Mille vies de poésie dans le taxi

Mille vies de poésie dans le taxi

Rencontre avec Toufik Abou-Haydar, qui conte, avec talent, ses rencontres multiples et syncrétiques dans son taxi. Un hymne à la ville et à la vie. 
 
 
 L’univers entier, empli de sens et poétique
Printemps du livre de Montaigu
 
« Combien de fois ai-je arrêté le compteur après une course? »  Les liens tissés, dans le taxi de Toufik Abou-Haydar, se poursuivent. Toufik est là, écoute, conseille, rassure, répond à ses clients. Des chagrins d’amour, au sens d’une vie, les confidences sont légion. Nous voilà dans l’univers entier, empli de sens et poétique de Confidences passagères de Toufik Abou-Haydar. Lui, devant, regardant la route, les clients derrière, se livrant « plus facilement, car on ne voit pas le visage« .
« La nuit, les gens sont heureux. » 
Au fur et à mesure des pages, on se laisse prendre, on savoure les découvertes, ce Paris merveilleux que brosse Toufik avec ce sens du mot idoine. On rit, on s’émeut, on vit pleinement les confidences.  La Ville Lumière se transforme, se pare de ses plus beaux habits, la nuit.  « Là, les gens sont heureux. »  Le voici qui célèbre Paris. Ses réverbères, ses ombres. Les amoureux s’entrelacent, d’autres courent, marchent. Des éclats de rire fusent et jaillissent. C’est  Paris. Avec  enthousiasme, il évoque Pigalle et son imaginaire. Les grandes années du Moulin Rouge. « Un quartier toujours vivant. »
 
La rencontre décisive de Paris
De culture franco-libanaise, il apprend, petit, la langue française. Bercé par Piaf, Aznavour et Baudelaire. S’il connaissait la France à travers des paroles, des écrits, il la saisira de son regard une fois le bac obtenu.
A 18 ans,  il découvre, pour la première fois, Paris. Une rencontre décisive, façonnante avec la ville. Pendant deux mois d’été, il lui consacre ses journées.
Le monde de Taxi Driver 
Après des études cinématographiques, il écrira pour un quotidien Koweïtien et rejoint par la suite l’univers du spectacle et de la publicité. et de la mode. Puis, pour subvenir à ces besoins et celui de sa famille, il se lance en tant que chauffeur de taxi. « Pourquoi pas, après tout? » Il décide d’exercer ce métier pendant 6 mois et d’en rédiger un livre. Il continuera à l’exercer pendant plus de 20 ans.  Pour lui, cet univers était lié à Travis Bickle , protagoniste de Taxi Driver. « C’était le monde du taxi, le monde de la nuit.. » Un cinéphile qui allait deux ou trois fois par semaine dans les salles obscures dans les années d’adolescence.
De l’art de vivre à Beyrouth
 
« D’où vient votre accent? » une des premières questions que les clients posent, une fois installés.  Le voilà, lancé, avec élan vers le Liban. Il évoque ses années d’insouciance jusqu’à 11 ans alors qu’éclate la guerre civile. Une image qui incarne le Liban? La Plaine de la Bekaa. Il évoque la montagne et son coucher de soleil. C’est aussi Beyrouth qui vit 24h sur 24. Les gens se plaisent à faire la fête. Celle qui incarne le renouveau du cinéma libanais? La réalisatrice de Caramel, Nadine Labaki.
« De jolis moments »
Il raconte des anecdotes, des coïncidences des plus surprenantes. Sur le Pont Neuf, un client évoque  le prometteur Mathieu Chedid encore inconnu du grand public. Le lendemain, Toufic discute dans ce même taxi, passe par le Pont Neuf et se rend alors compte qu’il converse avec un dénommé Mathieur Chedid! « De jolis moments ». 
 
« Respecter l’être humain« 
Ces inconnus se racontent. leurs failles, leurs souhaits, leur parcours de vie. « Ce sont souvent les gens simples qui sont les plus intéressants. Ce sont ceux que l’on croit bien armés  qui sont les plus fragiles. » Dans un taxi,  » on voit toutes les tranches de la société. » Ces recontres multiples lui ont appris « à respecter l’être humain« . Inspiré par Le Traité de la tolérance de Voltaire, il cite « nous sommes perdus dans cette immensité. L’homme, haut d’environ cinq pieds, est assurément peu de chose dans la création. » alors il relativise. Avance, découvre et déconstruit les préjugés et les appréhensions forgées a priori. Et le voilà qui conte une anecdote. Que l’on savourera tout au long de son témoignage.
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L’écriture virevoltante, nous invite à traverser avec lui la capitale. S’il a publié son premier roman en 2006 en langue arabe, c’est la première fois qu’il écrit en français. A 11 ans déjà il fabriquait des livres. il a grandit en lisant Proust et Rousseau.  « L’écriture est une passion qui me porte« . Et qui porte avec lui ses lecteurs avec talent vers un Paris qui se vit avec éclat, joie, et poésie. Merci pour ces liens tissés.
Mathilde Aubinaud
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Face au gaspillage alimentaire, la fraternité résonne dans l’hémicycle

Face au gaspillage alimentaire, la fraternité résonne dans l’hémicycle

Les Sénateurs ont voté, à l’unanimité, mercredi 3 février, la loi contre le gaspillage alimentaire, l’aboutissement d’un combat porté par Arash Derambarsh auprès des citoyens et des élus. 

 

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Parce que la faim et la soif n’est pas un sujet de discorde politicienne, l’Assemblée Nationale et le Sénat se sont levés à l’unisson face au Gaspillage Alimentaire. La loi est définitivement adoptée. 

Un combat de terrain’ souligne l’élu de Courbevoie, Arash Derambarsh, qui a transformé sa ville des Hauts-de-Seine en laboratoire afin de récupérer les invendus et de les distribuer aux personnes nécessiteuses avec nombre de bénévoles.

L’élu de 36 ans, à force de ténacité et de conviction, a sensibilisé les consciences des citoyens et a ainsi interpellé les pouvoirs publics. La pétition qu’il a lancé avec l’acteur Mathieu Kassovitz a été signée par plus de 210 000 personnes. Sa version européenne comptabilise plus de 754 000 signatures.

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L’auteur du Manifeste contre le gaspillage rappelle l’urgence face à la réalité subie par trop de citoyens.

« Cette loi, pour laquelle nous nous sommes battus depuis de longs mois, permettra à plus de 10 millions de personnes de manger. » Arash Derambarsh

La faim et la soif n’a pas été l’objet de discorde politicienne. Députés et Sénateurs de gauche et de droite se sont alliés pour faire face à ce fléau à l’image de Frédéric Lefebvre, Jean-Pierre Decool, Guillaume Garot, Chantal Jouanno, Roger Karoutchi ou encore Alexis Bachelay.

Figure du renouveau politique, Arash Derambarsh, élu de 36 ans,  se réjouit  ‘du sens qu’a la politique dans notre pays’. Il s’agit à présent d’œuvrer pour les 80 millions d’Européens qui ne mangent pas à leur faim.

Mathilde Aubinaud

Arash Derambarsh veut mettre fin au gaspillage alimentaire, StarOfService

Tribune: « Pourquoi nous devions faire plier la grande distribution face au gaspillage alimentaire »

Philippe Bilger : « Je parle donc j’existe »

Philippe Bilger : « Je parle donc j’existe »

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Philippe Bilger a exercé pendant vingt ans la fonction d’avocat général à la cour d’assises de Paris. Rencontre avec le magistrat honoraire et président de l’Institut de la parole qui confère à la parole ses lettres de noblesse.

 

 

« J’aimerais exister, sans vanité ». Avec ce sens du mot juste, cette profondeur qui l’habite, Philippe Bilger évoque ce qui l’anime dans son essence. Lucide, il tend à révéler et inscrire son existence dans une quête de sens.

L’audace intellectuelle de Philippe Bilger

Son année d’hypokhâgne a été fondatrice. Syncrétique, il a su saisir cette passion de la littérature, de l’histoire, du latin et du grec. Fort de ces assises, il avance, bouscule la bien-pensance. « J’ai toujours éprouvé le sentiment d’une audace intellectuelle. Je n’ai jamais été freiné par des considérations de frilosité et d’angoisse ». Il laisse libre court à sa pensée : « Je n’ai jamais été bloqué par une censure que j’aurais fait peser sur moi ». Attentif, il précise : « J’essaie toujours de ne jamais oublier les nuances et les exceptions aux règles ».

« Je m’en suis pris à certains puissants. »

Passionné par la forme, la volonté de courtoisie est prégnante. «  Je n’ai jamais fait passer ce que j’avais à dire sur un mode vulgaire ou grossier » explique-t-il. Soucieux, il note que dans le blog qu’il mène depuis 2005 http://www.philippebilger.com/, « je n’ai jamais attaqué les faibles. Je m’en suis pris à certains puissants que je n’aime pas ».

Longtemps, il a cru avoir choisi la magistrature de manière aléatoire. Avec perspective, il considère qu’ « en réalité, on ne choisit jamais un métier par hasard. On s’en rend compte peut-être quelque temps après l’avoir découvert ». Il se voulait écrivain. Classes préparatoires littéraires, licence de lettres classiques. Il tente l’Ecole Normale Supérieure, échoue. « Je n’en ai ressenti aucune aigreur ».  Il se rappelle d’une conversation avec sa mère qui l’apostrophe: « Philippe, tu défends toujours les gens autour de toi quand ils sont attaqués. Pourquoi tu ne serais pas avocat ou magistrat ? » Il se dirige vers cet univers. « A ma grande stupéfaction, j’ai obtenu l’écrit du concours grâce à la culture générale et à l’anglais alors que j’ai toujours détesté le droit ». Il sera diplômé de l’Ecole nationale de la Magistrature.

 Il évoque la chance qu’il a eue d’ « exercer deux justices de luxe : le droit de la presse de 1984 à 1989 et la cour d’assises », que pendant plus de 20 ans il a  appris à appréhender par le biais de la culture littéraire.

« La parole pleine est fondée. »

Une parole atypique. Une parole qui révèle dans ses potentialités. Avec l’Institut de la parole, il offre une formation à la parole dans sa splendeur à travers des conférences, des formations et du coaching personnalisé. Il se souvient. « Quand j’étais aux assises, j’écoutais les plaidoiries des avocats. J’en ai entendu des très belles et d’autres médiocres. La parole pleine est fondée. Je parle donc j’existe. » Pour lui, « une parole pleine n’est possible, convaincante, authentique que si la personnalité l’est ». A Philippe Bilger, « la parole est apparue comme la seule voie de salut ». A l’Institut de la parole, il enseigne « toutes les déclinaisons de la parole. C’est le surgissement de soi ».

L’art de la parole véritable

« Je fais partie de l’opposition qui s’appelle la vie », ces mots de Balzac le touchent particulièrement. « Dans toute parole véritable, dans toute pensée libre, cette opposition est comme un moteur. »

Il évoque Proust et la lecture de La Recherche du temps perdu qui a changé sa vie, qui l’a « éclaboussé de lumière ». Le lire lui permet d’embrasser « la vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue ». Merci pour cette vie saisie dans ces potentialités, avec la parole dans sa grandeur.

Mathilde Aubinaud

 

Retrouvez l’ensemble des informations sur L’Institut de la parole : http://www.institut-de-la-parole.com/


Aux lecteurs du Manifeste contre le Gaspillage Alimentaire d’Arash Derambarsh

 Aux lecteurs du Manifeste contre le Gaspillage Alimentaire d’Arash Derambarsh, vainqueur du Prix Edgar Faure 2015

 

Manifeste contre le gaspillage d’Arash Derambarsh remporte le Prix Edgar Faure représenté par son Président-Fondateur Rodolphe Oppenheimer-Faure. Il est élu meilleur ouvrage politique de l’année 2015.

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Vous vous apprêtez à ouvrir un de ces livres qui façonnent une existence, qui transcende les postures. Un de ces livres qui s’écrivent à la première personne pour poser une parole d’une puissance infinie face à l’injustice qu’est le gaspillage alimentaire. Ce livre est signé Arash Derambarsh. Au fil des pages, au fil des mots tournés avec justesse, il pose les fondations, les ressorts, les espoirs d’un combat qui l’anime : la lutte contre le gaspillage alimentaire.

« Une fois dans sa vie, juste une fois, on devrait avoir suffisamment la foi en quelque chose pour tout risquer pour ce quelque chose. »

Arash Derambarsh  porte les mots d’André Brink, tant sa foi en la fraternité est grande, tant son courage le porte. C’est avec authenticité qu’il défend la lutte contre le Gaspillage Alimentaire auprès des citoyens et des élus.

Auteur du Manifeste contre le Gaspillage Alimentaire, il signe, là, un grand livre. De ceux, qu’il est important de lire. Lucide et lumineux, cet ouvrage est une leçon. Il revient sur les chapitres de sa vie d’étudiant, sur la honte qu’il a eue d’avoir faim.

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Arash Derambarsh, vainqueur du Prix Edgar Faure 2015 pour son livre « Manifeste contre le gaspillage »

A 36 ans, il se souvient de sa souffrance, de ses difficultés. La faim et la soif ne sont, nullement des concepts, mais une réalité qu’il a subit. Aujourd’hui, en refusant de se taire, en refusant de se plier face aux lobbyistes, il agit au nom de ce qu’il était, au nom de ces milliers d’anonymes d’une classe moyenne silencieuse qui ont faim. En France. Au XXIème siècle. Dans son cri de révolte, une justesse jaillit. Une justesse qui engage. Au fur à mesure des pages, il raconte son combat qu’il a fait sien avec des bénévoles de sa ville de Courbevoie. Un laboratoire véritable. Il invite les citoyens à agir en s’adressant à leur conscience avec un manuel incitant à prendre des mesures face au gaspillage du quotidien. A porter, chez soi, un combat de société.

En refermant ce livre, forts de ce guide pratique, de cette lumière dans l’écriture, vous serez debout, droit, doté d’une énergie des plus incroyables. Un manifeste qui se crie haut et fort au nom de la fraternité.

Pour vous procurer le Manifeste : http://www.fayard.fr/manifeste-contre-le-gaspillage-9782213693866 

Manifeste contre le gaspillage d’Arash Derambarsh (éditions Fayard)

Mathilde Aubinaud

Arash Derambarsh, l’élu français qui veut éradiquer la faim dans le monde, France 24
Arash Derambarsh, l’acharné antigaspillage, Le Figaro
Arash Derambarsh, l’indigné du gaspillage , Le Parisien

 

VALENTIN, LE FLOW DES FABLES

Retrouvez ici  l’article publié dans la rubrique« Un mois, un portrait »  sur le site Jeunes à Versailles 
Un mois, un portrait: Valentin, le flow des fables
A Versailles pour un mois, avec son spectacle « Dialogue à fables », le jeune comédien Valentin Martinie se raconte. 

Valentin Martinie a un parcours brillant : classes préparatoires, ESCP. Une carrière rémunératrice lui ouvrait les bras dans l’audit ou le marketing, mais ça, c’était avant de rencontrer le théâtre et Jean-Laurent Cochet, le professeur de Fabrice Luchini et Gérard Depardieu.

Durant ses trois années au cours Cochet, il découvre et apprend la technique : la respiration, l’articulation, la «réaccentuation» des mots pour les remettre dans l’ordre pour le public…

OlivierSchmitt – http://www.touti.fr
OlivierSchmitt – http://www.touti.fr

En travaillant des fables de La Fontaine (spécialité du cours) et des scènes du répertoire classique. Il en retient « l’exigence », « la précision », et une manière simple d’aborder le travail du personnage qui commence par cette question : « qu’est-ce que mon personnage mange au petit-déjeuner ? »

Fort de cette première expérience dramatique, il décide de continuer à apprendre sur le tas et écrit un premier spectacle autour de fables classiques et contemporaines. Dialogue à Fables est une «comédie littéraire» mêlant poésie et humour, qu’il a présentée au Mois Molière l’année dernière, et qu’il revient jouer à Versailles avec son compère Florian Spitzer après une cinquantaine de représentations à Paris et avant le Festival d’Avignon cet été.

OlivierSchmitt – http://www.touti.fr
OlivierSchmitt – http://www.touti.fr

Cet ancien de la pub a décidément le sens des mots. Le spectacle a pour signature «  De la Fontaine à Booba », un appel au rythme et au syncrétisme. Les textes sont variés : La Fontaine ou Florian (un fabuliste moins connu), bien entendu, mais aussi Hugo, Queneau, Ionesco…

Et le clin d’œil à Booba n’est pas seulement un coup de marketing, le rap suit une tradition rythmique très ancienne: les écoliers grecs qui scandaient les vers de l’Iliade, le pentamètre iambique de Shakespeare… S’il y a des nouveautés évidentes dans le rap, c’est quand même La Fontaine qui reste l’inventeur du vers libre, et le restaurateur du rythme au service de la vie. En un mot, La Fontaine a du flow!

Il s’agit également, pour Valentin, d’utiliser le langage, les fondamentaux communs de l’école, l’inconscient collectif, et des formats théâtraux pour donner envie au jeune public de se cultiver et de développer son esprit critique. Le théâtre est une école de la pensée charnelle.
Pour le jeune comédien versaillais, c’est également « une mise en scène de la vie ». Contrairement au cinéma, chaque représentation est unique. En effet, sur scène, on joue avec le public: on écoute la qualité du silence, on repère un regard, un sourire… Et c’est là que réside la magie du spectacle vivant, il y a la scène et la salle. C’est un moment de mystère et de poésie. Rajoutez un peu d’humour, et vous savez à quoi vous attendre en allant voir Dialogue à Fables !
Un comédien et auteur qu’il admire : Jacques Mougenot.

Un mot qui l’inspire : « Si tu n’as pas de mots plus forts que le silence, garde le silence ». (Euripide)

Mathilde Aubinaud

  • Dialogue à Fables
  • Tous les vendredis à 20h30 du 8 mai au 5 juin
  • A la Royale Factory, 2, rue Jean Houdon à Versailles
  • Infos et réservation: http://royalefactory.fr/
  • Vous pouvez suivre les aventures de ce jeune comédien et découvrir des articles sur le théâtre sur le site de sa compagnie: https://compagnieaffable.wordpress.com/

« L’audace c’est désobéir aux injonctions » l’interview de Christian Salmon

 

 

« L’audace c’est désobéir aux injonctions »

l’interview de Christian Salmon

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Et si l’audace se racontait? Rencontre avec Christian Salmon, écrivain et auteur de plusieurs essais dont le fameux  Storytelling, un concept venu d’outre-Atlantique,  qu’il a fait émerger en France. Il est l’auteur de Kate Moss Machine, un essai sur la mode et le sujet néolibéral. Chroniqueur au Monde en 2008 et 2012, il est depuis éditorialiste à Mediapart pour lequel il suit l’actualité politique. Il publie Les Derniers Jours de la Ve République aux éditions Fayard.  

  Mathilde Aubinaud: Christian Salmon, pourquoi avoir accepté de répondre à la « Saga des audacieux » ? 

 Christian Salmon: J’ai été amusé par ce titre « La Saga des Audacieux » : c’est tout à fait dans l’air du temps : la tendance à légender sa vie, à transformer son expérience en une histoire exemplaire, à se considérer comme une exception… Et pour la même raison c’est un cliché, une mode qui épouse l’idéologie dominante du storytelling qui consiste à conduite les conduites et les attitudes et à formater les individus…

MA: Si vous définissiez l’audace, que diriez-vous ? 

CS: L’audace consiste à « penser contre », à sortir des engrenages narratifs, à désobéir aux injonctions aux récits. « Quel genre d’histoire es-tu ? » C’est au fond ce que la société demande à chacun. Quel rôle es-tu capable de vivre? Chacun désormais doit  tricoter son petit récit, tissé du fil blanc de sa vie personnelle et du fil noir de l’histoire collective. Ce sont les histoires qui nous gouvernent. C’est la bêtise narrative de notre temps: le narratif devient normatif, le descriptif prescriptif, le biographique hagiographique…

MA: Etes-vous audacieux ?

« Etre audacieux dans notre société, c’est une obligation ! »

CS: Etre audacieux dans notre société, c’est une obligation ! En écrivant mon livre sur la mode, Kate Moss Machine, j’ai découvert comment la société néolibérale formule ses exigences à travers la mode, la publicité, le marketing, le divertissement. Et ces exigences sont contradictoires, elles se traduisent par des injonctions paradoxales : Kate Moss est la rebelle intégrée. Elle n’invite pas à la transgression des codes, mais obéit un nouveau code contradictoire qui fait de la transgression une norme sociale. Le premier « éditorial » de Kate Moss dans Harper’s Bazaar s’intitule « Wild, la mode qui brise les règles », une référence transparente à la célèbre chanson de Lou Reed, « Take a walk on the wild side » devenue un des hymnes de la génération X. Kate Moss est un objet composite, un amalgame bricolé par la mode et les magazines, une sorte de « scoubidou » social, qui entretisse, comme autant de fils plastiques, les « valeurs » de l’époque : la jeunesse, la vitesse, la transgression. La capacité à endosser un rôle et à capter l’attention.  « Je ne suis qu’un mannequin », ne cesse-t-elle d’affirmer pour échapper à la pétrification de sa légende. Mais un mannequin, ce n’est pas rien dans les années 1990, comme l’écrit Bret Easton Ellis dans son roman Glamorama : « Il contribue à la définition de la décennie, Baby. »

MA: Ose-t-on encore aujourd’hui ?

« Bien sûr qu’on ose, c’est même recommandé. »

CS: Bien sûr qu’on ose, c’est même recommandé. Regardez par exemple, le film de Scorsese,Le Loup de Wall Street. C’est la saga d’un audacieux ! L’histoire « fabuleuse » de quelqu’un qui ose tout, transgresse tout : morale, convenance, honnêteté, responsabilité… C’est l’idéal type du trader qui est au fond le héros de notre temps.

MA: A quels moments vous êtes-vous dit au cours de votre vie, de vos choix, «  j’avance, peu importe les normes ou les conventions ? » 

CS: Je crois bien que je me dis cela tous les matins. En ce sens je suis un pur produit de l’époque. Un audacieux intégré. Un rebelle qui écrit dans les journaux…

MA: Dans Storytelling, La machine à fabriquer des histoire et à formater les esprits, vous dites que « les grands récits jalonnent l’histoire humaine d’Homère à Tolstoï et de Sophocle à Shakespeare.. ». Ce sont eux des audacieux ? 

  CS: Peu de gens l’ont compris. Mon livre Storytelling est une défense de la littérature contre le hold up des marketteurs, des publicitaires, qui font un usage du récit à des fins de manipulation politique ou commerciale. Le récit comme instrument de conquête « des cœurs et des esprits ». La littérature depuis Cervantès est un lieu de résistance à ce que Milan Kundera par exemple appelle « la tyrannie de la story » cette histoire avec un début un milieu et une fin. Selon lui, le roman a cherché a échapper par tous les moyens à cette tyrannie de l’histoire.

« Le storytelling se pare des prestiges et des combats du romancier pour légitimer un « nouvel ordre narratif »

Le storytelling se pare des prestiges et des combats du romancier pour légitimer un « nouvel ordre narratif » dans lequel baignent désormais les échanges communicationnels à tous les niveaux de notre société mondialisée. Les œuvres et les auteurs que vous citez, et auxquels on peut ajouter Kafka, Joyce, Faulkner, Beckett, Don DeLillo, Volodine ne sont pas des audacieux mais des inventeurs. Ils explorent de nouveaux rapports au corps, au temps et à l’espace. Ils s’interrogent sur les nouvelles formes de subjectivation. Qu’est-ce qu’une femme à la fin du XIX ème siècle ? Voilà le sujet de deux grands romans comme Madame Bovary et Anna Karenine. Qu’est ce que le temps après Einstein ? C’est le thème d’une méditation interminable pour Proust. Qu’est ce que l’action ? se demande Beckett. Et ainsi de suite, les romanciers à la différence des publicitaires ou des traders créent des mondes possibles, des fictions troublantes, ils repeuplent le monde.

 « Politique et littérature ont une exigence commune: créer des mondes possibles »

MA:Vous venez de publier Les Derniers jours de la Ve République, la politique laisse t-elle éclore des possibilités autres que normées ou normatives ?  

CS: Politique et littérature ont une exigence commune: créer des mondes possibles, inventer un peuple qui manque. Car le peuple manque toujours, il manque à lui-même et aux autres, ce n’est pas une population statistique. Les marketteurs le traquent. Les sondeurs le sondent. Les médias cherchent à le formater, mais il s’échappe, se dissout, se disperse… Il peut s’absenter pendant des décennies de la scène de l’histoire et faire une réapparition surprenante dans les grands romans, les Dubliners de Joyce, les Somnambules de Broch, Les hommes sans qualité de Musil, le peuple de Macondo dans « Cent Ans de solitude » de García Márquez, un roman-genèse qui fut un événement politico-littéraire puisque tout un peuple s’est soudain reconnu dans une communauté inventée de villageois. Lorsque cette exigence d’invention, de création se perd, politique et littérature régressent au niveau du simple storytelling : spectacle de la politique et feuilleton des destins personnels. Inutile d’y insister, c’est depuis plusieurs années notre vie quotidienne médiatique, le plafond de verre de notre imaginaire collectif. C’est ce plafond de verre que les révolutions politiques ou symboliques font sauter.

« Le lyrisme des publicitaires héroïse la propension à consommer »

MA: Vous avez beaucoup écrit sur le storytelling. Est-ce un ressort utilisé par des marketeurs ? Pouvez-vous nous en donnez des exemples ? 

  CS: Le lyrisme des publicitaires héroïse la propension à consommer ; il synchronise les attentions et scénarise les moments d’émotion collective. Désormais le marketing fait la guerre et enchante la communication de crise. Les militaires sont entraînés avec des jeux vidéos. La misère, le chômage, la pollution, les épidémies sont plus belles au soleil du storytelling. On a déclaré le monde sans frontières, mais les murs de séparation se sont dressés partout dans le monde et ont remplacé les frontières. Nous sommes libres de nos mouvements, de notre parole et enchaînés à nos connexions, guidés non plus par les haut-parleurs des régimes totalitaires mais mezzo voce par la musique des iPod. Les smartphones nous relient entre nous mieux que les défilés collectifs et les injonctions de la mode ont remplacé les circulaires du parti…La tyrannie de la story s’étend à toute la planète, un monde envoûté, halluciné. Nos sociétés d’hypercommunication captent et dévorent les attentions et les désirs. Elles les satisfont et les détruisent en même temps. C’est ce que Kundera appelait dans un entretien que j’avais fait avec lui pour Libération dans les années 1980 « les paradoxes terminaux » de l’expérience humaine.

MA: Une phrase, une maxime qui vous porte ?  

CS: Dans cet entretien justement Kundera concluait ainsi: « Dieu nous punit en accomplissant nos désirs ; il faut donc prier Dieu pour qu’il ne nous écoute pas…»   Mais il y aussi cette phrase-testament de Kafka à la fin de sa vie, alors qu’il est gravement malade et considère toute sa vie comme un  échec : « Que faudrait-il donc pour vivre » se demande-t-il? et il répond: « Cessez de jouir de soi même ! »  

Christian Salmon publie Les Derniers Jours de la Ve République aux éditions Fayard, 240 p. 

Un mois, un portrait: Thomas, dans l’ombre du balcon

8f7881a7dbA seulement 23 ans, Thomas Ngo-Hong est déjà considéré comme l’un des critiques les plus assidus et les plus respectés de l’univers théâtral.

« Ce champs des possibles »: avec enthousiasme, Thomas vous mène dans l’univers sinueux du théâtre. Loin des idées toutes faites, le voilà à présenter des analyses fines et méticuleuses sur les représentations au théâtre.
Bienvenue dans l’univers majestueux de Thomas Ngo-Hong : le théâtre ! Il nous mène au fil des mots dans ses critiques par l’intermédiaire de son site « Hier au théâtre », au titre judicieusement choisi. Sans concession, il brosse des critiques. « Hier au théâtre » est une merveille pour tout amateur du théâtre.
Elogieux, parfois sévère et cynique, le voilà exigeant avec un art qu’il aime tant.  Syncrétique, il aime des univers variés. Gourmand, il se plait à gouter de nouvelles créations culinaires. Cet adepte de Bret Easton Ellis est incollable sur les séries !