Maître Marie-Hélène Bensadoun : « L’audace s’apprivoise »

Marie-Hélène Bensadoun

Maître Marie-Hélène Bensadoun : « L’audace s’apprivoise »

« L’exigence »,  « l’enthousiasme » et  « l’agilité » sont les maîtres-mots pour appréhender un monde qui se bouscule, où les changements sont légion. Un rythme ternaire pour célébrer une audace racontée avec justesse par les 150 avocats du prestigieux cabinet  August Debouzy, « animé par la passion d’entreprendre ».

Syncrétiques, ils révèlent et célèbrent le patrimoine culturel et s’engagent. Aussi, avocate associée du prestigieux cabinet depuis 1999,  Marie-Hélène Bensadoun dévoile son regard sur l’audace pour La Saga des Audacieux. Interview.

Mathilde Aubinaud : Quel regard portez-vous sur l’audace ?

L’audace comme « une approche créative, intuitive et visionnaire »

Marie-Hélène Bensadoun : C’est une force qui permet à chacun de mettre en valeur sa singularité et sa créativité.

Elle permet de progresser et surtout de sortir des cadres dans lequel notre civilisation tente de nous enfermer.

Elle se distingue du courage, qui est l’une de ses composantes, en ce qu’elle ne répond pas à une situation subie, en cela elle incarne une grande liberté de pensée et d’action.

Pour un Avocat dont la responsabilité est de défendre les intérêts de ses clients jusqu’au bout, elle ne peut être totalement spontanée, elle doit nécessairement passer par une bonne appréhension du risque à lui faire prendre.

Le raisonnement de l’Avocat est contraint par la Loi, le Règlement, la Jurisprudence ; l’Audace est la capacité de se jouer ou plutôt de « jouer » avec les règles, en ayant une approche créative, intuitive et visionnaire pour aller au-delà des limites que l’application stricte du Droit impose.

Sa seule limite se trouve dans le respect des autres.

En quoi a-t-elle façonné votre parcours d’Avocate ?

Votre question laisse entendre que le fait d’être audacieux serait une composante nécessairement inhérente à mon métier ?

Tel n’est pas le cas.

Certains Avocats ne sont pas audacieux, ils appliquent le droit, ils ne prennent pas de risque et ne sont pas pour autant de mauvais juristes.

Il n’est pas question de faire prendre des risques à nos clients, il faut les accompagner sur les terrains sinueux du Droit (l’expression est paradoxale), un peu comme s’ils étaient aveugles.

L’Audace est un plus que nous leur apportons. Elle s’apprivoise. Elle vient avec le temps, le recul, car elle doit se nourrir de l’expérience, avant de devenir un réflexe.

Il faut donc anticiper les difficultés, mesurer le danger pour que la démarche ou la défense audacieuse laisse toute sa place à la créativité qui nous permet de nous dépasser, de dépasser le cadre que la Loi nous impose sans pour autant l’ enfreindre, ou du moins, limiter les effets néfastes de sa violation.

L’Audace, lorsque j’en ai, me guide et me construit. Le fait de pouvoir m’offrir le luxe d’être audacieuse dans les conseils que je prodigue est l’intérêt majeur que je vois dans mon métier, celui qui fait que je ne m’y ennuie jamais.

L’audace est-elle une valeur féminine ?

Vous me reposez une question à laquelle j’ai eu à répondre à l’occasion d’une intervention lors de la Cité de la Réussite en 2014.

A l’époque j’avais répondu par la négative, et je persiste et signe !

Je ne pense pas que l’audace soit une valeur féminine, parce que pour moi, il n’y a pas de « valeur » (encore un mot « fourre-tout ») qui soit attribuée à un sexe ou l’autre.

Comme le disait Marcel Proust « L’audace réussit à ceux qui savent profiter des occasions ». Il n’y a pas à faire de différence entre les sexes.

Je pense en revanche que le fait d’avoir été bafoué, amoindri, méconnu,  peut faire naître une volonté de se battre qui peut se transformer en Audace.

Certaines femmes ont eu à combattre pour améliorer le sort de leurs semblables et ce combat les a rendues audacieuses. Olympe de Gouges bien sûr, mais aussi Marie Curie, Gisèle Halimi, Simone Veil et toutes les autres…

Ou plus près de moi, car elle m’a fait le bonheur de me demander de l’accompagner dans son combat, la journaliste Tina Kieffer lorsqu’elle a créé l’Association « Toutes à l’Ecole » pour venir en aide aux petites filles défavorisées du Cambodge, pays ravagé à l’issue du drame qu’il a vécu du temps des Khmers Rouges, et en reconstruction.

Il lui a fallu une audace folle pour parvenir à faire entendre, dans un pays de castes, que la reconstruction passe par l’éducation des filles et la fin du déterminisme social. Elle a créé, en 10 ans, un campus qui, aujourd’hui, compte 1.300 élèves.

Le Cabinet est animé par la passion d’entreprendre ; comment se manifeste-t-elle ?

« Notre passion d’entreprendre a pour corollaire notre volonté de nous dépasser, de nous renouveler… donc d’agir avec audace. »

En pensant à ce qui constitue AD je regrette que la Comédie Française ait pris pour devise « Simul et Singulis » car si cette devise était disponible, je pense que nous aurions pu l’adopter.

« Etre ensemble et soi-même » est le secret, selon moi, de la réussite de notre firme, car c’est une œuvre commune regroupant des individus qui, chacun à leur manière, apportent leur personnalité, leur expérience, leur singularité pour construire quelque chose de très à part et donc d’audacieux.

Notre passion d’entreprendre a pour corollaire notre volonté de nous dépasser, de nous renouveler… donc d’agir avec audace.

Gilles August, l’un des deux fondateurs d’AD, avec Olivier Debouzy, a été qualifié il y a une dizaine d’années « d’Avocat-Visionnaire ». Tout est dit dans ce qualificatif sur ce que nous sommes et ce qui fait notre réussite.

De quand date votre volonté d’exercer cette profession ?

On me dit, et je m’en souviens, que dès l’enfance lorsqu’à l’école primaire il fallait choisir un métier, alors que mes petites camarades voulaient être maîtresse d’école, coiffeuse ou chanteuse, je voulais être Avocate (avec le « e »).

Il est vrai que j’avais un oncle, la gloire de la famille, admiré et respecté quasiment « déifié » par toutes et tous et que très certainement, j’ai voulu faire le même métier que lui par besoin de reconnaissance.

Il m’arrivait souvent de dérober sa robe d’avocat et de « défendre » mes poupées devant mon frère et ma cousine.

Plus tard, j’ai voulu enseigner le français… et je suis revenue vers le droit, au départ par défaut, puis très vite par goût. Devenir avocate a été une évidence : le goût des mots incontestablement, à l’écrit et à l’oral, le goût de la construction d’un argumentaire avec lequel on peut « jouer » pour convaincre. On oublie souvent le côté ludique du métier de juriste.

Ma spécialité est le droit du travail, un droit « vivant », selon la formule désormais consacrée par le Professeur Jean-Emmanuel Rey. Je pense qu’inconsciemment j’ai choisi ce droit « de la vie », pour sortir de ma nature contemplative, pour m’obliger justement à me confronter aux choses de la vie.

Vos souvenirs sont-ils différents de la vision que vous en avez aujourd’hui ?

Très différents.

Enfant, j’avais l’exemple d’Avocats de mon entourage qui recevaient leurs clients dans leurs bureaux feutrés. L’Avocat ne se déplaçait pas chez son client, c’est le client qui faisait l’effort de se déplacer.

Il y avait un véritable lien personnel entre l’avocat et son client.

Aujourd’hui, les nouvelles technologies, l’internationalisation de l’économie, le facteur temps qui agissent sur une activité devenue très concurrentielle, font que nous sommes devenus des prestataires de services. Notre métier est en phase d’Uberisation, il nous appartient de mettre en valeur ce que nous pouvons apporter d’exceptionnel à ceux qui nous font confiance et pour ne pas être noyés dans la masse.

Qui admirez-vous ? et pourquoi ?

« J’admire la créativité, l’innovation

à condition qu’elle sache se nourrir du passé pour perdurer. »

J’aurai voulu être une Artiste… alors je les admire.

J’admire la créativité, l’innovation à condition qu’elle sache se nourrir du passé pour perdurer.

J’admire ceux qui s’engagent.

J’admire enfin ceux qui se sentent libres d’aller au bout de leurs rêves.

Plus concrètement, j’admire mes parents, qui au début des années 60, à plus de 30 ans, ont dû quitter l’Algérie et repartir de zéro, sans que mon frère et moi n’ayons jamais eu à supporter les aléas de cette reconstruction, parce qu’ils nous ont protégé avec pudeur, pour que nous puissions avancer dans la vie sans les contraintes du passé.

J’admire aussi mes enfants que je vois si déterminés à accomplir leur destin, dans un monde si surprenant où tout change si vite.

Publicités

Vous souhaitez réagir? Vos commentaires sont les bienvenus!

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s