Achraf Ben Brahim « Politisez-vous! »

Achraf Ben Brahim « Politisez-vous! »

A 21 ans, Achraf Ben Brahim, étudiant en droit et sciences politiques, entre en immersion dans dix partis politiques français. Il publie Encarté ! Rencontre avec un citoyen exigeant et sans concession qui se confronte à l’exercice politique et à sa légitimité.

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« Le monde entier est un théâtre, Et tous, hommes et femmes, n’en sont que les acteurs. », si l’on reprend la sentence de Shakespeare, la politique comme microcosme s’assimile, elle aussi, à l’art de la représentation.

 Achraf nous dévoile les tréteaux, les marionnettes et autres ficelles de ce spectacle qui se joue. L’agora comme scène de représentation, ses protagonistes s’inscrivant dans ce combat pour revendiquer défendre des convictions.

 Pendant un an, le voici à militer pour 10 partis politiques. Des réunions de quartier aux universités d’été, des tractages les matins d’hiver aux meetings grandiloquents, les moments politiques sont évoqués tout comme ses acteurs : militants, sympathisants, cadres, journalistes… Il interroge le contenu sémantique dont s’accaparent les partis, les liens tissés entre la base et les cadres.

« Je veux choisir le parti le  plus en cohérence avec mes  convictions »

A 21 ans, l’étudiant en droit et sciences politiques, entend visiter les coulisses de cet univers qu’il découvre au fur et à mesure. Retour en arrière. Nous voici en 2012 pendant les législatives. Il s’investit pour aider un ami, directeur d’une mission local « qui n’a pas la logistique d’un parti ». La déception est au rendez-vous. Son candidat recueille 700 voix. Un tournant. Moment décisif. Achraf qui ne connaissait ni le nom de son député, ni de son sénateur mais celui de l’effectif de l’Atlético par cœur, commence à s’intéresser à la chose publique.

Il choisit de choisir un parti « le plus en cohérence avec [ses] convictions » pour, souligne-t-il « ne pas [se] faire avoir ». Il voit, apprend, découvre. Il en ressort « désabusé. » Du syncrétisme politique peut naître une forme de schizophrénie lorsqu’un jour il clame son soutien à un enjeu et le lendemain son contraire. L’art de la joute oratoire.

Il brosse lui-même les coulisses de cet univers. Un parallèle entre les concerts de Rihanna et les meetings de Nicolas Sarkozy. Alors, il s’adresse à sa génération, en allant la chercher sur le terrain de « la popculture » pour les sensibiliser. Il tisse des liens avec le rap, avec le foot. Il brosse un parallèle entre l’univers sportif et le milieu politique qui dribble avec stratégie. Pour lui, Le Ballon d’Or serait le pendant des Présidentielles.

« L’appropriation du pouvoir par le citoyen »

Achraf Ben Brahim entend la politique comme une « appropriation du pouvoir par le citoyen » en revenant à son sens originel. Il évoque Proudhon qu’il admire pour son appel à une mobilisation des ouvriers. Aujourd’hui, il loue les mouvements « issus de la société civile » à l’image de Podemos. Il se refuse à « laisser cette reproduction politique » à qui il reproche d’être déconnectée. Le jeu de chaises musicales des uns est déploré par le jeune auteur tout comme l’absence de convictions de certains. En revanche, il évoque aussi des militants imprégnés et animés par une conviction certaine. Pugnacité et aplomb.

Avec un talent d’écriture, Achraf livre aux lecteurs un « récit » de ses tours et détours accompagné d’ « analyses de fond ». Il relate les faits auxquels il assiste avec son appréhension singulière. Il expose sa démarche « je voulais apprendre et rendre accessible à tous ». Un véritable exercice pour celui qui demeure soucieux de ses lecteurs.

Bien entendu, l’enjeu de la représentation prégnant est questionné. Alors, il joue ce jeu et invite à un véritable questionnement et un dépassement. Son être est investi également. Lors de son immersion au sein du Front National, il note : «  je suis tout ce que le FN déteste : immigré, musulman, jeune banlieusard ». Il leur fait face littéralement.

« Réappropriez-vous le débat politique! »

« Un homme ne se mêlant pas de politique mérite de passer, non pour un citoyen paisible, mais pour un citoyen inutile ». Les mots de l’historien Thucydide comme exergue au récit de l’étudiant qui entend ne pas transiger. L’essence du citoyen comme nécessairement investi de politique.

Un plaidoyer, une invitation vigoureuse à ne pas se contenter d’une paresse politique mais avant tout à « se réapproprier le débat politique ». Un cri à l’adresse des citoyens « Politisez-vous ! ».

Mathilde Aubinaud 

 Encarté ! de Achraf Ben Brahim (Lemieux Editeur)

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