Nathalie Helal ou l’art de raconter la cuisine

Rencontre pour La Saga des Audacieux avec la journaliste Nathalie Helal. En radio ou dans la presse écrite, elle nous partage sa passion de la cuisine avec bienveillance et générosité. Interview. 

« L’audace, dans une société très consensuelle, ça peut être simplement de dire les choses, sans filtre, sur des réseaux sociaux par exemple, sans calculer si ça le fait ou pas »

Mathilde Aubinaud : Comment appréhendez-vous l’audace? 

Nathalie Helal : Je ne sais pas si je suis audacieuse mais je crois que j’ai du culot, et je l’assume ! Je ne suis pas « lisse », j’ai un certain franc-parler et un naturel qui peut beaucoup plaire ou au contraire déranger, à l’oral comme à l’écrit. Mais je revendique ce naturel et mon caractère très entier ! En revanche, la provoc gratuite, sans cause à défendre, ne m’intéresse pas. Oui, l’audace, dans une société très consensuelle, ça peut être simplement de dire les choses, sans filtre, sur des réseaux sociaux par exemple, sans calculer si ça le fait ou pas. L’audace, pour paraphraser la citation bien connue sur l’argent, est un bon serviteur, mais un mauvais maître. Se servir de son audace, oui, mais être dominée par elle, non. Pas en ce qui me concerne.

La cuisine, ça raconte aussi la société, son évolution, ses tendances.

-Vous avez beaucoup écrit sur la cuisine, pourquoi?

D’abord, je m’intéresse à la cuisine depuis mon tout jeune âge. Parmi mes lectures enfantines, il y avait celles de gros Larousse ménagers illustrés des années 30, ou celle de « L’Art culinaire français », un livre magnifique des années 50, avec des photos de plats ou de desserts issus du patrimoine gastronomique français. Ca me fascinait, je ne sais pas pourquoi ! Du coup, je me suis familiarisée très tôt avec le jargon de la cuisine, avec son histoire aussi. La raison pour laquelle je ne me lasse pas de « parler » cuisine ou « d’écrire » cuisine, jour après jour, est qu’il existe un grand nombre de passerelles avec d’autres domaines, à commencer par l’histoire. Comment parler d’un ingrédient si on n’est pas capable de dire d’où il vient, comment il est parvenu jusqu’à nous ? Et puis, la cuisine, ça raconte aussi la société, son évolution, ses tendances. La cuisine, comme disait le grand et regretté chef Alain Chapel, c’est bien plus que des recettes !

-En quoi cet univers est-il singulier? 

Parce qu’il touche à notre quotidien, le plus ordinaire, dans le sens où manger est une nécessité vitale,  et en même temps, à une dimension parfois inaccessible, quand des chefs à l’autre bout du monde ou à seulement quelques pâtés de maison réalisent des créations extraordinaires, de véritables œuvres d’art. Des coquillettes au caviar, le gap est rude ! Pourtant, l’un comme l’autre sont comestibles, et peuvent être ennoblis ou carrément dénaturés. C’est ça qui est fascinant : le pouvoir de la transformation par la main de l’homme sur le produit. Un vrai talent d’alchimiste !

Un éternel recommencement

-Quelles sont les tendances qui émergent ?

Je ne sais pas si on peut parler d’émergence, mais il y a bien quelques influences très visibles qui, si elles ne touchent pas encore la grande majorité des consommateurs, débarquent en tout cas dans certains rayons : par exemple, les aliments fermentés, issus de la tendance vegan bien sûr, mais qui racontent aussi l’importance que prennent aujourd’hui les pays du Sud-est Asiatique (Japon et Corée), dans les nouvelles tendances alimentaires. Quelles seront les tendances de demain ? Un éternel recommencement, probablement, car les aliments fermentés, pour reparler d’eux, ne datent pas d’hier !

-Quels sont les points saillants de votre parcours? 

La ténacité, la volonté, la capacité de travail. Bien plus que des études (les miennes ont été courtes, même si j’ai décroché le bac très jeune, à 16 ans), ce qui a compté et compte encore plus que tout dans mon parcours, c’est la curiosité et l’envie d’apprendre, dans les livres surtout. Je me sens totalement démunie si je suis privée de livres ! Livres d’histoire, biographies, romans, livres d’art, et livres de cuisine évidemment. J’en possède une belle collection qui me sert au quotidien pour préparer mes émissions, mes papiers ou mes propres livres.

Photo Nathalie

-Quelle est la plus grande audace culinaire que vous ayez goûtée? 

Celle que je goûterai demain ou après-demain !

-Vous travaillez pour la presse écrite et la radio : en quoi sont-elles complémentaires?

J’ai commencé par la presse écrite, il y a plus de 20 ans. J’ai enchaîné avec l’édition, où j’ai publié à ce jour une trentaine de livres. C’est grâce à mes livres que je suis arrivée à la radio : j’ai été repérée en venant faire leur promo sur différentes antennes, mais ça ne relève en rien du hasard : j’ai toujours souhaité faire de la radio, et su que j’en ferai. C’était pour moi un rêve à atteindre…L’écriture radio est particulière, mais il s’agit d’un exercice de style, passionnant pour quelqu’un qui a l’habitude de la presse écrite et de l’édition. La complémentarité entre presse écrite et radio vient aussi du public que l’on peut toucher avec l’une et l’autre.

-Quels sont vos projets? 

J’ai démarré il y a peu une collaboration supplémentaire en presse écrite avec le magazine ELLE. Je signe des pages cuisine, axées sur les tendances, les chefs, les ingrédients à découvrir ou à redécouvrir. Et en mars 2017 paraîtra, aux Editions du Chêne, le livre dont j’achève actuellement l’écriture, aux côtés de Laurent Petitguillaume, mon complice à la radio : il s’agit d’un ouvrage consacré aux produits, à leur histoire, à leurs différentes variétés, mais qui prétend aussi alerter les consommateurs des dangers que l’industrie fait peser sur leur alimentation. La fin d’année 2016 et 2017 seront bien remplies, par d’autres projets que je ne peux évoquer ici, par superstition autant que par prudence !

Propos recueillis par Mathilde Aubinaud

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Un commentaire sur « Nathalie Helal ou l’art de raconter la cuisine »

  1. Une journaliste que j’apprécie beaucoup pour son franc parlé. La société en a besoin et le monde culinaire particulièrement dans une période où il est bien trop soumis au diktat et au snobisme des modes et su star système .
    Merci de cet article et de cette rencontre Mathilde!

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