Laurence Kerjean: « Il Est Important De Faire Ce En Quoi On Croit »

Laurence Kerjean: « Il Est Important De Faire Ce En Quoi On Croit »

Avec enthousiasme et énergie, Laurence Kerjean est une entrepreneuse engagée! Elle a fondé lefrigojaune. Rencontre pour La Saga des Audacieux. 

Mathilde Aubinaud :  Comment est née l’idée du frigojaune? 
Laurence Kerjean : lefrigojaune est un pivot de notre précédent projet, meetzechef (www.meetzechef.com). Ce premier projet lancé pendant mon dernier congé maternité visait déjà à réduire le gaspillage alimentaire entre particuliers via une plateforme de mise en relation, mais au bout de quelques mois de fonctionnement, nous nous sommes vite rendu compte avec mes associés que le modèle économique ne nous permettrait pas de pérenniser l’action.

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Laurence Kerjean, fondatrice du frigojaune

De l’impact au quotidien

Alors nous avons profité du hackathon WINOV16, organisé par Orange et ses partenaires en novembre 2016, pour trouver un nouveau modèle qui nous permettrait de pérenniser notre action anti-gaspillage et avoir plus d’impact au quotidien. A la fin de ces 48h intenses, l’équipe a compris que la récente modification de la loi Grenelle II, ouvrait une voie pour proposer un service en B2B aux entreprises.
C’est comme ça qu’est né lefrigojaune.

-En quoi cela consiste-t-il? 

lefrigojaune propose une solution clefs en main aux entreprises pour lutter contre le gaspillage alimentaire dans le cadre de la nouvelle réglementation RSE.
C’est une solution F.a.a.S – pour Fridge as a Service- ce qui est un clin d’œil aux services informatiques offerts sous forme d’abonnement puisque nous sommes une solution qui fonctionne aussi par abonnement mensuel.

Au quotidien, voilà comment cela se passe :

  1. A la fin du service, le prestataire de restauration emballe les invendus dans des doggy bags qu’il dépose dans le frigojaune
  2.  Il enregistre son dépôt dans l’application qui envoie un push notification à tous les employés
  3. Au moment de partir chaque employé se sert gratuitement dans le frigo pour son usage personnel ou pour donner à quelqu’un qui a faim.

-Pourquoi avez-vous tenu à vous engager? 

« J’ai décidé de changer de carrière pour me lancer dans cette aventure de techforgood. »

Une conjonction de facteurs en fait. J’ai toujours été concernée par le problème du gaspillage alimentaire mais désormais maman de 3 enfants et à presque 40 ans, cela est devenu pratiquement une évidence que de faire quelque chose qui ait plus de sens. Un événement familial très douloureux m’a aussi fait prendre conscience qu’il était important de faire ce en quoi on croit, alors avec l’appui de mon mari, j’ai décidé de changer de carrière pour me lancer dans cette aventure de techforgood.

Viviane De Beaufort – ESSEC, Sandrine Garcia – Sandra, My Green Coach, Laurence Kerjean – MeetZeChef et Le Frigo Jaune & Edwige Tuarze – Éléa & Cybèle lors de la Journée de la Femme Digitale JFD17

Einstein disait  « la logique vous conduira d’un point A à un point B, l’imagination et l’audace vous conduiront où vous voudrez« 

– Quel est votre regard sur l’audace? 
Seule elle ne suffit pas, mais sans elle rien n’est possible.
Cf. Einstein qui disait  « la logique vous conduira d’un point A à un point B, l’imagination et l’audace vous conduiront où vous voudrez« .

-De quelle manière la prise de conscience des entreprises évolue-t-elle? 

« Une entreprise ne peut plus se contenter de gérer son business sans prendre position sur des sujets de société. »

Comme toute question non directement liée à leurs intérêts économiques, les entreprises ne prennent position sur les questions de société et d’environnement que pour des raisons d’image et d’obligation légale.
Mais le réveil progressif de la population civile, sa prise de conscience bien plus avancée que celle des entreprises, et les demandes répétées des consommateurs sur des questions de conservation de l’environnement et de développement durable, couplés à des initiatives internationales comme la COP21, commencent à avoir un impact sur les entreprises.

Désormais pour fidéliser un consommateur, et pour attirer les plus jeunes, une entreprise ne peut plus se contenter de gérer son business sans prendre position sur des sujets de société, et cela implique évidemment des choix tout au long de leurs chaînes de valeur.
Il se trouve que le gaspillage alimentaire rentre dans ces nouvelles catégories de préoccupation pour les entreprises, et surtout pour leurs consommateurs,  donc notre solution F.a.a.S s’intègre parfaitement dans leur ‘nouvelle’ prise de conscience 😊

-L’entreprise doit aussi porter des combats de société? 

Si l’on considère que l’entreprise appartient à la société alors oui, il est aussi de sa responsabilité de porter des combats de société, afin d’avancer dans l’intérêt de tous.
Une entreprise qui ne porterait pas de combats ne peut pas espérer prospérer aujourd’hui dans un monde en relative perte de sens, de repères et de valeurs ; les seules valeurs portées par une entreprise ne peuvent pas se résumer à des valeurs marchandes et commerciales.

-De quelle manière les collaborateurs sont-ils impliqués? 

En amont tout d’abord puisque dans la plupart des cas lorsqu’un prospect/une entreprise nous contacte c’est par le biais d’un collaborateur qui a entendu parler du frigojaune et qui l’a proposé.
Puis au moment de valider la solution F.a.a.S en interne les collaborateurs sont amenés à se prononcer par le biais de leur Comité d’Entreprise.
Enfin une fois le service installé dans leur entreprise chaque collaborateur a un rôle à jouer en s’assurant que lefrigojaune est bien vidé chaque jour, soit pour leur usage personnel soit pour donner à quelqu’un qui en a besoin,/ qui a faim.

-Comment lefrigojaune apporte un nouveau regard sur le lien social? 

Avec l’installation du F.a.a.S, les entreprises ne se limitent pas seulement à une déclaration d’intention pour leur rapport R.S.E mais s’engagent dans un projet à impact positif immédiat :
– en permettant à leurs collaborateurs de s’engager au quotidien en réduisant l’impact écologique du gaspillage alimentaire et en aidant des personnes dans le besoin
– en agissant concrètement dans le cadre des engagements pris lors de la COP21 pour réduire l’impact sur l’environnement
– en offrant un projet global à leurs collaborateurs
– en s’inscrivant aussi dans une nouveau modèle économique : l’économie circulaire, réel vecteur de lien social

-Votre prochain combat? 
Continuer à faire de la lutte contre le gaspillage une priorité pour les entreprises au global et les entreprises de la restauration collective en particulier, car derrière de belles idées et de jolies campagnes de communication, il est urgent de faire quelque chose pour mettre à fin à la dichotomie aberrante de ces 2 chiffres :

4 millions de personnes ne mangent pas à leur faim tous les jours en France
On jette 1/3 de la production alimentaire/an ce qui équivaut à des pertes de 12 à 20 Milliards €/an

Propos recueillis par Mathilde Aubinaud

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