, et en refusant, c’est mon point de vue, le rôle de confesseur. » Florence Loncq a  une attention pour le futur auditoire du discours. «  J’essaie d’adopter le point de vue d’un lecteur ».

Ajuster le discours au moment et aux parties prenantes lorsque le discours sera prononcé. S’adresse-t-on aux actionnaires majoritaires, à la presse, aux journalistes, aux salariés ou encore aux investisseurs ?  Etre attentif à la portée du discours est essentiel comme l’évoque Matthieu Alexandropoulos « Discours chocs « transformationnels » et discours d’influence savamment distillés, les dirigeants doivent savoir manier les deux, utilement conseillés par leurs plumes. »

Le cadre de l’entreprise doit être pris en compte : son imaginaire comme sa culture. Il ajoute : « pour être perçus comme légitimes, les dirigeants doivent ancrer leurs discours dans la réalité de l’entreprise, de la société et développer leur sens de la nuance. » L’agenda est un élément essentiel.  Frédéric Vallois se souvient de son premier discours chez Vivendi : « un discours de vœux prononcé par le Président du Directoire devant les salariés du siège, dans un contexte interne alors marqué par des interrogations  sur l’orientation stratégique du groupe. L’occasion de plonger dans le grand bain, alors que je venais de rejoindre Vivendi ! »

Un art de l’écriture

« La voix s’exprime à travers un ton, un style. Cela peut être de but en blanc ou bien il s’agit d’arrondir les angles d’un discours » explique Florence Loncq.  Une toile de fond qui se rapproche de l’imaginaire de la scène comme le rappelle Frédéric Vallois, « C’est un peu comme au théâtre : la performance de l’acteur et la rencontre qui se crée avec son auditoire sont au moins aussi importantes que le texte lui-même. Cette incarnation passe par la maîtrise de différents éléments : le ton de la voix, l’utilisation des silences, la gestuelle, l’occupation physique de l’espace… C’est une subtile alchimie à trouver. »

Florence Loncq été marquée par « le style incisif » de L’Education sentimentale de Flaubert.  Pour elle, le tour de force s’opère lorsque l’« on a réussi à rendre les choses simples alors qu’elles ne l’étaient pas initialement. »  Diplômée de l’ENS et de l’ESSEC, elle se réjouit de « travailler en entreprise  tout en tissant des liens avec ma passion de l’écriture».  Une écriture qui cisèle et révèle les mots. Frédéric Vallois précise ainsi que « l’écriture est un défi chaque fois renouvelé. Cet exercice demande à la fois beaucoup de créativité et de rigueur. »

Le choix des mots est crucial. Un travail de définition est nécessaire. Il ne faut pas « diluer le discours » conseille Florence Loncq, en évitant de parler pour ne rien dire. Demeurons dans l’héritage de Nicolas Boileau.  L’enjeu est d’autant plus important lorsque le discours est écrit dans une autre langue. Frédéric Vallois se souvient de son premier discours écrit en anglais. « Un souvenir marquant. Il est déjà difficile d’écrire en français, imaginez dans une autre langue… Tout est différent : la structure du discours, la construction et le rythme des phrases, les codes et les références culturelles. Heureusement, mon Dircom’,lui-même anglais, est là pour me relire ! »

De l’importance de se renouveler

De l’automobile à la santé en passant par les fintechs, les univers de compétence sont légion pour Florence Loncq. Il s’agit de « trouver des angles différents. » . En effet, « chaque discours est différent du précédent et nécessite une approche spécifique » souligne Frédéric Vallois qui explique sa démarche : « la première question que je me pose quand j’écris est la suivante : en quoi que ce discours est-il propre à mon entreprise et à mon dirigeant ? Ce qui va le différencier des autres, c’est sa singularité et son authenticité. »

 Face aux débats qui pointent la fin de l’écrit, les réactions sont nombreuses. Aussi, la plume qui a tenu à rester anonyme  rappelle qu’ « on a cru pour un temps que les écrans, que les nouveaux médias, allaient se substituer à l’écrit, mais c’est totalement faux ! L’écriture et la lecture n’ont jamais été aussi présentes qu’aujourd’hui, et s’y mêlent d’anciens et de nouveaux principes. L’époque exige certes quelque chose de moins formel qu’avant, la tendance est à la simplicité et à la décontraction dans la prise de parole. »  Florence Loncq rapproche l’écrit d’un autre univers artistique : « C’est un peu comme un travail de sculpteur ». Donner souffle et forme aux prochains discours.

Mathilde Aubinaud

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Ingrid Lamri : « L’Energie Est Au Cœur De Tout Progrès Social Et Economique »

Ingrid Lamri : « L’Energie Est Au Cœur De Tout Progrès Social Et Economique »

 
Rencontre pour La Saga des Audacieux avec l’inspirante Ingrid Lamri. Bienveillante et tournée vers les autres, elle s’implique et s’engage dans nombre d’univers.
Présidente de l’ ‘Association Nationale des Auditeurs Jeunes de l’Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale, l’ANAJ-IHEDN, elle est officier de réserve de la Marine Nationale. Interview.
 
Mathilde Aubinaud : Quel est votre regard sur l’audace? En quoi est-ce une notion qui vous porte? 
« La notion d’audace m’apparait ainsi absolument fondamentale pour mener à bien des projets ambitieux, et devenir utile. « 
Ingrid Lamri : J’ai la chance d’avoir fait une école qui s’est attachée à marteler durant quatre ans qu’il était indispensable d’ « apprendre à oser » . Au delà des mots et de la formation, j’ai appris à incarner dans une certaine mesure l’audace. Je pense devoir faire encore beaucoup sur cette voie, mais je me sens portée par les fruits de mes prises d’initiatives, qui m’ont fait grandir et évoluer hors de ma zone de confort.
On a souvent tendance à dire qu’il faut savoir saisir les opportunités. Pour moi, il faut aller au-delà et les créer pour pouvoir ensuite s’en emparer. La notion d’audace m’apparait ainsi absolument fondamentale pour mener à bien des projets ambitieux, et devenir utile. 
 
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Gala des 20 ans de l’ANAJ-IHEDN
Vous êtes depuis 2016, Présidente de l’ANAJ-IHEDN. Pouvez-vous nous en parler? 
Derrière cet acronyme barbare, ce sont plus de 2 000 jeunes âgés de 20 à 35 ans qui s’intéressent aux enjeux de défense, de sécurité et à la géopolitique. Ce think tank a été créé il y a 20 ans, afin de dynamiser une réflexion jeunes autour de ces thématiques.
Aujourd’hui, nous sommes implantés dans toute la France ainsi qu’à Berlin, Londres, New York et Singapour. Nous organisons en moyenne trois événements par semaine et rédigeons de nombreux articles – nous avons d’ailleurs récemment publié un livre disponible en version numérique ICI
« En tant que jeunes, nous nous sentons concernés par les décisions prises pour notre avenir et désirons y contribuer activement. »
La mission de l’ANAJ-IHEDN telle que je la conçois est plurielle. Elle consiste d’abord à réunir des jeunes passionnés, dynamiques qui ont foi en l’avenir et veulent contribuer aux réflexions sur les grands enjeux de demain.
Elle vise aussi à démontrer que de nombreux sujets sont liés à la souveraineté de notre pays : une conférence sur le soft power des musées, une visite d’une centrale nucléaire ou une interview d’acteurs du renseignement sont autant d’exemples de la diversité des sujets traités.
Enfin, l’ANAJ-IHEDN doit aussi servir de réservoir d’idées et de réflexions à nos dirigeants : en tant que jeunes, nous nous sentons concernés par les décisions prises pour notre avenir et désirons y contribuer activement.
 
En quoi consiste votre rôle?
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Ingrid Lamri, Présidente de l’ANAJ-IHEDN
Je considère avoir plusieurs casquettes. La première est celle de chef d’orchestre : 2 000 membres dont 50 responsables bénévoles, répartis sur tout le territoire, il faut les animer, les coordonner et leur donner envie de faire grandir notre projet commun ! Mon rôle est de donner le cap, les grandes orientations, d’assurer que nous avons les moyens d’atteindre nos ambitions et de laisser ensuite le champ suffisamment libre pour que chacun puisse trouver un terrain propice à l’initiative et à l’épanouissement. 
Ma deuxième casquette – celle que je préfère – est celle d’agitateur : il faut toujours penser à l’après, lancer de nouveaux projets, imaginer de nouveaux partenariats, etc. J’adore porter des projets innovants, lancer des initiatives impossibles, développer notre ambition…
 Je répète constamment aux équipes que si elles ne s’amusent pas dans ce qu’elles font, nous allons droit dans le mur. Il faut parvenir à allier professionnalisme, esprit d’équipe, dépassement de soi et épanouissement.  
 
« On ne peut plus aujourd’hui demander à son équipe de se donner à 100% si on se ménage soi-même. »
Quelle est votre vision du leadership?  
Le leader pour moi est la personne qui inspire par l’exemple. On ne peut plus aujourd’hui demander à son équipe de se donner à 100% si on se ménage soi-même. Il faut incarner ses projets pour rayonner et embarquer son équipe avec soi. 
Personnellement, je suis quelqu’un de résolument orienté action. J’ai un côté très opérationnel qui me pousse à retrousser mes manches et à mettre les mains dans le cambouis. Le leader ce n’est pas celui qui, du haut de sa tour, ordonne à tout le monde d’agir, c’est plutôt celui qui descend de son piédestal et qui accompagne le mouvement.
Je me sens plus leader lorsque je bosse à notre QG sur un projet complètement fou sans aucune censure que lorsque je dois présenter nos actions devant un amphithéâtre rempli d’institutionnels. Cela fait bien sûr partie du rôle, mais ce n’est pas là que mon leadership se distingue le mieux. 
J’ai failli oublier une dernière qualité indispensable du leader : l’écoute. Cela me parait indispensable pour prendre la température des équipes et éventuellement ré-orienter sa stratégie en fonction des doutes et appréhension de chacun. 
 
D’après vous, l’association permet-elle une nouvelle appréhension des jeunes? De quelle manière? 
Je constate au quotidien que les jeunes ne se contentent plus de ce que leur entreprise ou leur université peut leur offrir : au-delà d’un salaire ou d’une formation, ils sont à la recherche d’espaces pour s’engager, prendre part aux réflexions, contribuer à l’évolution de notre société. Cette envie n’est pas nouvelle, il n’y a qu’à regarder quelques documentaires sur Mai 68 ! Mais aujourd’hui, le contexte est propice aux engagements alternatifs, autant qu’aux engagements de vie.
Au-delà des associations, l’engagement des jeunes autour de moi passe de plus en plus par la réserve militaire, la protection civile, le service civique, les sapeurs-pompiers, etc. Je vois la vie associative comme une opportunité pour les jeunes d’accroitre leur employabilité, d’apprendre à mieux se connaître et de développer leur réseau. 
 
Vous êtes engagée sur la plan professionnel, associatif. En quoi est-ce important pour vous? Quels sont les moments où vous vous êtes sentie utile? 
« L’important pour moi est de découvrir de nouveaux univers, de sortir de ma zone de confort tout en contribuant à mon niveau à la construction d’un monde meilleur. »
Quand j’explique mon parcours, mes interlocuteurs ont parfois du mal à suivre : il y a beaucoup de « parallèlement » ou « et en même temps » ! Je fais partie d’une génération de slasheurs, je m’épanouis dans la diversité des activités dans laquelle je m’engage : entre la startup que j’ai cofondée, le grand groupe énergétique qui m’emploie, la réserve militaire, les marathons ou mon think tank, l’habituel fil rouge que chacun aime dérouler en présentant son CV n’est pas toujours évident à trouver.
L’important pour moi est de découvrir de nouveaux univers, de sortir de ma zone de confort tout en contribuant à mon niveau à la construction d’un monde meilleur. 
Je me sens vraiment utile quand je prends le temps de conseiller des plus jeunes dans leur parcours de carrières ou dans leur choix d’études. Je suis convaincue que les révolutions à venir viendront de la jeunesse, il faut que nous misions tout sur elle pour que ces transformations soient aussi bonnes que possible pour la société. 
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visite avec la Protection Civile Seine Paris 12
 
A travers vos engagements, quel message entendez-vous faire passer au sujet de l’énergie. 
L’énergie est au cœur de tout progrès social et économique. Je suis une adepte des romans de science-fiction et le sujet de la quête d’une source d’énergie infinie revient très régulièrement : c’est le graal, c’est ce qui nous permettra de continuer à progresser. En attendant, il est de notre devoir de nous raisonner sur l’utilisation de nos ressources énergétiques. 
Je trouve qu’il y a encore beaucoup d’idées reçues sur l’énergie qui, malheureusement, évoluent beaucoup plus lentement que les découvertes effectuées dans ce domaine. Le digital est un vecteur puissant capable de nous aider à repenser notre approche de l’énergie. En effet, l’énergie a eu pour rôle essentiel d’aider l’homme à s’affranchir d’efforts physiques, lorsque combinée aux machines, elle permet progressivement d’orienter les hommes vers des choix quotidiens plus judicieux et respectueux de notre planète.
Bien entendu, l’énergie, les machines ou le digital ne sont ni bons ni mauvais, et dépendent de leur usage. Pour ma part, j’ai choisi l’usage que je défendrai.
Quels sont les livres qui vous ont inspirée? 
J’adore les biographies, le fait de découvrir des moments de vies de personnes qui ont eu un impact considérable sur le cours de l’histoire me fascine. Lorsqu’on entre dans l’intimité d’une personnalité riche, souvent complexe voire torturée, on ne peut que se questionner et, surtout, avoir envie de se dépasser.
Le fait de prendre conscience que ces figures quasi mystiques vivaient elles aussi un quotidien, avec leurs propres problèmes matériels, sentimentaux ou familiaux a un côté surréaliste. 
La biographie de Napoléon par Max Gallo m’a par exemple transportée. Ma prochaine lecture sera une biographie de Madame Dupin, féministe et grande personnalité du siècle des Lumières que j’ai redécouverte lors d’un récent passage à Chenonceau. 
Vous êtes marathonienne. Au 40ème km, qu’est-ce qui vous incite à continuer? 
« Je suis fascinée par ce que l’humain est capable de réaliser par la combinaison de la volonté et de l’entrainement. »
J’aimerais vous dire que c’est la foi en mes capacités ou encore la rage de me surpasser mais, pour être franche, c’est la volonté bassement matérialiste de pouvoir parader lors de mon prochain entrainement avec le T-shirt « Finisher » offert par les organisateurs à toute personne franchissant la ligne d’arrivée. Rien de très héroïque ! 😉 
Plus sérieusement, je suis fascinée par ce que l’humain est capable de réaliser par la combinaison de la volonté et de l’entrainement. Si nous appliquions ces principes de vie pour plus de justice sociale et un progrès équitable et choisi, nous pourrions être fiers de ce que nous serions capables d’accomplir ensemble.
 
La phrase qui vous porte? 
Impossible n’est pas français !
propos recueillis par Mathilde Aubinaud 

L’entreprenalisme, un levier de citoyenneté

L’entreprenalisme, un levier de citoyenneté

 

A quelques mois des élections présidentielles, Léonidas Kalogeropoulos, Vice-Président du mouvement patronal ETHIC promeut une nouvelle culture française : l’entreprenalisme. Rencontre avec une figure audacieuse.

 

Pour un renouveau républicain.

Enthousiaste, convaincu et déterminé, Léonidas Kalogeropoulos est de ceux qui refusent de se contenter des discours. Le dirigeant du Cabinet Médiation & Arguments et Vice-Président du mouvement patronal ETHIC interpelle pour que nous puissions agir en faveur d’un renouveau républicain, fondé sur une citoyenneté concrète qui s’implique activement dans la vie de la Cité, en particulier en épousant la vague entrepreneuriale qui fait la singularité de la France depuis quelques années. Transcendant les clivages sociaux et idéologiques, il entend rassembler avec l’entreprenalisme.

 

Aussi, Pierre Gattaz, Président du MEDEF,  lui a proposé d’analyser toutes les dimensions de la dynamique créée par cet esprit d’entreprendre qui lui est si cher.  Il publie « Manifeste et chantiers de l’entreprenalisme » dans lequel il dresse un constat qu’il accompagne de propositions intelligentes en adoptant une approche concrète vers demain avec 17 chantiers lancés en partenariat avec les Junior-Entreprises, ambassadeurs sur tout le territoire de ces chantiers concrets. Il mobilise l’ensemble des acteurs : les fonctionnaires, les jeunes générations, les médias, les artistes… pour amplifier un mouvement qui marque un tournant dans la culture de notre pays.

« La Nation se prend en main »

Pour Léonidas Kalogeropoulos, « nous assistons aujourd’hui à une Renaissance. La Nation se prend en main ». Les chiffres sont là avec 325 000 nouvelles entreprises, chaque année, auxquelles s’ajoutent 225 000 auto-entrepreneurs tous les ans. Plus de 8 Français sur 10 considèrent que l’esprit d’entreprise est une valeur positive qu’il faut encourager (sondage Opinion Way pour Médiation & Entreprise). « C’est une valeur positive sur laquelle nous devons refonder la fameuse « identité française » » souligne-t-il.

« L’entreprenalisme, c’est le nom d’un souffle qui est déjà là. »

Pleinement impliqué, il avait publié le lumineux essai Liberté, Égalité, Fraternité et Esprit d’entreprise aux Editions Cent Mille Milliards et évoque « la confiance dans cet élan. Il est multiple : les livres, les associations, le théâtre, l’engagement citoyen… L’entreprenalisme, c’est le nom d’un souffle porté par l’esprit d’entreprise et qui est déjà là. Un mouvement, de même ampleur que celui de l’Esprit des Lumières, s’engage. »

Leonidas Kalogeropoulos, président directeur général de Mediation & Arguments
Leonidas Kalogeropoulos, président directeur général de Mediation & Arguments

Un hymne à l’audace

Oui il croit à l’audace comme nombre de ses concitoyens. « Le parti pris de l’audace, individuelle et collective, est soutenu par une très grande majorité de Français ».  Vous avez un rêve d’enfant ? Vous avez un projet ? La France doit évoquer partout dans le monde le pays où on ne vous mettra pas des bâtons dans les roues pour aller au bout de votre ambition, pourvu que vous ayez la passion et la détermination pour innover, créer et bâtir. Selon lui, l’esprit d’entreprise est le meilleur levier d’émancipation qui fait dépasser les origines, les obstacles, les plafonds de verre…

 « La France a aboli les privilèges, son projet est de transcender les déterminismes et cet élan entrepreneurial les bouscule tous. »

Inspiré de Mark Twain, il se plait à citer sa sentence: “They did not know it was impossible so they did it”. Léonidas Kalogeropoulos, est “pétri de culture républicaine et de passion pour l’épopée révolutionnaire”. Il se ressent intensément héritier du projet de la Révolution Française et il perçoit dans l’entreprenalisme la concrétisation de l’ambition révolutionnaire qui a façonné la France. Son mot de la fin ? «  Jamais la France n’a été aussi belle que lorsqu’elle fédère ceux qui croient au Ciel et ceux qui ne croient pas ». Il a raison. Pour la France. Pour demain.

 

Mathilde Aubinaud

EcoTree : le tremplin des dirigeants vers l’écologie durable

EcoTree : le tremplin des dirigeants vers l’écologie durable

Et si l’écologie durable devenait une véritable opportunité pour les entreprises ? C’est le pari de l’inspirante start-up bretonne EcoTree. Rencontre avec son Président Erwan Le Méné pour La Saga des Audacieux.

 

Mathilde Aubinaud : En quoi EcoTree est-il un pari pour l’entreprise de demain?

Erwan Le Méné : Nous pensons que nous pouvons réconcilier le développement durable et la logique d’investissement. Jusqu’à aujourd’hui, le développement durable s’inscrivait dans une logique de coût, de don ou de mécénat. Nous avons cet exemple d’un cadre dirigeant d’un grand groupe qui nous racontait récemment que, chaque année, il sort le carnet de chèques pour financer des actions de développement durable. Non seulement, il n’en retire aucune contrepartie et le fait donc, en quelque sorte à contrecœur ; mais en plus, la démarche a résolument quelque chose du rachat de conscience. Il confessait en outre ne pas se soucier de ce que deviendrait son chèque, de toute façon utilisé pour financer des projets développés de l’autre côté de la planète.

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Ce n’est pas comme cela que l’on agrégera les entreprises face à leur responsabilité devant un problème qui engage notre survie et celle des générations futures.

En revanche, si les entreprises trouvent une contrepartie à leur engagement dans le développement durable, alors elles suivront. Nous avons donc développé une offre qui permet aux entreprises de devenir propriétaires d’arbres et d’en retirer le fruit de la coupe quelques années plus tard, lorsqu’il convient de les couper – précisément avant qu’ils ne libèrent le carbone stocké dans leur cycle descendant.

Une initiative locale et traçable

De notre côté, nous supportons l’ensemble des charges du foncier qui nous appartient, mais aussi l’ensemble des charges nécessaires pour que l’arbre arrive à maturité. Si vous nous demandez à quel moment intervient la rentabilité, la réponse est simple : dès le début. L’arbre a une valeur que l’on peut mettre en immobilisation à l’actif du bilan dès le départ. Lorsque l’arbre atteindra la fin de son cycle, une vingtaine d’années plus tard, il aura pris entre 200% et 400% de sa valeur initiale. A noter qu’il n’y a pas, jusqu’à un certain montant, de taxes sur les plus-values dans ce cas-là. Enfin, nous plantons en France, nous sommes donc dans l’initiative locale et traçable, car nous permettons à chaque acheteur, titulaire d’un certificat de propriété, de suivre la vie de son arbre qui est géolocalisé et le volume de CO² capté.

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Quels sont les bénéfices pour les clients ou adhérents ?

Basiquement, les entreprises ou les particuliers achètent des arbres et récupèrent leur investissement vingt à trente années plus tard lors de la coupe. Un arbre coupé vaut parfois jusqu’à 400% de sa valeur, si le cours est haut et l’essence précieuse. Mais en plus de transformer un poste de coût en poste d’investissement, nous donnons les moyens aux entreprises de véhiculer une image verte, crédible et perceptible ; d’acquérir un patrimoine forestier à l’actif du bilan, de communiquer sur la quantité de carbone captée, de profiter d’une rentabilité intéressante et, ce point n’est pas le moindre, de déléguer l’entretien des parcelles sans frais.

Nous avons donc imaginé une solution dans laquelle les entreprises, tout en agissant pour la planète, pourraient s’y retrouver en termes d’investissements.

Comment est née votre start-up?

Il y a quelques années, un matin, au bureau, devant une machine à café. Cette machine proposait une option. Si vous apportiez votre propre tasse, la machine le reconnaissait et décidait d’elle-même de ne pas faire tomber de gobelet en plastique. J’ai décidé d’amener ma tasse pour ne pas gaspiller de gobelets. Seulement le prix du café restait identique que vous apportiez votre tasse ou non ! Je ne trouvais pas logique qu’une personne qui décide de faire un geste pour l’environnement ne soit pas récompensée. C’est la même chose, à plus grande échelle pour les entreprises. Les démarches environnementales des entreprises peinent à décoller car le souci de la rentabilité prime sur le reste. Nous avons donc imaginé une solution dans laquelle les entreprises, tout en agissant pour la planète, pourraient s’y retrouver en termes d’investissements.

 

Construire la planète propre de demain.    

Quelle place y joue l’audace?

Elle joue énormément ! Nous allons voir les entreprises une par une après avoir tâtonné pour trouver la bonne personne au bon endroit et après l’avoir convaincue de bien vouloir nous accueillir. Mais ce n’est que le début. Il faut ensuite montrer en quoi notre projet a du sens, en quoi il n’est pas surabondant avec les initiatives déjà prises par l’entreprise. Nous devenons en quelque sortes les agitateurs (parfois même le poil à gratter) de directions débordées qui aimeraient remettre à beaucoup plus tard les sujets de développement durable. Si vous n’usez pas de culot et que vous restez dans les limites des conventions, personne ne vous écoutera. Mais j’ajouterais que nous osons être audacieux car notre objet est plus qu’audacieux : construire la planète propre de demain.

Quels sont les liens que vous tissez avec les entreprises?

S’il faut parfois leur forcer un peu la main au début, les entreprises comprennent vite l’intérêt de la démarche que nous leur proposons. Nous sommes véritablement dans une initiative gagnante/gagnante. Nous leur demandons d’investir dans le développement durable et nous leur promettons un retour sur investissement. De fait, chacun y trouve son compte et nous travaillons donc en bonne intelligence, avec pragmatisme et convivialité. Les directeurs RSE sont nos principaux interlocuteurs. Ils sont ravis de travailler avec nous et réciproquement car il y a de l’interaction en permanence, de l’intelligence collective. Et ensemble, nous multiplions les idées qui, je l’espère, deviendront bientôt des initiatives concrètes.

Pourquoi planter un arbre?

Nous sommes tous des Idefix en puissance. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui affirmait : « Je n’aime pas les arbres ». Chacun de nous a une histoire avec l’arbre : celui que l’on escaladait durant l’enfance, celui qui caractérise ce paysage qui nous habite sans cesse, celui qui trace notre généalogie, celui qui allégorise le passé et le futur, etc. Parce que l’arbre parle à tout le monde, il parle aussi à toutes les entreprises, quels que soient les secteurs d’activités, à tous les salariés dans leur diversité, à tous les consommateurs dans leurs différences. L’arbre est donc un bon moyen d’interpeller la conscience écologique de chacun. Mais il est surtout un formidable réservoir de carbone et joue un rôle écologique majeur dans l’équilibre planétaire. Enfin, arrivé à la fin de son cycle, un arbre possède une valeur financière qui permet à l’entreprise de retrouver son investissement initial, ainsi qu’une plus-value non négligeable.

Pourquoi le développement durable est-il l’enjeu des dirigeants?

Ne nous mentons pas. Ou bien les entreprises prennent le leadership sur une véritable initiative de développement durable et montrent l’exemple à tous. Ou bien rien ne se fera, avec les conséquences que l’on connaît. En cela, les dirigeants ont un enjeu qui n’est pas seulement celui de leur entreprise mais qui est un enjeu  de responsabilité sociale globale, pour ne pas dire de survie des générations futures. Cela étant dit, si l’on veut rester dans une logique purement économique, on peut gagner de l’argent avec le développement durable et EcoTree en est la preuve. Enfin, les dirigeants sont véritablement en train d’intégrer que la responsabilité sociale de l’entreprise est un actif compétitif. Il n’y a pas de croissance lorsque l’on n’offre pas un terreau fertile à l’environnement. Qu’il soit humain bien entendu. Mais aussi social et écologique.

 

Que peut-on vous souhaiter?

De ne pas perdre le goût de l’audace car c’est le sel de la terre. Et cette terre, nous voulons la préserver !

Propos recueillis par Mathilde Aubinaud

Publication du livre « Ecriture Stratégique »

Publication du livre « Ecriture Stratégique »

J’ai co-écrit avec les professeurs de Français et de communication, Valérie Aubinaud,  Clara de Sorbay et Sophie-Anne Rocca, le livre Ecriture Stratégique 

« 10 erreurs à ne pas faire quand on rédige un mail professionnel »  Le Huffington Post

4 règles à suivre (impérativement) quand on envoie un mail « pro » BFM TV 

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Publication du livre « Ecriture stratégique »

Présentation de l’ouvrage 

Plus que jamais, l’écrit devient un critère sélectif !
Utilisé à bon escient, c’est un outil redoutablement efficace qui permet de se démarquer et de gagner en crédibilité.

Première séance de dédicace du livre « Ecriture stratégique » avec les auteurs Clara de Sorbay et Mathilde Aubinaud

Véritable guide pratique pour les étudiants, cet ouvrage a pour objectif de donner toutes les clés indispensables pour savoir écrire dans le monde professionnel. Que ce soit au commencement avec le CV et la lettre de motivation, ou bien au sein de l’entreprise à travers des éléments aussi divers que les comptes rendus, les présentations sur Powerpoint ou encore la maîtrise des réseaux sociaux, il existe des règles simples afin d’éviter les écueils les plus stigmatisants. Avec quelques conseils et un peu d’entraînement, apprenez à écrire de manière efficace et pertinente.

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Nicolas Dufourcq, DG de Bpifrance « Les entrepreneurs sont les sportifs de l’entreprise »

Nicolas Dufourcq, DG de Bpifrance « Les entrepreneurs sont les sportifs de l’entreprise »

Pour « servir l’avenir », Bpifrance est le meilleur atout des entreprises. La banque publique d’investissement accompagne les entreprises françaises avec audace. Rencontre avec Nicolas Dufourcq, Directeur Général de Bpifrance.

Quels sont les points saillants de votre parcours? Quand avez-vous rencontré l’univers de l’entreprise pour la première fois?

Très tôt, j’ai eu mes premiers contacts avec l’entreprise. Alors que j’étudiais à HEC, j’ai créé ma première entreprise en 1987. J’avais 23 ans. J’en ai ainsi créé plusieurs en poursuivant  mes études.  Une entreprise d’exportation d’affiche pour les Etats-Unis, une entreprise de publicité a reçu le grand prix de la fondation Jacques Douce en 1988, puis dans l’agro-alimentaire et la formation professionnelle. Je suis entré, en 2004,  chez France Télécom pour démarrer l’aventure Internet en 1994 dans la division multimédia.

« De la nécessité d’avoir un grain de folie! »

-Dans quelle mesure ces  jeunes années ont-elles façonné le dirigeant que vous êtes aujourd’hui?

La nécessité d’avoir un grain de folie! Il est indispensable et se traduit par une invitation expresse à agir et à s’accomplir. C’est une sorte d’auto hypnose permettant de se sentir capable d’abattre toutes les montagnes. C’est essentiellement de l’énergie.

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Nicolas Dufourcq

-Quels liens tissez-vous avec l’audace?

L’audace consiste à ne pas voir la profondeur de la rivière quand on se jette dedans. C’est une question de dosage. Il faut être  professionnel et opérationnel. Il faut monter sur des faces nord en étant bien équipés. S’équiper pour aller relever des défis qui paraissent insurmontables à beaucoup de gens. Au cœur de l’audace, il est nécessaire d’être dans une extrême discipline du résultat.

« N’ayez pas peur ! »

-Comment définiriez-vous votre rôle auprès des entrepreneurs?

« Vous pouvez le faire« , « n’ayez pas peur. » Mon rôle est d’absorber le stress. Il consiste à produire  un mélange de sérénité et de volonté. Il s’agit de maximiser leur performance et leur potentiel à la fois  émotionnel et sportif. Ce sont les sportifs de l’entreprise!  A l’image d’un centre d’entraînement sportif, on les aide à , à s’équiper et également à avoir confiance en eux.

« Amener les équipes à révéler leur potentiel. »

– Quelles sont les figures qui vous inspirent?

Dans différentes catégories, nombre de personnes forcent le respect. C’est très important pour moi de manager les troupes, d’amener les équipes à révéler leur potentiel.

« Il n’y a rien de plus puissant que l’accomplissement personnel. »

-Comment définissez-vous le rôle du manager?

Il définit une vision très ambitieuse. Les défis les plus élevés sont à la portée de tous. Il n’y a rien de plus puissant que l’accomplissement personnel. Le manager doit faire en sorte que les salariés  se sentent bien. L’aventure collective devient ainsi  leur aventure. Ils ont l’affectio societatis, une affection pour le collectif et la société.

-Parce qu’au préalable, le manager s’est affirmé comme tel…

Si le manager est stable, paisible, imperturbable, l’équipe  suit.  Il n’y a rien de plus impressionnant que le mimétisme en entreprise.

« Aider les entrepreneurs à accomplir leurs rêves. »

-Comment arriver à concilier vision sur le long terme et gestion au quotidien?

Il faut une vision à moyen terme et une vision grandiose. Elle doit être ambitieuse avec une profonde conviction que c’est atteignable. Il faut aussi veiller à anticiper la façon dont on transforme le monde. C’est aider les entrepreneurs à accomplir leurs rêves.

« La France comme puits d’énergie et d’intelligence. »

En France que se passe-t-il pour les entrepreneurs?

La France n’est pas ce qu’on en dit.  Il suffit de se retourner et y trouver un puits d’énergie et d’intelligence. À tous les coins de rue, il y a des histoires. C’est une forêt enchantée d’exploits anonymes.

– Il faut alors mettre fin à un entre soi?

C’est l’entre soi de la déploration. Il faut sortir du microcosme. Nous avons une société très complexe, extrêmement riche et qui réservera des surprises.

« Il faut des fêtes ! »

-Le mot de la fin?

Ça va aller! Pas d’inquiétude!  Il faut des fêtes et beaucoup. Le Défilé du 14 Juillet est unitaire. Partageons le succès et disons merci. Que la fête commence!

 

Propos recueillis par Mathilde Aubinaud