Danielle Desguées : « on ne nait pas entrepreneur mais on peut le devenir »

Danielle Desguées : « on ne nait pas entrepreneur mais on peut le devenir »

Rencontre avec Danielle Desguées, Directrice générale de BGE PaRIF, réseau d’accompagnement à la création d’entreprise.

« L’esprit d’entreprendre doit être du domaine public »

Mathilde Aubinaud : Quelle est votre vision de l’entrepreneuriat ?  

Danielle Desguées : J’ai très tôt été passionnée par l’entrepreneuriat qui constitue, à mon sens, une donnée majeure du développement économique de notre pays et d’accès à l’emploi des « laissés-pour-compte ».  J’ai voyagé dès mon plus jeune âge et j’ai pu constater l’esprit entrepreneurial dans de nombreux pays souvent par les plus démunis. J’ai créé plusieurs entreprises alors que j’étais encore étudiante. En 1979, j’ai constaté un véritable manque dans l’accompagnement des créateurs et repreneurs d’entreprise, et j’ai co-fondé le réseau national des Boutiques de Gestion qui est devenu BGE Réseau national d’appui aux entrepreneurs. Je considère que le premier objectif est de promouvoir l’esprit d’entreprendre et ce, dès l’école. En effet, le système éducatif et la culture française ne mettent pas suffisamment en valeur l’entrepreneuriat. Il est donc essentiel de pouvoir en parler et de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour que ceux qui créent ne soient plus isolés. L’esprit d’entreprendre doit être du domaine public, il faut donc l’insuffler partout où l’on peut (lycées, universités, grandes écoles , etc.).

Quel rôle joue l’audace dans la création d’entreprise ?

Il faut être audacieux pour oser s’imaginer entrepreneur !
Créer son entreprise, c’est à la fois offrir des produits et/ou des services qui devront trouver leur place sur le marché, identifier et fidéliser des clients, mettre en place une politique de communication, gérer sa trésorerie, négocier au quotidien, recruter et encadrer ses salariés, se projeter dans l’inconnu.
Créer son entreprise, c’est donc prendre des risques. L’entrepreneur est multitâche et comme il est souvent le seul acteur à bord, il doit décider et agir en toute autonomie et responsabilité.
Créer son entreprise, c’est donc endosser un statut particulier. Aujourd’hui, c’est le statut de salarié qui est LA référence, avec soit, un N +1 qui donne des directives, mais également, le sentiment d’une garantie de salaire et d’avantages sociaux associés.
Il faut avoir beaucoup d’audace pour passer le cap et devenir entrepreneur. Une audace que nous rencontrons tous les jours au sein de notre réseau : des femmes et des hommes qui ont envie d’offrir des biens et/ou des services souvent originaux, de répondre à de nouveaux usages.

Ces créateurs audacieux ont également des doutes et des questions, et BGE est là pour les conseiller, les outiller afin qu’ils mesurent leur risque dans cette nouvelle aventure. Après avoir réalisé l’étude de faisabilité de leur projet, ils décideront en toute connaissance de cause de créer leur entreprise, reporter leur projet ou l’abandonner.

Comment accompagnez-vous les entreprises ?

BGE PaRIF conseille les créateurs-repreneurs d’entreprise, mais également les entreprises qui souhaitent se développer. Nous œuvrons à la création d’un environnement favorable au développement de l’initiative économique génératrice d’emplois nouveaux. Près de 80% des entreprises que nous conseillons sont viables au-delà de 3 années. Les valeurs d’initiative et de solidarité de BGE PaRIF sont centrées sur l’humain et son projet dans le territoire. C’est cet ensemble que nous aidons à construire au fil d’un accompagnement personnalisé et de parcours de formations pour que chacun accède au droit d’entreprendre et réussisse son projet.
Pour répondre aux besoins des jeunes entrepreneurs et pour continuer à les suivre dans leur développement, nous avons récemment ouvert des espaces de coworking. Il ne s’agit donc pas simplement de louer des postes de travail, mais bien de mettre à disposition des entrepreneurs des outils essentiels à leur réussite : coaching, formations, rendez-vous individuels avec nos conseillers et les experts de nos réseaux, événements, rencontres, after-work, etc.

« Mettre à disposition des entrepreneurs des outils essentiels à leur réussite »

Nous accompagnons les créateurs à toutes les étapes de leur parcours : de l’envie de créer à la définition de leur idée de création, de l’idée au projet, du projet formalisé au lancement des activités, puis jusqu’au développement de leur affaire.
Tout au long de ce parcours, nous leur transférons des méthodes et des outils pour les aider à maîtriser les équilibres fondamentaux de la création d’entreprise. Notre but consiste à autonomiser progressivement les candidats en leur apportant les éléments nécessaires à un prise de décision quant à leur projet.
La méthode de travail proposée par BGE PaRIF s’appuie sur la base de consultations individuelles suivies de périodes de recherche d’informations dans une démarche très interactive.
Chaque candidat créateur est amené à progresser, est guidé dans ses investigations et est aidé dans la validation de ses hypothèses et donc dans sa prise de décision.
Ces entretiens individuels sont complétés par des modules de formation pour apprendre à vendre, à communiquer, à gérer, à tenir sa comptabilité, à faire les bons choix au niveau juridique, à se perfectionner, etc.
Quand le concept est défini, quoi vendre, à quel prix et avec une stratégie de communication et de distribution, les candidats créateurs sont invités à formaliser le projet avec la rédaction du business plan.
Puis à l’issue de ces étapes, les entrepreneurs peuvent tester leur activité en grandeur réelle au sein de nos couveuses en sécurisant leur parcours. Ce sont les couveuses labs de BGE qui leur prêtent leur numéro SIRET afin qu’ils puissent tester leur activité en toute sécurité, de façon légale, mais sans qu’ils aient créé leur entreprise. Ils testent ainsi leur marché, leur capacité à trouver des clients et à signer des contrats, à générer du chiffre d’affaires et à dégager un bénéfice, et surtout à fonctionner seul.

Quel est le rôle d’un réseau ?

Une des principales fragilités des entrepreneurs est son isolement. Le réseau doit permettre d’échanger, de trouver des solutions partagées et de pouvoir également réaliser des projets en commun. Au-delà de nos formations autour des réseaux sociaux, le porteur de projet doit savoir à quel moment activer son réseau, savoir le développer, et activer les bons contacts aux bons moments. Nous lui permettons aussi d’avoir accès à un Groupe dédié aux entrepreneurs qui sont passés par BGE PaRIF. Les interactions sont riches et des collaborations naissent ainsi.

Comment faire face aux freins ?

L’enjeu est de les lever un par un !
D’abord le frein de ne pas oser s’imaginer entrepreneur. C’est vrai qu’il peut paraitre plus confortable d’être salarié. Pour lever ce frein, il faut tout d’abord sensibiliser les publics au fait qu’on ne naît pas entrepreneur, mais que l’on peut le devenir. Ensuite, il faut prendre le temps d’expliquer à ceux qui ont envie de créer leur activité qu’on peut les aider à définir leur concept, leur transférer outils et méthodes pour qu’ils puissent étudier la faisabilité de leur projet. Le parcours d’appui régional Entreprendre#Leader récemment initié par la Région Île-de-France répond à ce besoin d’accompagnement qu’ont ces franciliens qui veulent créer leur propre activité.

Puis il s’agit de lever tous les autres freins :
La peur de recourir à l’emprunt : pour oser emprunter, il faut être persuadé que son modèle économique est pertinent, que l’activité va générer du bénéfice et donc que l’on pourra aisément rembourser les sommes empruntées. Pour ce faire, il est donc indispensable d’étudier son projet sérieusement et de façon exhaustive avant de se lancer.
Comment trouver des partenaires financiers : en faisant appel à des partenaires spécialisés dans le financement de la création d’entreprise (micro-crédit, fonds territoriaux, banques, financements participatifs, etc.) et en réussissant à les convaincre de nous suivre dans le projet entrepreneurial. Pour cela, il faut un business plan solide établi sur la base d’une étude de faisabilité sérieuse et également savoir pitcher efficacement son projet pour convaincre. Il faut ensuite tester son activité en grandeur réelle (à travers une Couveuse Lab) pour vérifier l’existence de son marché, sa capacité à trouver des clients et à contractualiser, à dégager un bénéfice, mais également à s’épanouir dans cette activité et à fonctionner de façon autonome en maitrisant toutes les tâches.
Être sûr d’être à la hauteur : le dirigeant doit compter sur lui-même s’il crée seul et sans associé. Il devra donc vérifier en amont qu’il possède toutes les compétences et les aptitudes nécessaires pour diriger une entreprise. Se faire aider en amont de la création est indispensable et un bilan de compétences entrepreneuriales permet de travailler en profondeur ces aspects.
La peur de perdre sa maison : pour éviter de mettre en danger son patrimoine, il faudra évaluer le risque et choisir la forme juridique la plus adaptée à son projet. Pour ce faire, des professionnels comme BGE PaRIF sont à la disposition des créateurs pour travailler ces sujets, mettre tous les éléments à plat et évaluer les risques en détail pour aider le créateur à faire un choix raisonné et maîtrisé.

« entreprendre autrement. »

L’imaginaire est-il en train d’évoluer ?

Oui, l’imaginaire des créateurs évolue fortement. De plus en plus rapidement et de façon remarquable !
Ces dernières années, de plus en plus de projets responsables, éthiques, équitables, solidaires et innovants voient le jour pour répondre aux défis de notre société et inventer le monde de demain, différemment.
Des projets ESS (économie sociale et solidaire), d’innovation sociale, d’économie circulaire voient le jour :  nombre de créateurs ont décidé d’inventer des activités originales et utiles de façon durable, souvent participatives et sans nuire aux ressources limitées de notre planète.
Leur credo : entreprendre autrement. Que ce soit dans le tourisme solidaire, la transformation de nos déchets en matière noble, le commerce équitable ou la récupération des invendus pour les distribuer à ceux qui en ont besoin, par exemple.

Tous ces projets doivent trouver un modèle économique pérenne et certains mettent en œuvre des modèles novateurs pour répondre à des enjeux majeurs (en termes de consommation responsable, de solidarité, écologiques, etc.).
Ces entrepreneurs l’imaginent et le mettent en œuvre.

 

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