Sarah Daninthe « A 16 ans je voulais être médaillée olympique et je l’ai été à mes 24 ans. »

Sarah Daninthe « A 16 ans je voulais être médaillée olympique et je l’ai été à mes 24 ans. »

 

Escrimeuse, médaillée olympique, double championne du monde par équipe, Sarah Daninthe est une femme engagée et tournée vers les autres qui croit en l’audace. Elle la vit et la porte. Interview pour La Saga des Audacieux.

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Mathilde Aubinaud : Quel est votre regard sur l’audace ?

 

« Dans le sport, à un certain niveau, l’audace est de mise. »

Sarah Daninthe : L’audace ! L’audace est un élément important dans le sport, mais aussi dans la vie d’une manière générale. Sans audace, il est inconcevable qu’un athlète devienne champion olympique.
L’audace, c’est quand tout te semble inaccessible, fermé, que tout est mis en place pour te décourager, te stopper et que tu sors du cadre, avec une solution innovante pour aller jusqu’au bout. Dans le sport, à un certain niveau, l’audace est de mise.


En quoi avez-vous été audacieuse ?

Pour la sélection des Jeux Olympiques d’Athènes, nous étions en finale sur les chinoises et étions menées de plus de 15 touches. J’avais quasi zéro chance de nous remettre dans la course, sur la championne du monde.

Nous étions au pied du mur, alors j’ai joué le tout pour le tout. J’ai choisi la solution qui avait le moins de chance de réussir. Je suis sorti du cadre en appliquant une stratégie inverse à mon jeu habituel. Sur le papier, la solution n’était pas gagnante. J’ai pris cette responsabilité sans pour autant être inconsciente mais plutôt parce que je sentais la situation, j’étais dedans, je croyais en moi et j’ai suivi mon intuition. Au début cela ne fonctionnait pas, d’ailleurs la chinoise en rigolait.

Mais je suis allée jusqu’au bout de ma démarche en proposant une solution totalement différente de celle que tout le monde attendait et le pire est que je ne savais pas que j’étais capable de pratiquer cette escrime surtout lors d’un grand événement comme celui-ci. Et ça a marché.

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Votre état d’esprit en entrant sur la piste ?

« Si tu n’as pas les crocs, ça ne marchera pas. »

Beaucoup de personnes ne le voient pas comme tel, mais l’escrime est un sport de combat. Quand tu rentres sur la piste, c’est pour exploser l’autre. Si tu n’as pas les crocs, ça ne marchera pas. Tu peux avoir peur et dans ce cas, tu dois rester concentrer sur tes basics. Penser à ce qui marche, penser à tes fondamentaux et les appliquer, petit à petit tu te retrouveras, te délivreras et tu pourras mieux t’exprimer.

Mais une chose est sûre, quand on monte sur la piste, c’est pour le combat ; il n’y pas d’amitié à ce moment précis.

 

Qu’est-ce  qui vous invite à vous dépasser ?
Pour le sport, c’est le jeu. Le jeu d’amener l’autre dans mon piège. Le jeu de se dépasser. À partir du moment  on pense au jeu et non à l’enjeu, tout va bien !

Dans la vraie vie, l’idée de pouvoir rétablir l’ordre et de donner aux autres, que ce soit en partage de compétences, donner du temps etc.

« A 16 ans je voulais être médaillée olympique entre mes 20 et 28 ans (3 JO) et je l’ai été à mes 24 ans. »

Petite, est-ce que vous vous êtes dit « Je serai médaillée Olympique »? 

Avant l’escrime, je pratiquais la danse…contre mon gré. Tous les mercredis, mon frère m’amenait à mon cours de danse. une fois ma prof a été malade. J’ai découvert l’escrime, y ai pris goût et ai continué à y aller, avec mon frère sans que notre mère ne soit au courant ; jusqu’au jour où..

Petite, mes frères pratiquaient l’escrime avec Laura Flessel. J’aimais les voir crier comme des guerriers. Je savais que je voulais moi aussi, être une guerrière.

Je n’étais pas terrible à mes débuts. Puis j’ai travaillé et progressé, les années suivantes. J’ai commencé à performer et ai commencé à voyager grâce à l’escrime. J’ai eu envie de plus, de découvrir le monde. J’ai travaillé plus. J’ai performé au niveau international dès mes premières coupes du monde.

En Août 1996, Laura Flessel, qui m’avait quasi changé les couches, devient championne olympique. Là, j’ai su que j’allais être moi aussi, médaillée olympique, c’est ce que je voulais. Ce n’est pas prétentieux c’était un vrai sentiment. Se rendre compte, qu’une personne qu’on connait en est capable, ouvre les portes. Le monde devient accessible ! Donc à 10 ans je voulais être championne de France dans ma catégorie, j’ai fini 3ème dans la catégorie supérieure, à 16 je voulais être médaillée olympique entre mes 20 et 28 ans (3 JO) et je l’ai été à mes 24 ans.
Une personne que vous admirez? 
Petite, j’admirais beaucoup Tina Turner, pour son combat, malgré les choix de vie qu’elle a fait. Aussi Malcolm K. Little Junior, parce-que Malcolm X.
Mais en fait, la personne que j’admire le plus au monde, en réalité, avec l’expérience de la vie, est ma mère.

Ma mère est une impressionnante femme. Elle vient d’une famille modeste, a manqué de nourriture, a quasi élevé ses  frères et soeurs pendant que leur mère travaillait et leur père était aux champs. Elle s’est investie dans ses études car elle pensait que c’était la solution pour s’en sortir. Elle a énormément bossé. Elle a pu être diplômée et sortir Majore nationale de sa promo, à l’école normale. Elle a été prof et a continué d’aider sa famille, au sens large : cousins, tantes, etc. Elle a enseigné dans un collège non loin d’une zone de revente de drogue et autres produits. Elle s’est mise en danger pour faire sortir ses élèves des mauvais circuits et leur offrir un autre avenir que celui de « s’abandonner ». Même quand les conseils de classes voulaient faire redoubler ou virer des élèves, elle se battait pour eux ; avec bien sûr le contrat avec l’élève qu’il bossera vraiment en cours.

Elle a voulu passer proviseur, elle s’est remise dans les bouquins et est sortie, encore une fois, Majore, de sa promo, au niveau national.
Des dizaines d’années après, je croise encore ses élèves, qui la remercie de s’être battue pour eux. Elle est partie d’Anse Bertrand, petite ville pauvre à l’époque, pour finir sa carrière en tant que Principale d’un collège de renom en région parisienne.

Aujourd’hui, elle est confrontée à la maladie et là encore, elle se bat avec toutes ses armes, car elle ne baisse jamais les bras. Notre mère nous a élevé, éduqué, inculqué des principes, appris à aider, aimer les autres. Alors, oui, ma mère est de loin la personne la plus inspirante au monde à mes yeux.

“I will not let anyone walk through my mind with their dirty feet ». Mahatma Gandhi


La phrase qui vous inspire ?

1/J’en ai 4 dans mon appart et sur mon smartphone. Elles restent à mes côtés.
« The only limit to your impact is your imagination and commitment« . Tony Robbins
« Le meilleur moyen de prévoir le futur, c’est de l’inventer ! » Peter Drucker
« I will not let anyone walk through my mind with their dirty feet ». Mahatma Gandhi
« Even if I knew that tomorrow the world would go to pieces, I would still plant my apple tree ». Martin Luther King

2/ Ayant perdu mon père il y a deux mois, une de ses phrases me revient souvent :  ouvre-toi au monde et n’oublie jamais que rien ne peut t’arrêter si tu te donnes les moyens.

Sarah Daninthe


Votre prochain combat ?

Je suis engagée dans plusieurs causes effectivement : la mixité (femmes CEO, femmes dans le numérique), les enfants malades..
Le second combat, qui était le premier il y a quelques mois, est de combattre la malbouffe, surtout le sucre. Pour faire simple, les familles qui détiennent les trois quarts de l’économie antillaise, rajoutent un fort pourcentage de sucre dans certains produits comme les yaourts par exemple. Je veux changer la donne !
Aujourd’hui, mon premier combat est d’accompagner ma mère. Nous ne la remercierons jamais assez pour tout ce qu’elle nous a apporté. Jamais assez !

Que peut-on vous souhaiter pour 2017 ?
De continuer de rencontrer et de croiser des personnes de tout horizon, échanger avec eux, apprendre d’eux et se mettre en marche, ensemble, pour faire avancer les mentalités sur les sujets : obésité, la représentation des femmes dans les conseils d’administration, la représentation de la femme dans les publicités, dans le sport, la banalisation du viol et des agressions d’une manière générale, le respect de chacun quelque soit sa couleur de peau et sa religion, etc.

Et surtout de garder les pieds sur Terre pour en profiter, car la vie est belle mais peut être tellement courte.

Propos recueillis par Mathilde Aubinaud

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