VALENTIN, LE FLOW DES FABLES

Retrouvez ici  l’article publié dans la rubrique« Un mois, un portrait »  sur le site Jeunes à Versailles 
Un mois, un portrait: Valentin, le flow des fables
A Versailles pour un mois, avec son spectacle « Dialogue à fables », le jeune comédien Valentin Martinie se raconte. 

Valentin Martinie a un parcours brillant : classes préparatoires, ESCP. Une carrière rémunératrice lui ouvrait les bras dans l’audit ou le marketing, mais ça, c’était avant de rencontrer le théâtre et Jean-Laurent Cochet, le professeur de Fabrice Luchini et Gérard Depardieu.

Durant ses trois années au cours Cochet, il découvre et apprend la technique : la respiration, l’articulation, la «réaccentuation» des mots pour les remettre dans l’ordre pour le public…

OlivierSchmitt – http://www.touti.fr
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En travaillant des fables de La Fontaine (spécialité du cours) et des scènes du répertoire classique. Il en retient « l’exigence », « la précision », et une manière simple d’aborder le travail du personnage qui commence par cette question : « qu’est-ce que mon personnage mange au petit-déjeuner ? »

Fort de cette première expérience dramatique, il décide de continuer à apprendre sur le tas et écrit un premier spectacle autour de fables classiques et contemporaines. Dialogue à Fables est une «comédie littéraire» mêlant poésie et humour, qu’il a présentée au Mois Molière l’année dernière, et qu’il revient jouer à Versailles avec son compère Florian Spitzer après une cinquantaine de représentations à Paris et avant le Festival d’Avignon cet été.

OlivierSchmitt – http://www.touti.fr
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Cet ancien de la pub a décidément le sens des mots. Le spectacle a pour signature «  De la Fontaine à Booba », un appel au rythme et au syncrétisme. Les textes sont variés : La Fontaine ou Florian (un fabuliste moins connu), bien entendu, mais aussi Hugo, Queneau, Ionesco…

Et le clin d’œil à Booba n’est pas seulement un coup de marketing, le rap suit une tradition rythmique très ancienne: les écoliers grecs qui scandaient les vers de l’Iliade, le pentamètre iambique de Shakespeare… S’il y a des nouveautés évidentes dans le rap, c’est quand même La Fontaine qui reste l’inventeur du vers libre, et le restaurateur du rythme au service de la vie. En un mot, La Fontaine a du flow!

Il s’agit également, pour Valentin, d’utiliser le langage, les fondamentaux communs de l’école, l’inconscient collectif, et des formats théâtraux pour donner envie au jeune public de se cultiver et de développer son esprit critique. Le théâtre est une école de la pensée charnelle.
Pour le jeune comédien versaillais, c’est également « une mise en scène de la vie ». Contrairement au cinéma, chaque représentation est unique. En effet, sur scène, on joue avec le public: on écoute la qualité du silence, on repère un regard, un sourire… Et c’est là que réside la magie du spectacle vivant, il y a la scène et la salle. C’est un moment de mystère et de poésie. Rajoutez un peu d’humour, et vous savez à quoi vous attendre en allant voir Dialogue à Fables !
Un comédien et auteur qu’il admire : Jacques Mougenot.

Un mot qui l’inspire : « Si tu n’as pas de mots plus forts que le silence, garde le silence ». (Euripide)

Mathilde Aubinaud

  • Dialogue à Fables
  • Tous les vendredis à 20h30 du 8 mai au 5 juin
  • A la Royale Factory, 2, rue Jean Houdon à Versailles
  • Infos et réservation: http://royalefactory.fr/
  • Vous pouvez suivre les aventures de ce jeune comédien et découvrir des articles sur le théâtre sur le site de sa compagnie: https://compagnieaffable.wordpress.com/

Un mois, un portrait: Thomas, dans l’ombre du balcon

8f7881a7dbA seulement 23 ans, Thomas Ngo-Hong est déjà considéré comme l’un des critiques les plus assidus et les plus respectés de l’univers théâtral.

« Ce champs des possibles »: avec enthousiasme, Thomas vous mène dans l’univers sinueux du théâtre. Loin des idées toutes faites, le voilà à présenter des analyses fines et méticuleuses sur les représentations au théâtre.
Bienvenue dans l’univers majestueux de Thomas Ngo-Hong : le théâtre ! Il nous mène au fil des mots dans ses critiques par l’intermédiaire de son site « Hier au théâtre », au titre judicieusement choisi. Sans concession, il brosse des critiques. « Hier au théâtre » est une merveille pour tout amateur du théâtre.
Elogieux, parfois sévère et cynique, le voilà exigeant avec un art qu’il aime tant.  Syncrétique, il aime des univers variés. Gourmand, il se plait à gouter de nouvelles créations culinaires. Cet adepte de Bret Easton Ellis est incollable sur les séries !

L’épris de liberté

L’élève-avocat de 25 ans, se lance avec ce qu’il est, avec ce qu’il croit, dans une aventure politique au service de ses concitoyens.

Ladislas

« Aime et fais ce qu’il te plait », la maxime de St Augustin le porte et l’emporte dans le tourbillon du quotidien. Il s’appelle Ladislas Skura, 25 ans, élève-avocat et candidat tête de liste aux municipales à Guyancourt (78).

De cette phrase antique, éminemment simple et puissante, il se nourrit pour avancer. L’amour comme unique cadrage avec lequel il se façonne.

« Détermination, Passion et Empathie. » Un rythme ternaire qui le définit. Ses passions sont multiples allant de son métier à la philosophie, en passant par le droit et surtout les gens. Ce féru de débats « adore échanger avec les autres ». Apprendre et grandir en découvrant. Sa dernière gourmandise ? Le dernier album de Benjamin Biolay, « un vrai poète » selon Ladislas.

Syncrétique, il se plait à approfondir des univers variés. Avec un enthousiasme certain, Ladislas évoque la piscine municipale de Guyancourt pratiquée en compétition lors de ses années de brassiste. D’un ton amusé, il déclare « je vais là où je m’éclate ! ». Les sentiers battus, les figures imposées ne sont pas son truc. Bien au contraire, se refusant de céder au normatif, il délaisse la voie royale pour la singularité. Définitivement, il avance, de façon indépendante avec sa soif de défi et de challenge.

Et justement la politique, un défi de plus ? Il est affirmatif. Pour le candidat UMP de Guyancourt : « Tout le paysage politique est à construire ici ». Et il y attache de l’importance. Ce lieu lui est particulièrement cher, « c’est ma ville » insiste-t-il. « J’y suis né, j’y ai ma famille, mes amis, j’ai grandi ici. Je suis un enfant de Guyancourt ». Le Guyancourtois entend porter haut les valeurs de sa ville. Avec une empathie certaine, il se confie sur ses difficultés passées, une enfance heureuse mais compliquée. Il se confie volontiers aussi sur ce qui l’anime, le pousse à se dépasser toujours davantage. Un moment qui le porte ? Instinctivement, il répond « le terrain ». Cette sincérité mise au service des gens, cette leçon où chaque jour est synonyme de remise en question, d’apprentissage. Car l’envie d’apprendre, il connait.

Le mot travail ne l’effraie pas. Bien au contraire. Un brillant parcours : la Sorbonne, Assas, puis il décroche le Barreau parisien, « sa fierté ». Et un tremplin, « le début d’une nouvelle aventure ». Un chemin de vie qu’il écrit, peu à peu. D’ailleurs, l’écriture, il n’y est pas insensible. Le grain des mots l’émeut. Les mots mais aussi les idées. Il cite Max Weber, mais aussi cette grande Dame : Hannah Arendt « pour ce qu’elle est, son histoire, son œuvre et son travail... ». Fin littéraire, il est adepte de l’histoire politique. Il avoue avoir particulièrement étudié Le Prince de Nicolas Machiavel dont les textes résonnent dans son quotidien. Nourri de ces grandes figures, il entend être acteur de sa vie en se moquant des paillettes et des standards. Il préfère placer ses convictions au-dessus de tout. « Si tu ne vas pas au bout de tes convictions, c’est raté », lance-t-il.

Des convictions  et des émotions. L’art, la photographie ne le laisse pas indifférent. L’émotion est là. Un petit plaisir culinaire du quotidien ? Il ne cite aucuns plats grandiloquents. Bien au contraire, il me répond un met d’une simplicité extrême : « du pain », avec quelques « carrés de chocolats amers » lance-t-il amusé. D’ailleurs, il sourit à maintes reprises dans la vie de tous les jours. « Le sourire, c’est important, c’est la chaleur humaine ». Et ce sourire est encore là, lorsqu’il évoque la mythique ville de New-York. Un lieu dont il n’a pas encore perçu le mystère, « c’est peut-être pour cela d’ailleurs qu’elle me plait tant ? ». Il s’interroge quelques instants. Cette ville pour ce qu’elle représente, le symbole de l’accueil, de l’aventure, une ville universelle et cosmopolite. Un endroit, où le paraitre importe peu, où l’on va au-delà des idées reçues. Les gens y sont libres, la chaleur humaine est permanente. Un tremplin pour trouver l’essence : « cette moelle secrète de la vie qui git dans le cœur ». Ce qui le rend heureux ? « Un diner avec ma maman, ma sœur et mes amis ». Avec une intégrité et un courage certain, Ladislas Skura saisit l’instant présent avec intensité. D’ailleurs, le prénom « Ladislas » signifie en slave « chef victorieux », une coïncidence?

Mathilde AUBINAUD

Immersion dans l’univers de Raymond Carver

Faisons un test : si on vous parle de Raymond Carver (1938-1988), est-ce-que beaucoup d’entre vous réagirez de suite en évoquant ce brillant nouvelliste américain ? Peu probable et pour cause : en France, il est quelque peu méconnu et souffre d’un manque de popularité. Pourtant, c’est un écrivain de premier ordre dans la littérature contemporaine américaine du XX ème s. Il convient donc de lui rendre hommage.

L’univers carvérien est bien défini et très sombre… Les relations amoureuses, la vie de couple, l’alcoolisme, le quotidien de la classe moyenne ouvrière et commerçante, les problèmes d’adultère et d’ennui au sein du mariage reviennent comme leitmotiv. Apparemment, tous ces thèmes semblent bien banals et peu enclins à être traités de manière littéraire. Et pourtant, la magie opère grâce au talent de Carver : contrairement aux nouvelles traditionnelles, il n’y a pas forcément de chute extraordinaire chez Carver. La vie continue malgré le quotidien terne et sordide de l’existence. Mais l’épiphanie, ce moment de révélation consacré par Joyce dans son Ulysse, éclate bel et bien d’une manière brutale. Les personnages prennent conscience tout à coup d’une réalité insoupçonnée jusque là. L’événement cristallise cette lucidité d’une fulgurance prodigieuse.
Ces nouvelles très contemporaines peignent sans fard la réalite de l’Amérique des années 80. Les éditions de l’Olivier ont eu la fameuse idée de commencer à rééditer les recueils de Carver il y a deux ans. Tais-toi, je t’en prie, premier recueil de nouvelles de Carver publié en 1976, est constitué de 22 nouvelles aux thèmes variés. Pour vous donner l’eau à la bouche, voici quelques pitchs de nouvelles.
« Obèse » ouvre le recueil et traitre d’un client en surcharge pondérale qui s’attable dans un restaurant et commande des plats. L’histoire est racontée du point de vue de la serveuse qui va progressivement se prendre de sympathie pour ce client, malgré les moqueries de ses autres collègues. La chute est cocasse : l’héroine se sent soudainement énorme et n’est plus excitée par son conjoint… L’épiphanie est arrivée et elle a la volonté de changer de vie… On voit bien comment un événement apparemment banal, la venue d’un homme obèse dans un restaurant, peut changer une vie.
Dans « Ils t’ont pas épousée », un homme essaye désespérement de faire perdre du poids à sa femme qui est serveuse dans un dinner. Le mari a honte des kilos en trop de son épouse et ne supporte pas les regards moqueurs des clients. Et malgré la perte de poids, sa femme n’attirera personne. Le temps qui passe, la beauté qui fane et les sentiments qui s’étiolent…
« Et ça qu’est-ce-que tu en dis ? » narre le désir d’un homme de vivre à la campagne et d’être en communion avec la nature. Il trouve la parfaite occasion d’emménager dans un nouveau cadre grâce à la maison abandonnée de la famille de sa petite-amie.  La révélation vient quand le héros se rend compte que finalement, il n’est pas fait pour vivre ici malgré ses envies bucoliques. Les derniers mots de la nouvelle sont magnifiques : « Il faut qu’on s’aime dit Emily. Il ne nous reste plus qu’à nous aimer. »
Enfin, la dernière nouvelle qui a donné son nom au recueil résume sans doute le mieux les enjeux et l’esprit carvérien. Ralph est en couple et heureux avec sa femme Marian. Cependant, il soupçonne celle-ci de l’avoir trompé il y a deux ans. La tension devient de plus en plus palpable et les reproches commencent… Ralph avait l’habitude de boire énormément quand il était jeune et son mariage avec Marian ainsi que son métier d’enseignant semblent l’avoir calmé. Cependant il replonge et se lance dans une longue errance pathétique qui le conduit à jouer au poker dans un bar. Après avoir gagné, il perd tout comme si le jeu symbolisait son état mental de destruction et de confusion. Là où Carver est très fort, c’est qu’il se sert d’un champ de significations très important disséminé à travers un réseau de connexions qui font sens. Ainsi, il suffit d’un rien pour tout perdre : son bonheur, ses croyances et sa stabilité. La fin est édifiante : malgré sa rancoeur pour sa femme, Ralph s’avoue vaincu et rentre au domicile familial blasé. Sa femme tente de se rabibocher avec lui et ils font l’amour pour oublier. Carver nous montre là son incroyable cynisme sur les relations humaines. Le simple fait de remettre sur le tapis cette histoire d’adultère a détruit toute la magie de leur relation.
On peut donc dire que Carver est un peintre réaliste de la classe moyenne américaine des années 80. Très fortement imprégnée de la vie de Carver (beaucoup de personnages sont alcooliques etc), son oeuvre témoigne d’un fort souci du détail. Ecrivain du quotidien, Carver fait réfléchir sur les notions de fidélité, sur les difficultés d’entretenir la flamme conjugale et sur les risques de sombrer dans des troubles profonds suite à des épisodes apparemment anodins. Cependant, malgré cette tonalité pessimiste, une lumière se fait jour.  De brefs moments de bonheur peuvent surgir et éclairent le récit d’une aura joyeuse.
Thomas Ngo-Hong