Viviane de Beaufort « Qu’est-ce que je risque sinon de réussir? »

Viviane de Beaufort « Qu’est-ce que je risque sinon de réussir? »

Et si revendiquer davantage de femmes dans des Codirs ou Comex en sus des  CA était l’un des combats que nous devions porter de façon urgente ? Avec courage et conviction, Viviane de Beaufort œuvre dans ce sens. Porteuse de combats notamment pour l’Europe, la mixité et la génération Y, elle est Professeure à L’ESSEC, Co-Directrice du Centre Européen de Droit et Economie. Elle dirige les Women ESSEC Programmes. Rencontre pour La Saga des Audacieux.

Mathilde Aubinaud : De quelle manière, l’audace est-elle importante pour vous?

Il y a encore 8 ans, jamais je n’aurai parlé d’audace, d’engagement ou de combat ;  je les vivais sans les avoir identifiés comme tels. Je n’ai jamais été poussée par l’ambition personnelle, ni la quête du pouvoir ou de de l’argent. L’audace c’est pour porter une vision, une conviction.

« J’ai eu l’audace de changer de carrière et comme professeure de modifier mes trajectoires . « 

Quels sont les points saillants de votre parcours?

Mon premier engagement a été et reste l’Europe. J’ai évolué des institutions européennes vers le conseil en affaires publiques européennes et été consultante à la belle époque du projet de Marche intérieur où l’on pouvait porter l’idéal Europe. J’ai réalisé que l’engagement pour l’Europe devait passer en priorité par l’éducation et la pédagogie. Donc, j’ai changé de carrière, à la clé baisse de salaire et nécessité d’achever une thèse pour être enseignant –chercheur. L’ESSEC m’a repérée à la Sorbonne et proposée de créer les filières de droit européen en mode pionnier. J’y suis demeurée et suis professeure titulaire à présent, mais je conserve des dossiers de lobbying pro bono à porter par idéal.

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 En quoi l’ESSEC apporte-t-elle une vision de l’audace?

Cette école m’offre la liberté de faire. Elle a toujours été pionnière. Elle a ainsi développé l’apprentissage dans les Grandes Ecoles, les parcours de cours individualisés, son campus à Singapour, une filière start up, etc. C’est la première aussi à avoir accepté les prépas littéraires. On m’a laissé, à L’ESSEC, un grand espace de liberté pour mener mes projets.

« L’égalité des chances c’est l’égalité en droit et en moyens »

Vous considérez que l’engagement sur l’Egalité est « un combat ». Pourquoi?

Oui, c’est un combat et pour cet engagement, je suis devenue guerrière. J’ai un profond sens de la justice. Comme Professeure, j’ai un rôle particulier à jouer: L’égalité des chances c’est l’égalité en droit et en moyens. Nous ne sommes pas dans une société égalitaire. « On ne décrète pas des égaux, on en fabrique » (Clemenceau) alors mon rôle est aussi  d’aider les autres à être audacieux.

Justement, comment appréhendez-vous l’audace?

L’audace ? Mot magique. L’audace de dire quand on n’est pas d’accord, de poser les questions, de dire stop. et surtout l’audace de faire ! Face à un système obsolète, il faut des audacieux qui prennent le relais. Les jeunes, la GEN Y a de l’audace, celle de se dire : »Je vais partir du système. »  » Si je prends des risques, tant mieux. » Une nouvelle économie est en train de naître avec  de nouveaux moteurs. Ces jeunes doivent être soutenus:  il faut des mentors et j’en suis. Il faut créer des ponts entre les confirmées engagés  et les jeunes audacieux.

« Etre plus agile »

Selon vous, les mentalités évoluent-elles?

Oui, mais pas assez vite! On ne sait pas ce que sera demain, alors: » Vivez maintenant vos passions, vos projets, ne sacrifiez pas votre présent à un avenir dont on ne sait rien ! » « Construisez sur vos envies! » Le monde exige d’être plus agile. Prenons conscience que les parcours tracés sont terminés. Responsabilisons-nous.

Quel est, dès lors, l’impact sur l’univers de l’entreprise?

Voyez nos jeunes Talents qui font Autrement. Les jeunes demandent du sens à l’entreprise. Emerge, une version contractualisée de l’embauche et du parcours à faire avec l’entreprise et/ ou le désir de créer sa boîte. C’est leur lucidité qui leur donne de l’audace. « Qu’est-ce que je risque sinon de réussir? »

« Il y a un nouveau modèle de leadership qui émerge. »

Vers un leadership collectif

Un nouveau modèle de leadership est en train d’émerger. Un leadership  plus agile, en mode plus collectif, donc moins dans l’ego, à l’écoute de son équipe. On propose des idées, on n’impose plus. Les valeur de l’écoute,  le sens de l’intérêt collectif sont valorisés. Le leader sait  dire: « je ne sais pas faire, aidez-moi ».

Comment conjuguez-vous le leadership au féminin?

Dans ce modèle, le féminin joue un rôle important. Les valeurs « dites féminines » autrefois plutôt stéréotypes par défaut sont des moteurs pour ce qui se construit aujourd’hui et pour demain.

Pour trouver leur place, les femmes ont dû  apprendre à écouter. Ce sont donc à priori  des leaders en capacité d’écouter et se nourrir du point de vue des autres.  Nouvelles venues dans les espaces de pouvoir  (codex et codir, CA, directrices d’entreprises) Elles arrivent avec des doutes donc, leur réflexe est de s’appuyer sur les compétences. Elles travaillent les dossiers pour être ultra légitimes ce qui crée de la valeur ajoutée collective. Et puis leur rapport au conflit de pouvoir les incite à la médiation.

 

Propos recueillis par Mathilde Aubinaud

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