De l’audace et de la volonté pour entreprendre

A l’occasion de la parution d’Entrepreneurs d’un monde nouveau, de Vanessa Perez, interview autour de l’entrepreneuriat et de l’audace. La Saga des Audacieux est partie à la rencontre de Vanessa Perez et de Serge Papin, ex-président de Système-U.

Mathilde Aubinaud : Pourquoi un regard neuf est-il important ? 

Vanessa Perez : Nous sommes chaque jour davantage influencés. Petits, c’est par l’éducation, plus grand, par l’actualité, et demain par les réponses que les  algorithmes nous proposeront au nom d’une « approche personnalisée avant même nous avoir laissé le temps de nous interroger ». Un regard neuf est avant tout un regard qui tente de percevoir honnêtement l’essentiel sans filtre ni biais.

L’important est d’avoir la rigueur de porter un regard sur soi, sur le monde et sur les choses qui s’oblige à̀ ne surtout pas dénaturer la perception que l’on pourrait atteindre du réel. Comme dit le Pr. José Alain Sahel dans Entrepreneurs d’un monde nouveau, ce regard est peut-être « le degré́ le plus élevé́, le plus ultime, que l’on puisse atteindre ». C’est le regard de la simplicité, qui est au final le plus vrai et le plus authentique pour appréhender et décoder le monde, ce regard, c’est celui de la sagesse. Avant de vouloir « changer le monde » et d’agir sur ce qui nous est extérieur, l’important est donc de porter un regard neuf sur les choses et commencer par changer le regard que nous portons sur nous-même en se demandant au plus profond de soi « Mon regard est-il juste ? »

Ce regard de la sagesse que l’on pourrait qualifier d’holistique permet de se penser avec les autres et non pas de se regarder seul dans un miroir. Il remet à l’honneur le « nous » avant même le « je ».  Un regard neuf est avant tout un regard pur.

Serge Papin : Nous sommes à une bifurcation de la pensée. Par le passé, on nous a appris à sans cesse améliorer ce que nous avions déjà fait.  Notre futur résidait souvent et uniquement dans la capacité de mieux faire ce que nous avions fait la veille. Notre approche était dite incrémentale. Nous entrons aujourd’hui dans une époque où ce qui sera n’est plus uniquement la continuité de ce qui fut.  Un regard neuf, c’est aujourd’hui un regard disruptif et encore plus créatif pour répondre à la question « Quel futur souhaitable voulons collectivement et individuellement ? ». Évidemment je n’ai pas la réponse mais j’aime bien l’idée de se poser cette question.

En quoi être entrepreneur réclame-t-il de l’audace ? 

Serge Papin : J‘aime bien la définition utilisée par les anglo-saxons pour définir le mot « entreprendre » et qui n’est pas uniquement la définition de la qualité du chef d’entreprise.  Entreprendre, c’est un état d’esprit qui consiste à ne pas subir, et maitriser son destin. On peut entreprendre dans toutes les strates de la société, je dirai que demain, entreprendre sera davantage une valeur sociétale qu’une action économique. 

Vanessa Perez:  J’aime à dire qu’être « entrepreneur », ce n’est pas uniquement être à la tête d’une entreprise et posséder un numéro SIRET.  Être « entrepreneur », comme on le découvre dans Entrepreneurs d’un monde nouveau, c’est avant tout croire en sa singularité et en faire le fil conducteur de sa vie afin de s’accomplir. 

Être Entrepreneur, c’est revendiquer la liberté d’être soi et de trouver sa place dans la société pour faire que son talent contribue au progrès de cette même société. En ce sens, être entrepreneur, c’est avoir le courage de lutter contre les idées reçues, les « ça ne marchera jamais ». Et être libre demande de l’audace. C’est un état d’esprit – que l’on soit patron, salarié, bénévole – qui vise à être propriétaire de son centre de gravité car s’accomplir c’est trouver comment être entrepreneur de sa propre vie.  Avoir de l’audace nécessite de revendiquer une forme de liberté non pas pour faire ce que je veux mais pour accomplir ce que je dois et ainsi affirmer ma singularité et trouver ma place dans la société.

Dans quelle mesure la modernité est, selon les mots de Serge Papin,  » porteuse d’un nouvel avenir » ?

Serge Papin : Je vais reprendre cet aphorisme de cette poétesse Marina Tsvetaeva « être moderne, c’est aller contre les neuf dixièmes de son temps ». En ce sens la modernité est fatalement dissidente et porteuse d’un nouvel avenir car elle présuppose de ressentir ce qui va se passer. Les acteurs de la résilience deviennent ainsi les modernes du futur.

– Quel rôle joue la volonté ?

Serge Papin : Il me vient cette phrase de Lamartine : « Le réel est étroit et le possible est immense ». La volonté c’est se mettre dans tous les champs des possibles.

Vanessa Perez  : La volonté, elle vous rend libre. Libre de devenir qui vous êtes et de vous accomplir, libre de ne pas être ce que le système veut que vous deveniez. La liberté au nom de l’accomplissement de soi est le moteur d’une vie humaine. N’avez-vous jamais remarqué l’énergie que vous êtes prêt à déployer dès lors qu’un projet vous passionne, qu’il vous faire vibrer, quand vous savez que vous êtes en mesure d’apporter une solution qui va contribuer à son succès ? C’est là que réside la clé de l’entrepreneuriat, de l’engagement, de la liberté. Identifier le moteur permettant de faire converger projet personnel et professionnel pour trouver l’énergie nécessaire à surmonter les plus grandes difficultés et révéler les ressources infinies qui vous donnent le sentiment d’être vous-même et augmenter l’homme ou la femme que vous êtes. La volonté n’est rien de plus que le vecteur de l’accomplissement et le fuel au sentiment de modestement participer à la création. Vouloir, c’est être capable de poser sa vocation comme acte fondateur de son destin, c’est croire en sa singularité.

De quelle manière la soif d’entreprendre est-elle liée à l’individu et à ce qui l’habite ? 

Vanessa Perez : J’aime bien revenir aux fondamentaux et commencer par la définition des mots. « Entreprendre », – comme il est écrit dans le Larousse – c’est commencer à exécuter une action en générale longue et complexe, s’engager dans un projet. S’accomplir est le moteur d’une vie humaine. N’avez-vous jamais remarqué l’énergie que vous êtes prêt à déployer dès lors qu’un projet vous passionne, qu’il vous faire vibrer, quand vous savez que vous êtes en mesure d’apporter une solution qui va contribuer à son succès ? C’est là que réside la clé de l’entrepreneuriat, identifier le projet permettant de faire converger projet personnel et professionnel pour trouver l’énergie nécessaire à surmonter les plus grandes difficultés et révéler les ressources infinies qui vous donnent le sentiment d’être vous-même et augmenter l’homme ou la femme que vous êtes. La soif d’entreprendre n’est rien de plus que la ferme volonté de s’accomplir et la conviction de participer humblement à la création.

Serge Papin :  La soif d’entreprendre est une question de volonté. L’homme de bonne volonté a la soif d’entreprendre, et c’est la seule façon de faire bouger les lignes.

La phrase qui vous porte ? 

Vanessa Perez : « On a tous un talent dont le monde a besoin ».

Serge Papin : « La vraie force est l’exagération de la souplesse, on n’obtient rien dans le rapport de force ».

Entrepreneurs d’un monde nouveau, de Vanessa Perez, (éditions Kawa)

Vous souhaitez réagir? Vos commentaires sont les bienvenus!

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s