Collaboration avec Michel Aumont; duel entre art et politique

Collaboration, pièce jouée actuellement au Théâtre de la Madeleine, est une réflexion intelligente sur le traditionnel duel entre l’art et la politique. Analyse.

Collaboration… Un nom très ambigu qui évoque d’abord dans notre imaginaire une période sombre de l’Histoire. Celle de la Seconde Guerre mondiale.

La pièce de Ronald Harwood, montée au Théâtre de la Madeleine depuis le 25/01, a évidemment une portée historique indéniable, qui sert de fil rouge à l’intrigue. Cependant, le titre de la pièce fait plutôt référence au départ à l’entente qui va unir deux grandes figures intellectuelles du XX ème siècle que sont le célèbre compositeur allemand Richard Strauss et le génial écrivain autrichien et juif Stefan Zweig (et pas Sweig !). Strauss décide d’engager Zweig pour qu’il lui écrive un livret d’opéra-bouffe inspiré de Ben Jonson, dramaturge contemporain de Shakespeare (et dont la plus célèbre pièce Volpone a été jouée à la Madeleine cette année et a remporté un grand succès). La complicité des deux hommes est perceptible jusqu’à ce que l’avènement du Fuhrer en 1933 change la donne…

La réussite de cette pièce repose principalement sur l’alchimie entre les deux acteurs principaux : Didier Sandre et Michel Aumont campent avec délicatesse et intensité les deux grands artistes. Aumont joue avec conviction et fougue un Strauss arrogant et sûr de lui et de ses droits alors que Sandre incarne Zweig de manière plus écorchée, émouvante et touchante. La sympathie du public va irrésistiblement vers Sandre car celui-ci joue de manière plus subtile et nuancée que son acolyte. Christiane Cohendy joue Pauline, la femme de Strauss : elle apporte un contrepoint comique (du moins au début) bienvenu. Sa ténacité et son courage face à la montée du nazisme sont retranscris de manière pugnace.

L’Histoire, on l’a dit, joue un rôle essentiel dans l’économie de la pièce. On passe progressivement de l’insouciance à la prise de conscience du drame qui est en train de se jouer. Deux conceptions s’opposent : Strauss affirme que l’art est au-dessus de n’importe quel régime politique alors que Zweig lui, est terrorisé par la montée du nazisme et ne se sent plus le courage de continuer à pouvoir exercer son art. La présence de l’officier nazi crée une atmosphère étouffante et tendue. Les différentes saynètes retranscrivent des moments clés liés à l’importance du nazisme de plus en plus grande : le suicide de Zweig à Pétropolis en 1942 ou bien le procès de dénazification en 1948 où Strauss apparait affaibli et malade sont poignants.

La mise en scène est sobre et élégante. Les intermèdes musicaux entre les scènes permettent de faire une transition cohérente. Le rideau noir cristallise les thèmes de la pièce qui sont le rapport à l’esthétique et la symbolique du deuil.

En somme, allez-voir Collaboration pour vous replonger dans cette période trouble de l’Histoire à travers l’amitié contrariée de deux grands hommes.

Thomas Ngo Hong

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