François-Xavier Bellamy : « Renoncer à choisir est un grand risque »

François-Xavier Bellamy : « Renoncer à choisir est un grand risque »

Rares sont les protagonistes sur la scène publique. François-Xavier en est délibérément un.  Il porte un combat courageux et affirmé sur l’éducation. Un enjeu transcendant clivages et approches idéologisantes.

Fort de son expérience de Professeur, dans le secondaire puis en classes préparatoires, il apporte son regard aiguisé et son analyse sur une société qui s’affirme assoiffée par le progrès tout en étant à la recherche de repères.

 Ces derniers sont bien présents dans l’univers de François-Xavier Bellamy où autrui a pleinement sa place. Régulièrement, il rassemble le grand public lors des Soirées de la philo. Une discipline qu’il refuse de laisser à un entre-soi. Avec un sens du service public, avec un sens de l’engagement, il s’implique dans l’équipe municipale de Versailles en faveur des jeunes à l’image de JVersailles, du Mois pour l’Emploi ou encore des Vendredis du Rock.

Figure syncrétique, François-Xavier Bellamy incarne cette alliance de la réflexion et ce vif intérêt pour le terrain. Il n’est nullement dupe de l’univers politicien et de ce qui s’y joue.  C’est une personne à part tant elle est restée droite sur les choix posées et les valeurs portées. Rencontre dans son bureau à la Mairie de Versailles pour La Saga des Audacieux.

 

Mathilde Aubinaud : Quel regard portez-vous sur l’audace ?

François-Xavier Bellamy : J’ai toujours été frappé par cette phrase de Jean-Jacques Rousseau qui dit que l’ignorance, c’est « ne mesurer le possible que sur l’existant ». L’audace, c’est l’inverse : c’est parier que le possible a plus d’ampleur que l’existant. L’audace ne considère pas que l’état des lieux détermine le champ du possible. Elle sait que le possible est en soi ce qu’il faut créer.

 

L’audace a-t-elle sa place face aux normes qui sont légion dans notre société?

« Il faut être capable de s’engager dans des aventures qui mettent quelque chose en jeu de notre propre existence. »

Les normes ont un aspect positif. Nous sommes très heureux de vivre dans des cadres sûrs et protecteurs. Nous sommes heureux de ne pas être en danger dans les actes les plus simples de la vie de tous les jours. Pourtant,  il ne faut pas que les normes étouffent la capacité de prendre des risques – non pas de les subir, mais de les accepter quand ils découlent d’un choix lucide, pour un but qui en vaut la peine. Les normes qui existent doivent nous éviter de subir des risques sans le savoir, et malgré nous. Mais il faut parfois les accepter consciemment, et être capable de s’engager dans des aventures qui mettent en jeu quelque chose de notre propre existence.

Les liens sont, dès lors, très étroits avec la prise de risque…

« Il n’y a pas d’audace sans risque. »

Il n’y a pas d’audace sans risque… Tout audacieux accepte de risquer quelque chose dans les choix qu’il fait.

 Quels ont été vos gestes, vos prises de parole, vos choix que vous définissez comme audacieux ?

J’ai l’impression que si j’ai été audacieux, je ne m’en rendais pas compte sur le moment. Le vrai audacieux n’agit pas par audace, de la même façon que l’homme vraiment vertueux, pour Emmanuel Kant, est celui qui n’agit pas pour se sentir vertueux. Il agit seulement parce que son but est de faire le bien.

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@Sipa Press

Le vrai audacieux a des projets et ne se rend pas forcément compte de l’audace qu’ils représentent. On m’a parfois dit que j’avais été très audacieux quand j’ai accepté de m’engager en politique, ou quand je me suis lancé dans l’aventure de publier un livre ; mais ce n’est pas ce que j’éprouvais.

« On vit dans une société où il y a un manque terrible d’audace intellectuelle. »

L’audace est-ce également penser jusqu’au bout, penser avec ses convictions ?

Nous vivons dans une société qui est inhibée par un manque terrible d’audace intellectuelle. Il y a une grande difficulté à se libérer du poids des conventions habituelles, des discours obligatoires, des figures imposées, d’un mécanisme d’autocensure et de fermeture aux autres qui appauvrit profondément le débat d’idées.

Se libérer de l’agenda médiatique aussi…

Des certitudes installées par les canons médiatiques, en effet… C’est vraiment dommage quand cela nous empêche de réfléchir honnêtement, lucidement. Cette liberté intérieure est la seule chose qui compte. Je ne pense pas que l’audace, en tant que telle, soit un but.

Je trouve inintéressant l’exercice de la provocation permanente qui a pour seule préoccupation le fait de sortir de la norme. Ce qui compte, c’est de chercher à avoir une pensée et une parole justes, même lorsque cela nous conduit à nous affranchir de certains chemins tout tracés dans le débat intellectuel.

En refusant toute forme de nihilisme ?

Bien sûr… Encore une fois, la liberté dans la parole publique ne peut pas être un but en soi, un narcissisme vide. Aucune pensée juste ne peut se trouver dans une pensée autosatisfaite, qu’elle soit consensuelle ou provocatrice. L’audace n’a pas pour but l’audace.

Le champ du politique, avec sa violence, n’invite-t-il pas au défi de se retrouver et d’être soi-même ?

« Il faut être fidèle à l’exigence de lucidité, de liberté, de vérité. »

L’audace est nécessaire pour ne pas se laisser dissoudre dans ce conformisme. Il faut être fidèle à l’exigence de lucidité, de liberté, de vérité. En ce sens, la politique implique certainement d’être audacieux. Réussir en politique n’est pas très difficile ; mais parvenir à avancer pour mieux servir, tout en restant vraiment soi-même, voilà qui implique du courage.

Un livre qui vous a bousculé et invité à penser autrement ?

Cyrano de Bergerac que j’ai découvert avec passion au collège, et que j’ai joué lycéen… Puis Le Journal d’un curé de campagne, qui m’a beaucoup marqué pendant mes années d’étudiant.

Les Soirées de la Philo reprennent bientôt…

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La première soirée aura lieu le lundi 2 octobre au Théâtre Saint-Georges. Nous tenterons de répondre à cette belle question : « Est-il raisonnable de chercher une vérité ? »

« Le grand risque est de renoncer à choisir. »

Le mot de la fin ?

Je suis très frappé, comme enseignant, en accompagnant des élèves, de voir à quel point il est difficile de faire des choix. Aujourd’hui, nous avons beaucoup plus de choix qu’auparavant. Il y a encore un siècle, les vies étaient déjà saisies dans bien des déterminations.

A présent, nous vivons dans une société d’indétermination absolue. C’est une chance, mais aussi un danger : le grand risque est de renoncer à choisir, de ne jamais franchir un seuil par peur de se fermer des portes. C’est se laisser alors aller à des vies figées, uniformes, indistinctes, se laisser écraser par le poids du regard social.

« A quoi sert-il d’avoir le choix si ce n’est pas pour faire un choix ? »

Si l’audace est nécessaire c’est certainement pour y remédier. La vie est marquée par la mort. Elle est finie et limitée. Avec acharnement, nous fuyons l’idée de la mort, qui est pourtant la condition pour que comprendre combien il est nécessaire de vivre pleinement cette vie, dès aujourd’hui.

A quoi sert-il d’avoir le choix si ce n’est pas pour faire un choix ? L’audace, c’est peut-être de renoncer à une liberté consumériste qui veut toujours avoir le choix, pour s’engager dans une voie, se risquer dans une voie qui puisse nous ressembler, et ainsi commencer à vivre vraiment.

Propos recueillis par Mathilde Aubinaud

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