Rodolphe Oppenheimer « Faire que la droite et la gauche se serrent la main, c’est l’esprit d’Edgar Faure »

Rodolphe Oppenheimer « Faire que la droite et la gauche se serrent la main, c’est l’esprit d’Edgar Faure »

A l’approche de la remise du Prix de Littérature politique d’Edgar Faure, La Saga des Audacieux est partie à la rencontre de Rodolphe Oppenheimer, Psychanalyste,  petit-fils d’Edgar Faure, fondateur de l’Association éponyme.

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« A Edgar III qui portera mon épée » Rodolphe Oppenheimer, Edgar de son deuxième prénom, évoque les mots que lui dédie Edgar Faure. Les attaches sont légion entre le grand-père et le petit-fils, entre la politique et la littérature. Rodolphe Oppenheimer, à travers la biographie « Edgar Faure : secrets d’état, secrets de famille » aux éditions Ramsay et le prix de Littérature politique Edgar Faure qui, depuis 2007, récompense le meilleur ouvrage politique de l’année célèbre son grand-père.

Il met en avant les liens très étroits entre les sphères politique et littéraire. Edgar Faure se révèle être une personnalité rare à Matignon en tant que Président du Conseil à deux reprises et membre de l’Académie Française à partir de 1978. Siéger sous la  Coupole fut « sa plus grande satisfaction » explique Rodolphe Oppenheimer qui a vécu ses jeunes années avec son grand-père maternel.

Edgar Faure décide, à l’âge de 55 ans, de passer l’agrégation de droit romain.

Un parcours exceptionnel. Edgar Faure est le plus jeune avocat au barreau de Paris. Il sera député en 1946, maire, président du Conseil régional à deux reprises en Franche-Comté, sénateur, Président du conseil et Président de l’Assemblée Nationale. Celui qui a façonné la IVème et Vème République a déjà été douze fois ministre quand il décide, à l’âge de 55 ans, de passer l’agrégation de droit romain. Il majore l’épreuve. Pendant 5 ans, il enseignera le droit à Dijon.

Sa femme, Lucie Faure, alors qu’ils sont avec leur fille, réfugiés à Alger, crée  avec Robert Aron, La Nef, première revue éditée au lendemain de la Libération à Paris. Elle la dirigera jusqu’à sa mort. La revue s’est portée sur nombres de problématiques politiques et sociales. Elle mena également, brillamment, une carrière de romancière et fit partie du jury du Médicis. Elle succédera à son mari en tant que maire d’une commune du Jura, Port-Lesney.

Comment Rodolphe Oppenheimer a-t-il réussi à réunir des personnes de droite et de gauche qui se sourient ?

« Sans audace on n’arrive à rien » Parce que la vie sourit aux audacieux, Rodolphe Oppenheimer la saisit pleinement.  Il crée des liens entre les personnes. Chevalier de l’Ordre National du Mérite, Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres, il préside l’Association de L’Ordre des arts et des lettres pour réunir les représentants de la culture. Il en va de même dans l’univers politique, une vrai volonté de créer des lieux d’échange.  A la fin de la première édition du Prix Edgar Faure, le maire de Clichy-La-Garenne, s’approche de lui et l’interroge. Comment avez-vous réussi à réunir des personnes de droite et de gauche qui se sourient, s’entendent et se serrent la main ? Il répond : « C’est l’esprit de mon grand-père. » Son interlocuteur lui explique qu’il part en campagne municipale et lui propose de le rejoindre. Rodolphe Oppenheimer ne connait pas Clichy. Pourtant, il dit oui. Ils font campagne ensemble, ils gagnent. Le voici alors dans la majorité. Il restera 8 ans maire adjoint de la commune.

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« Le meilleur investissement c’est en soi pour les autres. »

Celui qui se décrit comme « jouisseur de la vie » est porté par la lecture, l’écriture, la psychanalyse, les autres, la nature, la technologie et la musique. D’ailleurs, il écrit, compose, chante. Ecouter ses compositions, c’est entrer dans un univers. « A l’aube de la quarantaine », l’une de ses chansons, toute en émotion et en justesse évoque la crise d’angoisse. «  Je crois que j’ai fixé mon angoisse sur une idée ». C’est au début de l’adolescence qu’il commence à chanter « j’avais à peine trois ou quatre notes » souligne-t-il. Une passion qu’Edgar Faure faisait aussi sienne. Il a ainsi composé des chansons, écrit des romans policiers Rodolphe Oppenheimer évoque ses souvenirs qu’il a vécus avec lui au 134 rue de Grenelle. Il déplore  le temps mis pour apposer une plaque commémorative. Des désaccords politiciens qui ont fait perdre du temps.  Le temps, qui passe, qui fuit est un enjeu véritable. « Les journaux vont à une telle vitesse » souligne-t-il. Alors, pour lui, « le meilleur investissement c’est en soi pour les autres. C’est avoir beaucoup de gestes individuels ». Par exemple, le dimanche matin, le voici qui écrit des lettres manuscrites aux personnes qui comptent pour lui. A ceux qui sont partis, il écrit des poèmes. L’écriture le porte, l’anime comme « le prolongement de la main ». Psychanalyste, il s’appuie sur plus de vingt années d’études de la psychanalyse, des thérapies comportementales et cognitives.

« Je m’inquiète des politiques qui ne lisent pas et qui n’écrivent pas. »

Déçu par la politique d’aujourd’hui. « C’est le tiercé ou le quinté ». On se demande quels sont les pronostics, qui a le moins d’affaires, qui a le plus de charisme. Pour lui, « on attend l’homme providentiel qu’on n’en laissera jamais venir. » Il serait bon, selon lui, de revenir au septennat unique.

« Je m’inquiète des politiques qui ne lisent pas et qui n’écrivent pas. » Au bout de quelques pages seulement, il décèle si les personnalités ont écrit ou non le livre qu’elles signent. Etre ministre, n’est plus une information. Il faut alors recréer une actualité comme le livre.

« Un ministre qui chante serait plus honnête qu’un ministre qui n’écrit pas son livre ».

Pourquoi ne pas chanter plutôt interroge-t-il ? « Un ministre qui chante serait plus honnête qu’un ministre qui n’écrit pas son livre ».  En revanche, ceux qui écrivent, «  se font plaisir ». Il évoque ainsi Bruno Le Maire et Dominique de Villepin, porté par leur écriture. « On reconnaît la patte de leur vie. » En politique, il y a eu de très beaux livres. Si certains ont bousculé, comme celui de l’ancienne Première Dame, cela n’a duré qu’un temps, pour le buzz. Il regrette que les politiques soient identiques. Il cite Edgar Faure : « L’immobilisme est en marche et rien ne pourra l’arrêter ». Heureusement, certains s’en détachent à l’image de Jean-Louis Borloo qui a « un côté Columbo de la politique » lance-t-il.

L’art de la convivialité

« Un événement de convivialité ». Le 24 novembre prochain aura lieu la 9ème édition du Prix Politique. « Ce n’est pas un prix élitiste » explique Rodolphe, Président de l’association Edgar Faure, qui est, chaque année, compose le jury chargé de désigner le lauréat.  L’an dernier, le jury avait récompensé Natacha Polony pour Ce pays qu’on abat, chroniques 2009-2014 publié chez Plon.  Loin d’un entre-soi, ce prix est ouvert. Le jury vote le jour-même. Les internautes sont aussi invités à s’exprimer pour un prix intitulé « Le Regard d’Edgar ». Il regroupe des politiques issus des partis démocrates et progressistes mais aussi  de la société civile, auteurs, musiciens.

« Un nouveau contrat social »

 Dépassant la logique partisane, il entend créer un parti. « Un nouveau contrat social comme l’avait imaginé mon grand-père. » Pour lui qui souhaite passer à une VIème République, on ne consulte pas assez le peuple. S’ouvrir aux citoyens, ne pas se contenter des salons feutrés. D’ailleurs, ce que Rodolphe Rodolphe Oppenheimer aimerait que l’on retienne d’Edgar Faure c’est son ouverture d’esprit. On l’accusait alors d’être une girouette. Ce à quoi il répondait habilement : « ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent ».

Le mot préféré de Rodolphe ? Il lance avec enthousiasme « Formidable ! ». Une audace véritable qui le caractérise et le porte pour célébrer son grand-père, lier les politiques d’hier et de demain. Alors comment ne pourrait-on pas dire nous aussi à propos de Rodolphe Oppenheimer que son action qui fait résonner ensemble politique et littérature est  formidable ?

 

Mathilde Aubinaud

 

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