Régis Bégué, Lazard Frères Gestion :  » Investir, c’est bâtir un scénario pour le futur »

Directeur de la gestion actions chez Lazard Frères Gestion, Régis Bégué donne à lire son regard sur l’audace. Interview : 

Mathilde Aubinaud : Qu’incarne pour vous l’audace ?
Régis Bégué : Le dictionnaire est très clair sur le sens du mot : l’audace est la capacité à affronter et surmonter le danger. Et rien ne procure un sentiment d’insécurité tel que l’incertitude. Aussi, je définirais l’audace comme la capacité à se confronter à l’incertitude. Sortir des sentiers battus, oser s’exposer, y compris dans des domaines que vous ne maîtrisez pas toujours parfaitement. Pour moi, par exemple, cela consiste, entre autres, à publier des romans alors que ce n’est pas mon « métier », à m’exposer à la critique, à livrer ainsi une partie de ma personnalité au jugement d’autrui.

En quoi l’audace est-elle partie prenante de la culture d’investisseurs propre à Lazard Frères LLC ?
Comme le disait Mark Twain, « la prévision, c’est toujours difficile, surtout quand il s’agit de l’avenir ». Investir, c’est bâtir un scenario pour le futur. C’est prendre le risque de se tromper. Il est dans la nature même de l’investisseur que de s’exposer à l’incertitude que j’évoque. En principe, plus le risque est grand, plus le retour sur investissement est potentiellement élevé. L’audace, telle que définie ainsi, est intrinsèquement liée à la culture d’investisseur.

Vous êtes directeur de la gestion actions. De quelle manière quête de performance et audace sont elles-mêmes liées ?
En tant que gestionnaire, nous sommes toujours tiraillés entre le désir de prendre des risques très élevés pour obtenir des résultats brillants, et celui d’en prendre le moins possible pour se tenir à l’abri des remous. Une bonne gestion doit trouver l’équilibre entre ces deux extrêmes d’une part et d’autre part chercher toujours à comprendre où se trouve le danger qu’on ne perçoit pas forcément. Se croire protégé, c’est avoir « l’audace » de croire qu’on a prévu tous les dangers, et dans ce cas, cela devient un gros défaut !

Quels sont les leviers de la décision d’investissement ? En quoi la conviction a-t-elle sa place ?
La conviction, l’audace d’avoir une idée, d’essayer de prévoir l’avenir, d’investir dans des
activités que la majorité considère ou en perdition ou trop chères, voilà qui permettra à
l’investisseur de se distinguer. Il n’y a pas d’investissement s’il n’y a pas de progrès
technique. Et il n’y a pas de progrès technique sans audace. Ce n’est pas seulement le
capitalisme moderne qui repose sur cette idée, je crois. C’est toute l’histoire de l’humanité.

Vous êtes associé-gérant. Selon vous, qu’attend-on d’un dirigeant ?
Il faudrait le demander à ceux qui m’ont nommé ou à ceux que je supervise ! Pour ma part, j’essaye d’instaurer un climat de confiance, propice à une prise de risque modérée et assumée. Pour être en mesure de s’exposer à l’éventualité de l’erreur, il ne faut pas se sentir menacé, traqué ou en danger. Ce que j’ai à donner à ceux qui travaillent avec moi ? La confiance dans la pertinence de leur jugement.

Propos recueillis par Mathilde Aubinaud

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