Bruno Dondero « Twitter pour ouvrir la porte de l’université »

Bruno Dondero  « Twitter pour ouvrir la porte de l’université »

A l’ère du digital, la transmission du savoir évolue et est repensée. Les réseaux sociaux sont aussi un levier pour la pédagogie. Bruno Dondero, Professeur à l’Ecole de droit de la Sorbonne (Université Paris 1) et directeur du Centre audiovisuel d’études juridiques des Universités de Paris l’a compris et innove en diffusant son cours autrement. Twitter et Facebook sont ses alliés. Il diffuse, en effet, son cours sur Facebook live. Rencontre pour La Saga des Audacieux.

 

Mathilde Aubinaud : Quel regard portez-vous sur l’audace?

Bruno Dondero : L’audace consiste à avoir envie de faire des choses courageuses et inattendues qui sortent de la norme.

 Dans quelle mesure les réseaux sociaux jouent-ils un rôle dans l’enseignement aujourd’hui?

Il faut regarder si les nouvelles technologies changent les choses. Twitter permet de communiquer de manière très rapide et publique.

Vous avez recours à Twitter. Quel usage en faites-vous?

Avant le cours, je tweete pour dire de quoi on va parler. Et  pendant le cours, je vois passer des observations, des questions pointues. Je les regarde tout en faisant mon cours.

Dès lors, le réseau social offre un  retour direct…

C’est comme si je faisais cours avec les étudiants qui commentaient en direct, ou mieux, comme si je pouvais lire dans leurs esprits ! Ainsi, je fais cours en sachant ce que pensent les étudiants. Ils me donnent des éléments d’appréciation. Un autre aspect de l’utilisation de Twitter est le côté public : en diffusant des informations sur mon cours, cela élargit la cible et permet d’ouvrir la porte de l’amphithéâtre au public.

Quels sont les points saillants de votre parcours?

Je me suis inscrit en droit, comme beaucoup, sans savoir véritablement ce que j’allais  trouver dans ces études. Puis, progressivement, j’ai eu de plus en plus d’intérêt pour cette matière, au point que j’ai commencé une thèse en droit. J’ai aussi passé l’examen d’avocat. J’ai un temps hésité entre l’Université et le Barreau, mais j’ai abouti en définitive à  un compromis : tout en menant ma carrière d’enseignant-chercheur, j’ai l’occasion de  travailler avec des avocats comme consultant et comme formateur.

« Le droit joue un rôle de plus en plus important »

Quelle place occupe le droit dans la société ?

Il joue un rôle de plus en plus important. Cela tient à différents phénomènes. Le droit permet d’encadrer et nous sommes  dans une société qui a besoin de règles.  Il y a davantage de droit aussi car il y a plus d’activités, du moins des activités plus diversifiées. Les nouvelles technologies, particulièrement, contribuent à cette diversification des activités. Cela appelle des réglementations particulières.

Quelles sont les questions qui demeurent?

En droit, il y a des milliers de questions passionnantes. Je peux en évoquer quelques-unes. Par exemple, en droit des contrats, on peut se demander dans quelle mesure un contrat qui devient trop onéreux à exécuter pour une partie, pour une raison imprévisible, peut être renégocié. Plus précisément, la partie qui subit l’onérosité excessive a-t-elle un droit à la renégociation de son contrat ?  En droit des sociétés, il y a également beaucoup de sujets intéressants. Par exemple, si l’on nous dit qu’une société est une personne juridique, une personne morale, jusqu’où va l’assimilation aux personnes humaines ? La jurisprudence nous dit ainsi qu’une société peut subir un préjudice moral, mais on est plus hésitant sur le droit à la vie privée des personnes morales. Parmi les autres sujets passionnants du moment, on peut évoquer la  blockchain, un système de stockage de données qui fait que les données insérées dans ce système ne sont plus falsifiables.

Les enjeux de l’uberisation

 Percevez-vous un changement chez les élèves?

Non, il me semble qu’il  y a assez peu d’évolution chez les étudiants en droit. Je trouve cependant que beaucoup d’étudiants entrent dans le système avec des idées  arrêtées, voire figées, sur leur future activité. Or, c’est important qu’ils se demandent s’ils vont continuer à travailler de la même manière que les professionnels qui sont déjà en activité. Les étudiants devraient, dès leurs études, réfléchir à la manière dont les métiers du droit vont évoluer face aux enjeux de l’uberisation. On sait que des pans entiers d’activité, voire  des métiers, même,  disparaissent tels qu’ils étaient exercés.

Même si les progrès sont légion, est-ce l’humain qui persiste au cœur du système?

« Les machines ne remplacent pas les relations humaines. »

L’humain reste important, ne serait-ce que pour la compétence et la négociation. Avec le droit, on est avant tout dans des relations humaines. Les machines ne remplacent pas les relations humaines. Lorsque vous risquez 20 ans de prison, vous n’envoyez pas un robot plaider pour vous aux Assises. Au contraire, à l’autre bout du spectre, ce que l’on applique uniformément, mécaniquement, la rédaction de certains contrats types, par exemple, peut passer par des process plus automatiques. Il y a sûrement moyen de simplifier les choses, et de consacrer le temps ainsi libéré à d’autres activité.

– Avec la Loi du travail, il a été beaucoup question du bureau de conciliation…

Il s’agit d’essayer de discuter. En droit du travail, on sait que cela sert très peu en pratique, et contribue surtout à allonger les délais pour obtenir un premier jugement. L’adage : « Mieux vaut un mauvais arrangement qu’un bon procès » se vérifie particulièrement ici. De manière générale, dès lors qu’on ne maîtrise  ni la durée ni le coût du procès,mieux vaut autant que possible rester dans une relation où l’on sait ce que l’on donne et sans aléas. Bien entendu, il y  a des cas où l’on ne trouvera pas d’accord, quoiqu’il arrive, et où l’intervention des juges ou des arbitres sera irremplaçable.

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“Apprendre à raisonner”

Comment définiriez-vous votre rôle de professeur?

Le savoir aujourd’hui est là, dans les livres, sur internet. Il n’y a pas si longtemps il était dans le corps du savant, explique Michel Serres. Le rôle de l’enseignant était davantage centré sur la transmission de la connaissance. Aujourd’hui, en réalité, mon rôle consiste davantage à apprendre des compétences aux élèves pour se débrouiller, pour aller chercher eux-mêmes le savoir. Leur apprendre à raisonner pour à la fois les former et les faire réfléchir, en somme.

Propos recueillis par Mathilde Aubinaud

 

 

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