Frédérique Cintrat : Le courage et la prise de risque vont de pair avec l’audace

Rencontre pour La Saga des Audacieux avec Frédérique Cintrat CEO AXIELLES.COM et Assurancielles et Auteure de « Comment vient l’ambition ?  aux éditions Eyrolles

Mathilde Aubinaud : Comment définissez-vous l’audace ? 

Frédérique Cintrat : L’audace, c’est pour moi prendre le risque de s’aventurer sur des voies non tracées, que ce soit au niveau de ses pensées, de ses prises de position ou de ses actions.

Vaincre ses peurs

C’est aussi vaincre ses peurs et parfois aller là où on ne nous attend pas, c’est être libre et ne pas vivre uniquement dans le regard des autres. Et de façon beaucoup plus prosaïque, cela peut-être aussi d’oser aller demander ou dire  quelque chose à quelqu’un, ou encore ose prendre contact avec quelqu’un.

On peut oser être et oser faire … Je crois que le mot courage va de pair avec audace.

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Frédérique Cintrat

-Peut-on éduquer les plus jeunes à l’audace ? De quelle manière ? 

Eduquer à l’audace, c’est probablement éduquer à tenter, c’est de montrer que si ça ne marche pas comme cela ou à la première tentative, ce n’est pas grave, c’est la meilleure façon à mon avis, outre l’exemplarité.  L’audace est vraiment liée à la confiance, aux encouragements à faire, mais également à exprimer et à verbaliser sa pensée.

Je pense qu’on peut éduquer les jeunes à l’audace en leur donnant confiance, en les encourageant à essayer, en les félicitant pour leur curiosité, leurs tentatives, en les invitant à recommencer si leurs actes ne connaissent pas un succès immédiat. Il convient également de les éduquer à développer leur singularité et à ne pas entrer dans des moules quels que soient leurs origines culturelles, sociales, ou leur genre.

-Comment faire en sorte que les filles s’autorisent à investir certains métiers ?

 Je ne sais pas en fait si on doit dire qu’elles ne s’autorisent pas certains métiers ou certains secteurs. Ce n’est d’ailleurs pas le fait  le fait d’oser ou non quelque chose de difficile sinon il n’y aurait pas autant de jeunes filles en médecine…

Parfois, je pense plutôt qu’elle se demandent si cela va leur plaire ou non, si c’est fait pour elle ou non, ou qu’elles vont s’y sentir bien ou non.  Après il, y a une autre notion, c’est la confiance pour oser prétendre à telle ou telle activité ou responsabilité. Il faut qu’elles aient envie de ressembler à une telle ou à faire comme telle autre. Pour cela l’environnement personnel et le contexte familial et amical jouent.

Revenons quand même à cette notion d’audace. Cela revient au point précédent, cela repose sur l’éducation, et sur les stéréotypes de genre qu’elles ont pu intégrer, justement, sur ce que l’on projette sur une femme, sur ce qui semble aux yeux de la société « être bien pour une femme », cela façonne les attirances pour certains métiers (ce n’est pas pour rien qu’on retrouve de nombreuses femmes dans le « care » ) . Les stéréotypes ont la vie dure, et on laisse entendre aux filles qu’elles ont des qualités pour telle ou telle activité, et finalement elles pensent qu’elles vont choisir certains secteurs par goût, goûts parfois façonnés.

Prenons l’exemple des matières importantes pour certains métiers aujourd’hui plus investis par les garçons, comme les maths. Moi j’adorais les maths, et je trouve que c’est une matière assez démocratique car elle permet aux personnes de tout milieu  d’être bon élève (pas besoin d’une culture générale super importante à la différence des autres matière). Je ne comprends pas pourquoi on tend à dire que les filles sont bonnes en français et les garçons en math, et du coup elles vont se persuader qu’elles n’aiment pas les maths et ne choisissent pas les filières associées.

Lorsque j’étais en 1ere C en 1981, nous n’étions que 7 filles sur une classe de 30 et si aujourd’hui les choses ont changé sur la filière S, avec une répartition de moitié je crois, en terminale, elles restent très minoritaires en maths sup et donc ensuite en école d’ingénieurs. Je n’ai pas de filles, c’est donc facile à dire, mais je crois que si j’avais une fille adolescente aujourd’hui j’aimerais qu’elle travaille dans la data, les algorithmes, et le numérique côté production.

-De quelle manière un rôle model est-il important ? 

En fait je pense qu’un jeune homme ou une jeune femme a surtout envie de faire comme X ou Y, parce qu’il ou elle a plutôt envie de devenir comme x ou y, sauf à avoir très jeune une réelle vocation.

En fonction des milieux, le rôle model peut être un héros de film, de série, voire de livre, un proche (famille, ami, voisin), ou une personne croisée, en conférence par exemple. Donc je pense que le rôle model est important dans le choix d’une orientation et y compris plus tard dans les choix de carrière, et je crois beaucoup au processus d’identification. « S’il ou elle a été capable de faire cela, pourquoi moi, je ne le ferais pas ? » ; par exemple, dans mon premier livre, « Comment l’ambition vient aux filles ? » j’ai raconté l’histoire de femmes en plus de la mienne. Certaines lectrices m’ont confié s’être reconnues dans certaines histoires, ce qui les a motivées pour aller e l’avant à l’instar des témoins du livre.   Et dans « Comment vient l’ambition ? », avec des nouvelles histoires de vies dont certaines masculines, je peux confirmer que les rôles modèles jouent un rôle décisif dans les évolutions des hommes et des femmes.

-Quel regard portez-vous sur l’échec ? 

Je vais reprendre une phrase que j’ai retrouvée sur la vidéo de l’émission de télévision auquel j’avais participé en 1983, à 17 ans, sur l’ambition aux côtés d’Elisabeth Badinter et que j’y représentais la jeune génération « Je veux tenter un maximum de choses, quitte à échouer, j’aurai au moins la satisfaction d’avoir essayé », Donc vous avez ma réponse, celui qui a échoué a tenté, c’est plutôt positif ! Ensuite il faut espérer que son échec n’ait pas eu de lourdes conséquences sur autrui et surtout que la personne en ait tiré des leçons pour tenter de nouveau, voire un peu différemment, en réitérant pas les erreurs qui l’ont conduit à échouer. J’aime bien la comparaison avec le petit enfant qui échoue d’innombrables fois en tombant avec de réussir à faire ses premiers pas.

Maintenant, je vais vous apporter une réponse plus « terre à terre », loin de ces grands principes : il y a deux ans, j’ai travaillé pour une PME qui a déposé le bilan, et qui donc n’a pas réglé ses factures à ses prestataires dont je faisais partie. Je peux vous assurer que je n’ai pas eu le même regard sur son échec, celui-ci m’ayant mise en difficulté eu égard à la grosse ardoise laissée pour le développement de mon entreprise. Il m’a donc fallu passer quelques mois compliqués pour que mon entreprise se remette de son échec, sans qu’elles ne nous entraine dans son échec !

-Les représentations de l’échec sont-elles en train d’évoluer dans notre société ? 

Sans doute, c’est vrai que cela devient même tendance, notamment dans l’univers de l’entrepreneuriat et des startups que je fréquente maintenant. Moi, je reste assez réservée sur les story telling où l’on raconte qu’avant de réussir, on s’est bien « planté ». Mais c’est vrai que si vous voyez quelqu’un de jovial, qui vous raconte une success story après un moment particulièrement compliqué, vous vous dites ce n’est pas très grave et que vous vous pouvez également tenter car c’est parfois la condition pour parvenir au succès. Vous vous oserez alors d’autant plus facilement vous lancer.

A cette culture de l’échec mise en exergue, je préfère celle de l’erreur, ceux qui expliquent leurs montagnes russes émotionnelle et financières, leurs erreurs, comment ils ont rebondi, pivoté, changé de stratégie, par où ils sont passé, pour montrer que l’entrepreneuriat est loin d’être fait d’un long fleuve tranquille et qu’il faut vraiment réfléchir avant de s’y engager et surtout se préparer , car en général les personnes parlent de leur « échec » ou de leurs difficultés passées quand ils sont de nouveau dans une dynamique positives.

Sur l’ambition ?

Sur celle de l’ambition, on peut dire qu’en effet les représentations sont en train d’évoluer ; En effet, si je caricature, je dirais que c’est un mot qui n’a toujours pas bonne presse auprès des personne de ma génération parfois des femmes de ma génération d’ailleurs, l’ambition étant souvent associé à désir de gloire. Les réactions changent quand on rappelle que l’ambition est également le désir ardent de réaliser des projets, et que l’on peut être en quête du pouvoir, non pas par ambition du pouvoir, mais le pouvoir, et les responsabilités permettant de réaliser ses ambitions. En revanche, ce mot est plutôt tendance pour la jeune génération, et c’est tant mieux !  Dans mon livre « Comment vient l’ambition ? »  ed Eyrolles, l’ambition est toujours perçue comme ce qui permet d’aller de l’avant, de sortir de la routine. Moi c’est un mot que j’aime beaucoup et que j’associe souvent à passion et à action.

-De quelle manière ? 

Je vais faire référence à l’étude Opinion Way  pour Cache-Cache présentée en octobre 2017 : 50% des jeunes femmes seraient prêtes à créer leur entreprises (contre 39 % des plus de 30 ans).

50 % des femmes se déclarent ambitieuses (66 % pour les moins de 30 ans et 45% pour les 40-50 ans). Justement, on parlait précédemment des rôles modèles : les nouveaux héros et surtout les nouvelles héroïnes sont dorénavant des jeunes qui ont réussi assez vite que ce soit en étant free-lance et en menant leur vie comme elles l’entendent, en devenant influenceur ou influenceuse, et en lançant des projets artistiques ou entrepreneuriaux. Cela dépend bien sur des milieux et obtenir un bon job en CDI dans une entreprise pérenne demeure aussi un projet tout à fait respectable et souvent ambitieux. Enfin je conclurai sur le désir de réussir, réussir dans la vie, réussir sa vie est très personnel alors à chacun et chacune son ambition !

-Une phrase qui vous inspire ? 

Celle qui figure sur la page de couverture de mon livre, inspirée d’une citation d’Oscar Wilde  «viser la lune pour atteindre les étoiles ».

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