Ambitions assassines : les liaisons dangereuses de la politique  

Ambitions assassines : les liaisons dangereuses de la politique

Et si la Marquise de Merteuil détenait les cartes d’un jeu politique des plus surprenants ?

C’est dans la littérature que les politiques se révèlent le mieux. En écrivant, en se racontant à leur manière, en tentant de dévoiler la vision qu’ils ont de l’Etat.  C’est aussi la littérature qui brosse le portrait de protagonistes s’affranchissant de la figure du père, essayant de s’imposer dans la scène médiatique et de prendre la lumière.

La journaliste et auteure Claire Bauchart l’a délicieusement compris. Dans son roman, Ambitions assassines, elle invite le lecteur à suivre le rythme effrené de la chose publique. Un thriller qui combine enjeux politiques, postures médiatiques et les ressorts de l’humain. On s’y laisse prendre en se délectant. Une toile de fond très juste, criante d’actualité, qui résonne parfaitement. Un ouvrage intelligent, vif et très politique.

Rencontre pour La Saga des Audacieux avec Claire Bauchart.

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Mathilde Aubinaud : Pourquoi, d’après vous, la politique a-t-elle un territoire d’expression et un imaginaire si vastes? 

« Le destin d’une nation dépend souvent des actes d’hommes et femmes aux personnalités complexes, mystérieuses, voire machiavéliques. »

Claire Bauchart : Quand on m’enseignait l’Histoire au collège ou au lycée, j’avais le sentiment que la politique reposait sur une sorte de compétition entre diverses idéologies ou institutions. Or, lorsque l’on creuse un peu, on s’aperçoit que le destin d’une nation dépend souvent des actes d’hommes et femmes aux personnalités complexes, mystérieuses, voire machiavéliques. De quoi construire des personnages de roman truculents !

Puis, le pouvoir au sens large fascine. En pénétrer les arcanes est un objet de fantasmes pour beaucoup, comme tend à le démontrer le succès de bon nombre de séries et thrillers politiques.

Les liens sont-ils étroits entre la sphère du politique et celle du journalisme? 

Dans Ambitions assassines, l’héroïne, Pascaline Elbert, parvient à dévoiler un grand scandale politique grâce à la confiance que lui porte l’une de ses sources, un homme politique de premier plan. Au fil des ans, elle a acquis une légitimité de journaliste d’investigation qui lui a permis de gagner l’estime de beaucoup sur la place de Paris… et donc de récolter des informations de poids avant ses concurrents.
De fait, le monde des médias est indissociable de la sphère politique à bien des égards : les écrits et témoignages à ce sujet ne manquent pas !

Cela ne date d’ailleurs pas d’hier. Nos grands révolutionnaires français n’hésitèrent pas pour certains à créer leurs propres publications : Le défenseur de la Constitution pour Robespierre ou L’ami du peuple pour Marat. Plus proche de nous, Léon Blum a prêté sa plume au journal socialiste Le Populaire de Paris.

-En quoi l’actualité politique très riche que nous connaissons est-elle un tremplin pour la littérature? 

« Les grands scandales politiques sont la plupart du temps composés de trahisons, de rebondissements inattendus : des ingrédients indispensables aux drames, aux polars etc. »

Pour écrire Ambitions assassines, je me suis directement inspirée d’une affaire de fraude électorale relativement récente, ayant fait la une de la presse…

Les grands scandales politiques sont la plupart du temps composés de trahisons, de rebondissements inattendus : des ingrédients indispensables aux drames, aux polars etc. Pour moi, il s’agit là d’une source d’idées intarissable.

D’autre part, la dernière présidentielle nous l’a démontré : la vie a parfois plus d’imagination que les scénaristes d’House of cards ! D’ailleurs, au moment de l’affaire Fillon, le hashtag #HouseOfSarthe est apparu sur les réseaux sociaux.

À tel point que la réalité va parfois trop loin, semble presque trop tordue : en 2017, je ne cessais de me dire que, si l’élection avait été une fiction, je l’aurais jugée peu crédible…

-Mélanie Aubant, personnage clé de votre roman, a beaucoup plus d’épaisseur qu’elle ne le laisse penser…

Elle a effectivement un rôle central dans l’intrigue. Jeune comédienne de 28, elle est connue dans tout l’Hexagone. Elle meurt brutalement sur le plateau du prochain long-métrage dont elle est la tête d’affiche, écrasée par la chute d’un projecteur : il s’agit là de la scène d’ouverture d’Ambitions assassines.

Une scène hautement symbolique : on apprend au fil des chapitres que Mélanie Aubant a remué ciel et terre pour percer dans le monde du cinéma, pour être dans la lumière… cette même lumière qui finira par la tuer.

Comme elle, les personnages principaux du livre sont dévorés par leur ambition, prêts à tous les sacrifices pour devenir, chacun dans leur domaine, les premiers. Quitte parfois à perdre la raison pour se hisser sur la première marche du podium.

-La relation entre Mélanie et sa mère Suzanne est complexe mêlant admiration, décalage, incompréhension. Comment l’expliquez-vous? 

Comme beaucoup de relations mères-filles, celle entre Suzanne et Mélanie oscille entre conflit et bienveillance, tout en peinant à trouver un semblant d’harmonie : le quotidien, en somme, d’un bon nombre de cabinets de psy !

Mélanie a pris le contre-pied de sa mère à bien des égards. Suzanne, abandonnée par son mari peu après la naissance de sa fille, est gardienne d’immeuble et travaille jour et nuit pour joindre les deux bouts. Une existence que Mélanie rejette très tôt: petite, elle rêve de paillettes et de projecteurs. Quand elle décroche le premier rôle dans la série qui la rendra célèbre, Suzanne est pétrifiée, comprenant mal ce que son enfant fait dans ce milieu du show-business dont elle ignore tout et qui l’effraie. Quelques années plus tard, bien qu’admirative de son succès, elle ne peut s’empêcher de se questionner sur le quotidien de Mélanie.

Claire Bauchart
L’auteur, Claire Bauchart

-En quoi la journaliste Pascaline incarne-t-elle une forme d’audace? 

« Elle choisit tout ! »

Pascaline est l’héroïne d’Ambitions assassines. Pour camper son personnage, je me suis inspirée de nombreuses collègues que j’ai croisées au cours de mes différentes expériences professionnelles.

Pascaline a une quarantaine d’années et a toujours travaillé d’arrache-pied pour gravir les échelons de l’hebdomadaire qui l’emploie.  Idéaliste, elle pensait que cela suffirait pour devenir chef du service politique : un poste qu’elle convoitait depuis plusieurs années.  Une promotion qu’elle rate, au profit de son grand rival, adepte du faire-savoir plus que du savoir-faire…!

Pour autant, bien que placardisée, elle ne se laisse pas abattre : grâce à ses différents contacts externes au journal, malgré les mises en garde et les menaces de certains de ses collègues, elle parvient à dévoiler l’un des plus importants scandales politiques du moment. Elle croit en elle-même, ne se laisse pas distraire par ses rivaux. Cela relève, à mon sens, d’une forme d’audace.

« Elle croit en elle-même, ne se laisse pas distraire par ses rivaux. »

Par ailleurs, dans le livre, les allers et retours entre ses vies privée et professionnelle sont fréquents. Son mari n’est pas aussi disponible qu’elle le souhaiterait pour s’occuper de leur fille. Comme beaucoup de femmes, Pascaline a donc du mal à concilier ses activités et son rôle de mère… mais elle y parvient tant bien que mal. Cela relève encore (malheureusement !) de l’audace : l’héroïne décide de ne pas choisir entre son métier et sa famille… Ou plutôt, elle choisit tout !

Ambitions assassines de Claire Bauchart aux éditions du Rocher.
Parution le 11 avril

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