Pierre-Yves Bournazel : « Les Parisiens veulent faire leur ville, comme ils veulent faire leur maire. »

Pierre-Yves Bournazel : « Les Parisiens veulent faire leur ville, comme ils veulent faire leur maire. »

Paris a tous les ressorts pour se dessiner un personnage de roman. Entière, ambitieuse, sensible, cultivée, la ville se raconte et se façonne au fur et à mesure des époques. C’est le roman de formation par excellence. On s’y confronte, on y avance, on s’y installe.

Paris, c’est aussi un protagoniste qui va au combat. Un combat résolument politique au regard de l’agenda médiatique qui se façonne. Rencontre avec Pierre-Yves Bournazel, Député de Paris sous le prisme de l’audace.

Pierre-Yves Bournazel

Mathilde Aubinaud : Existe-t-il une audace propre aux Parisiens? 

Pierre-Yves Bournazel : Il existe effectivement une audace propre aux Parisiens : un certain esprit « frondeur », le refus de se voir dicter une façon de penser ou imposer des choix venus « d’en haut ». Les Parisiens veulent faire leur ville, comme ils veulent faire leur maire. Plus qu’une audace, c’est une certaine idée de la liberté qu’incarnent Paris et les Parisiens. Elle s’exprime dans son histoire, dans sa culture, dans l’ambition universelle du message que Paris a toujours envoyé au monde.

Quelle lecture avez-vous de cette notion? 

Audace est tiré du latin Audere, signifiant oser. Être audacieux, c’est être soi-même acteur de sa vie, de son futur, et parfois de l’avenir d’un plus grand nombre.

Il est primordial « d’apprendre à oser ». Cette audace, quand elle est moteur de stimulation intellectuelle, fait jaillir l’innovation et le progrès. Mais, ce « désir d’audace » doit être maîtrisé pour ne pas rester inerte, pour prendre pied dans le réel.

« J’ai ensuite eu l’audace de « monter à Paris » pour conquérir ma liberté. »

En quoi a-t-elle marqué votre parcours?

Je suis né dans le Cantal et j’ai grandi en Corrèze. J’ai ensuite eu l’audace de « monter à Paris » pour conquérir ma liberté. J’ai rêvé cette ville, j’ai moi aussi, comme tant d’autres, voulu aller à la rencontre de ses promesses.

Lorsque j’ai décidé d’habiter et de m’investir politiquement dans le XVIIIe, certains m’ont dit que c’était un choix trop difficile, une circonscription ingagnable. J’ai suivi mon instinct et j’ai tracé pas à pas mon chemin avec sincérité, en essayant de tisser un lien de confiance avec les habitants par mon écoute et mon travail. En m’élisant député de la 18ème circonscription, ce sont eux, les Parisiens, qui ont choisi de déjouer les pronostics.

« Pour moi, « une idée est bonne ou elle n’est l’est pas », elle ne connaît pas d’étiquette: c’est la seule ligne de conduite que je me fixe dans mes prises de position. »

Comment l’audace se conjugue-t-elle avec l’engagement politique? 

L’élection présidentielle de 2017 dans notre pays a exprimé l’aspiration des citoyens à ouvrir un nouveau temps démocratique : un désir de renouvellement des femmes et des hommes politiques, qui correspondent davantage à la diversité de la société, mais surtout un renouvellement des pratiques politiques pour sortir du « régime des partis » et des clivages artificiels.

J’ai la conviction que c’est un temps long qui s’est ouvert dans la recomposition du paysage politique, mais il a bien lieu. Pour moi, « une idée est bonne ou elle n’est l’est pas », elle ne connaît pas d’étiquette: c’est la seule ligne de conduite que je me fixe dans mes prises de position. Ainsi, je soutiens le gouvernement lorsque les réformes me paraissent utiles et qu’elles vont dans le sens de l’intérêt général et je garde ma liberté lorsque j’estime qu’elles ne vont pas dans la bonne direction. Par exemple, je suis le seul député parisien à avoir voté pour la sortie du glyphosate dès 2021, parce que c’était pour moi une question majeure de santé publique et de développement durable.

« Cette alchimie urbaine demande d’être maniée avec précaution »

Quel imaginaire avez-vous de Paris? 

Je ne vous surprendrai pas en disant que Paris est évidemment la plus belle ville du monde ! J’aime sa beauté, son architecture, ses places, ses musées, son bouillonnement culturel, l’énergie de ses habitants. Ce qui fait le charme et la spécificité de Paris, c’est qu’elle allie le rayonnement de la « ville-monde » et la proximité de ses 81 quartiers qui sont autant de villages. Cette alchimie urbaine demande d’être maniée avec précaution, c’est un équilibre fragile qui faut sans cesse ajuster.

Un roman qui raconte et décèle le mieux Paris : 

Plutôt qu’un roman qui raconterait Paris, je suis sensible à quelques auteurs qui ont magnifiquement exprimé la beauté, le bouillonnement, l’effervescence de la ville, mais aussi les promesses qui ont nourri celles et ceux qui sont montés conquérir leur liberté dans la capitale. Je pense à Balzac, Maupassant, Victor Hugo ou à Julien Green. J’aime aussi le style avec lequel Patrick Modiano évoque un Paris rêvé et un peu mélancolique où il promène ses personnages.

De quelle manière, entendez-vous redonner du souffle au mot « politique »? 

Face à la montée des populismes et des extrémismes en Europe, mais aussi chez nous en France où les tensions au sein de la société sont très fortes, je crois nécessaire de trouver des leviers pour « faire nation », « faire société ». Le défi écologique de transformation profonde de notre modèle vers un système plus durable et plus responsable constitue pour moi un projet de société mobilisateur, fédérateur, positif qui nous concerne tous. C’est une vision d’ensemble que nous devons essayer de partager au-delà des clivages artificiels. Je crois aussi nécessaire d’associer les citoyens de façon plus étroite aux décisions.

Comment penser Paris sur un temps long? 

Au-delà d’une pratique politique plus ouverte, moins dépendante des appareils et des réflexes partisans – je suis convaincu qu’il est nécessaire de mieux associer le citoyen au processus de décision. Pas seulement au moment de l’élection, mais tout au long d’une mandature.

L’enjeu, aujourd’hui, est de rythmer notre vie démocratique en proposant des rendez-vous réguliers qui vont garantir à chaque personne un rôle continu hors du calendrier électoral. C’est vrai au niveau national – et à ce titre « le grand débat » initié par le gouvernement est utile – mais c’est encore plus pertinent à l’échelle locale. A Paris, je veux proposer un nouveau mode de gouvernance beaucoup plus horizontal, avec des instruments participatifs au service des habitants sur des choix structurants.

Je crois en l’intelligence collective qui permet de mieux penser les projets – de penser contre soi-même parfois. C’est vital pour « réoxigéner » la vie citoyenne dans la capitale.

Propos recueillis par Mathilde Aubinaud

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