Sébastien Badault, DG d’Alibaba France, « Ne Restez Pas Dans Votre Zone De Confort ! »

Sébastien Badault, DG d’Alibaba France, « Ne restez pas dans votre zone de confort ! »

Rencontre pour La Saga des Audacieux, avec Sébastien Badault, Directeur Général France d’Alibaba, géant mondial du e-commerce. Portrait d’un décideur qui ose.

De l’importance des valeurs

« Dis-moi ce que tu manges, je te dirai ce que tu es.» La Chine et la France ne démentiraient pas les propos de Brillat-Savarin tant la cuisine y est célébrée. Et si le repas en famille était l’instant prégnant des liens tissés entre la France et la Chine ? Le temps du dîner est celui on se l’on raconte et l’on discute pour se retrouver dans une famille chinoise comme dans une française. Une parenthèse, une temporalité à part pour ces cultures marquées par un attachement aux valeurs et aux traditions loin des décorums et des artifices.

Avec enthousiasme, Sébastien Badault, Directeur Général France d’Alibaba, apporte un autre regard sur l’Empire du Milieu que l’on dépeint à coups de raccourcis et de petites phrases. Il a appréhendé ces liens loin du discours ambiant. Avec intuition et un regard aiguisé, Sébastien Badault, Directeur Général d’Alibaba France a cette soif d’apprendre et de considérer autrement cette Chine que l’on tente de raconter et que l’on enferme trop souvent dans de grandes considérations et des raccourcis.

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Sébastien Badault, DG d’Alibaba France

Le digital comme parcours de vie

Une curiosité façonnée lors de son adolescence. A l’âge de 13 ans, il part à New York, il loue ainsi l’audace de son père de choisir de vivre de l’autre côté de l’Atlantique. « J’ai eu cette grande chance dans ma vie personnelle. Partir à l’étranger m’a permis de m’ouvrir à une autre culture et de comprendre comment fonctionne un autre pays. J’y ai conquis le goût de l’ouverture ». Et il apprend. Alors qu’il est à l’université, au début des années 1990, il découvre internet grâce à son colocataire ingénieur informatique. Très peu répandu alors, il se souvient avoir eu des difficultés à « trouver une connexion en France ».

« C’était extraordinaire de découvrir ce monde-là » raconte-t-il se rappelant ses années américaines. Ses choix professionnels se tourneront vers le digital. Direction une start-up comme premier job une fois diplômé puis une web agency en France et Amazon et Google pendant près de 10 ans. En 2015, il franchit le pas, direction Alibaba.

Devant Walmart ! Le géant chinois du e-commerce, Alibaba accumule les superlatifs. Il a, en effet, dépassé son concurrent américain en 2016 sur son volume d’affaires.

Le e-commerce, en Chine, représente une part deux fois plus importante qu’en France :15% du retail global contre 7%. Par ailleurs, Sébastien Badault insiste sur la « révolution du commerce et de la consommation en Chine » et cela en « une génération » contrairement à la France où il s’agit d’une évolution.

Traducteur culturel

Il entend œuvre pour créer un « pont entre la Chine et l’Occident en faisant en sorte d’œuvre pour que ce soit le plus fluide possible ». Un rôle crucial ? Celui de « traducteur culturel », au-delà de la barrière de la langue, entre ces deux univers.

Il loue « leur capacité à aller très vite et leur volonté de se développer ». De son expérience avec la Chine, il a appris l’importance de la prise de risque et celle d’ « accepter l’inconnu ».

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Une marque façonnée par son fondateur Jack Ma. « Ce n’est pas un ingénieur qui a quitté Harvard ou Stanford pour développer son système » explique en souriant Sébastien Badault. Quand il crée Alibaba, Jack Ma a la trentaine et enseigne l’anglais. Charismatique et refusant la langue de bois, il est de ses leaders qui jouent pleinement ce rôle inspirant. Autre pilier du groupe, une date.

Noirci dans les agendas des plus grandes entreprises depuis plusieurs années maintenant c’est l’incontournable 11 Novembre : le single’s day. Un record a été réalisé : 17,8 milliards de dollars en une journée. « C’est une journée où les pics de vente sont présents car les marques sont drivées par par ce qui se passe en Chine ». Chez Alibaba, explique-t-il, « on perçoit cette journée comme un laboratoire pour l’interaction avec nos clients ». C’est ainsi l’occasion de tester de nouvelles fonctionnalités, de se diriger vers la VR.

De la Chine, il a beaucoup appris. Sur lui-même aussi : « à accepter de ne pas tout comprendre. Les Occidentaux ont besoin de tout mettre dans des cases. Il faut lâcher prise. Cela ne va pas dire de lâcher les bras. » Bien au contraire, une page qu’il n’est pas prêt d’arrêter d’écrire avec humilité et conviction. Une grande personne.

Mathilde Aubinaud

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